C’est une saga qui dure depuis plusieurs mois déjà et dont le dénouement devrait bientôt se révéler. Les autorités américaines affirment en effet être sur le point d’interdire l’application TikTok sur leur territoire et semblent proches de mettre leur menace à exécution… Comment en est-on arrivé là et comment TikTok peut-elle s’en sortir ?

Un outil d’espionnage pour le gouvernement chinois ?

TikTok, ou Douyin en Chine, est une application de partage de courtes vidéos qui fait sensation chez les jeunes. Elle a connu un succès fulgurant depuis 2019 et, en conséquence de la pandémie de Covid-19, a atteint les 2 milliards de téléchargements dans le monde au mois de mai 2020. La plateforme est particulièrement populaire aux États-Unis, où elle a enregistré un taux de croissance de 375% en un an seulement.

Si elle peut paraître inoffensive, TikTok est pourtant dans le viseur du gouvernement américain depuis plusieurs mois, et cette méfiance s’est largement accrue ces dernières semaines avec une escalade sans précédent. Le vendredi 31 juillet 2020, Donald Trump a ainsi affirmé qu’il allait signer un décret dans le but d’interdire l’application dans son pays. Des propos forts qui font écho à plusieurs déclarations récentes émanant du gouvernement des États-Unis, à l’image de déclarations de Mark Meadows, chef du cabinet du président américain, ainsi que du secrétaire d’État Mike Pompeo. Ce dernier a par ailleurs secondé Trump en rappelant que des mesures à l’encontre de l’application chinoise seraient prises dans les prochains jours.

Qu’est-il reproché à TikTok concrètement ? Il faut savoir que l’application appartient à ByteDance, géant chinois des nouvelles technologies, et que les autorités américaines l’accusent de partager des données sensibles avec le gouvernement de Xi Jinping, notamment sur ses utilisateurs américains. C’est pour cette raison que l’application a tout bonnement été interdite au sein de l’armée des États-Unis. Elle est en outre ciblée par Washington pour ne pas avoir respecté la vie privée des mineurs. La montée des tensions entre la Chine et les États-Unis, sous fond de guerre commerciale et de supposées cachoteries à propos de la pandémie de Covid-19, joue également sur les intentions de la Maison Blanche.

TikTok a multiplié les efforts pour rassurer la Maison Blanche

TikTok nie ces accusations en bloc, la perte du marché américain serait en effet un énorme coup dur pour sa maison-mère, ByteDance, à tel point qu’elle multiplie les efforts pour effacer l’étiquette d’application chinoise. Elle a ainsi créé un « centre de transparence » pour permettre à des experts indépendants d’analyser les pratiques de la plateforme et de lever le voile sur ses coulisses. En plus de cela, les ingénieurs chinois du géant de la tech n’ont plus accès aux données sensibles de l’entreprise concernant l’étranger.

L’application a été encore plus loin dans le but de rassurer Washington : elle a par exemple emboîté le pas à Facebook, Google et Twitter en refusant de fournir des données au gouvernement de Hong Kong. Cette décision forte de la part de TikTok visait à apporter son soutien au peuple de la région autonome face à la pression exercée par la Chine. C’est par ailleurs Kevin Mayer, un Américain et ancien chef de Disney+, qui a repris la tête de l’application.

Suite aux déclarations de Donald Trump, un porte-parole de TikTok a riposté en rappelant que la plateforme fournissait un emploi à plus de 1 000 Américains, et qu’elle était sur le point d’en créer 10 000 autres… mais tous ces efforts n’auront finalement pas payé et n’auront pas suffi à balayer les soupçons de la Maison Blanche.

Interdire… ou racheter ?

Dans les faits, l’interdiction de TikTok sur le territoire américain s’annonce plus compliquée que ce que le président a voulu faire entendre, mais ce n’est pas impossible. Le gouvernement est ainsi parvenu à punir Huawei, considérée comme une menace pour la sécurité nationale, en la plaçant sur une liste noire pour la bloquer de contrats gouvernementaux et limiter ses possibles partenariats avec des entreprises américaines. TikTok ne possède pas les mêmes vulnérabilités que Huawei, souligne The Verge, car elle est utilisée par de très nombreuses personnes.

De plus, les autorités ne disposent pas de preuves réelles démontrant la collaboration de TikTok avec le gouvernement chinois, tandis que Huawei a fait face à de réelles accusations pénales pour racket et vol de secrets commerciaux. Le pari est ainsi risqué pour la Maison Blanche : l’interdiction de TikTok pourrait être illégale et susciter une immense vague d’indignation parmi les utilisateurs de l’application. Le gouvernement envisage ainsi une autre possibilité : forcer TikTok à se séparer de la Chine, et donc de sa maison-mère, au profit d’une entreprise américaine.

C’est exactement ce qui est en train de se passer avec Microsoft. L’entreprise a en effet confirmé des pourparlers pour racheter l’application chinoise, avant d’annoncer que ces derniers étaient suspendus car Trump voyait ce projet d’un mauvais œil. Après un entretien avec Satya Nadella, PDG de Microsoft, le président aurait changé d’avis et la firme souhaite désormais conclure l’acquisition de TikTok d’ici le 15 septembre. Elle prévoit notamment que les données concernant les utilisateurs américains soient toutes transférées aux États-Unis… Le dénouement de cette guerre commerciale semble ainsi se dessiner, mais nous ne sommes pas à l’abri d’un énième retournement de situation.