Huawei, au cœur de la guerre commerciale se déroulant entre la Chine et les États-Unis, s’est vu interdire l’utilisation des applications liées à Google. Le groupe a donc récemment signé un accord avec TomTom, spécialisé dans la navigation et la cartographie numérique. Un porte-parole de la société néerlandaise a déclaré que l’accord a été conclu, mais que celui-ci n’a pas encore été rendu public, rapporte le South China Morning Post le 20 janvier.

Un contrat salvateur

L’histoire dure depuis près d’un an. Suite aux tensions qui n’ont cessé d’évoluer entre les États-Unis et la société chinoise, Google avait reçu l’interdiction de travailler avec Huawei en 2019, privant ainsi le groupe chinois de licences Android.

Le constructeur avait annoncé auparavant, en mars 2019, s’être préparé à cette éventualité : « nous avons préparé notre propre système d’exploitation. S’il s’avère que nous ne pouvons plus utiliser Android, nous serons prêts et avons notre plan B pour continuer de faire fonctionner nos smartphones. ».

Rien n’avait vraiment été clarifié à ce sujet pour autant, jusqu’à il y a quelques jours, avec l’annonce de TomTom faite le 17 janvier : un accord a été conclu avec Huawei pour l’utilisation des cartes et services de l’entreprise néerlandaise dans des applications smartphones.

Le groupe chinois pourra désormais utiliser les cartes, les informations sur le trafic et le logiciel de navigation de la société néerlandaise pour développer des applications pour ses smartphones, selon Reuters.

Pas plus de détails toutefois, rapporte l’agence de presse. Remco Meerstra, porte parole de TomTom, ayant déclaré que si l’accord était signé, celui-ci n’avait pas encore été rendu public, s’interdisant ainsi de donner de plus amples informations.

Une nouvelle qui tombe bien pour la compagnie néerlandaise toutefois, qui, souffrant « de la désaffection pour les appareils personnels de navigation comme les GPS », rapportait les Échos à cette époque. Le groupe avait ainsi chargé la Deutsche Bank de trouver un acheteur en 2018, ou de l’aider à vendre une participation minoritaire. Suite à quoi en 2019, TomTom vendait pour 910 millions d’euros sa division Telematics au fabricant de pneus japonais Bridgestone.

Il semblerait que Huawei et TomTom aient donc trouvé un accord qui puisse satisfaire les deux camps. Ce ne sera sans doute pas du luxe pour le géant de la télécommunication chinois, qui ne cesse d’être en lutte avec les États-Unis.

Des déboires américains

Soupçonné d’utiliser ses produits 5G à des fins d’espionnage pour le compte de la Chine, Huawei a été placé sur la blacklist du département américain du commerce au printemps 2019. En outre la société s’est vue interdite de participer au déploiement de la 5G aux États-Unis, qui ont ensuite poussé leurs alliés à faire de même, comme c’est le cas en Nouvelle-Zélande, et en Australie.

Par ailleurs la société est accusée de ne pas avoir respecté les règles de commerce international par les États-Unis : depuis 2018, une enquête est menée contre le groupe Huawei, suspecté d’avoir envoyé des produits américains vers l’Iran, violant ainsi les lois américaines d’exportation. Suite à ces accusations, les États-Unis avaient émis un mandat d’arrêt contre Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei, (et fille de son fondateur, Ren Zhengfei), alors que celle-ci résidait au Canada.

Le procès de Meng Wanzhou a débuté ce lundi 20 janvier. À l’issue des audiences il sera décidé d’extrader ou non la directrice financière, « accusée de fraude bancaire, et d’avoir trompée HSBC Holdings Plc sur les activités de Huawei Technologies Co Ltd en Iran », rapportait Reuters en début de semaine. La directrice est ainsi soupçonnée d’avoir dissimulé les tentatives des sociétés liées à Huawei pour vendre de l’équipement en Iran.

Depuis la société chinoise cherche bien évidemment à pouvoir se déployer sur d’autres territoires, en Europe notamment. Les choses risquent d’être compliquées toutefois. Dans ses toutes récentes déclarations du 20 janvier, la Commission européenne ne ferme pas explicitement la porte à Huawei comme potentiel fournisseur de 5G au sein de l’UE. Thierry Breton, nouveau commissaire européen au Marché intérieur a néanmoins déclaré : « Tous ceux qui respectent nos règles – toutes nos règles – seront les bienvenus. On ne bâtit pas des lignes Maginot. ».

Dans deux semaines sera présenté la « boîte à outils » de la Commission, précisément établie pour réunir les préconisations adressées aux pays membres afin de « s’assurer que que les réseaux 5G ne seront pas utilisés à des fins d’espionnage ou de sabotage par des acteurs malveillants. ».

La discussion est encore loin d’être arrêtée au sein de l’Union. Si parmi les allemands le choix de Huawei est désormais pour certains assumé, la question semble loin d’être résolue dans les autres pays. Les États-Unis continuent de faire pression pour bannir le groupe, tandis que Thierry Breton prétend ne pas encore entièrement dépendre des fournisseurs étrangers.