Google Cloud a annoncé, le 8 novembre 2022, qu’il apporterait à nouveau son soutien au constructeur automobile français Renault pour faciliter la mise en place d’améliorations sur sa flotte de véhicules. Plus précisément, l’entreprise française a annoncé, dans le cadre d’une conférence de presse, son ambition de développer son propre véhicule défini par logiciel ou Software Defined Vehicle (SDV). L’objectif est de centraliser l’ensemble des fonctionnalités et paramètres d’un véhicule à l’aide d’un logiciel unique qui regroupe toutes ses données.

Un partenariat Renault/Google qui s’intensifie au fil des années

C’est en 2018 que Renault et Google Cloud se rapprochent afin de nouer une première collaboration. Celle-ci visait à doter les véhicules connectés de la marque française avec le système d’exploitation (OS) de la firme de Mountain View, Android Auto, ainsi que Google Automotive Services (AAOS). Après quatre années de travail, les premiers véhicules de la flotte de Renault sont désormais dotés de cette plateforme, version améliorée d’Android Auto.

En 2020, Renault réitère sa confiance à la branche cloud de Google dans le but de digitaliser sa chaîne logistique et entrer dans l’ère de l’industrie 4.0. 40 000 personnes ont été formées afin d’exploiter la nouvelle suite d’outils proposée par le géant technologique au géant français de l’automobile. Le but : connecter tous les maillons de la chaîne de production afin d’obtenir un maximum de données sur le fonctionnement des machines, sur leurs performances, sur l’énergie qu’elles dépensent pour ensuite faire des ajustements en conséquence de cause.

Outre Google Cloud, Renault s’est aussi lié à Waymo, une autre filiale du groupe Alphabet, la maison mère de Google. Toujours dans le volet automobile, la branche conduite autonome de Google et celle du géant de l’automobile français s’étaient associées pour faire un pas de plus dans le secteur et ainsi, concevoir des véhicules adaptés.

Quatre ans après avoir lancé son partenariat avec Google et plus précisément, avec sa division cloud computing, la collaboration entre les deux entités s’intensifie. Pour franchir un nouveau cap, toujours dans le cadre de sa stratégie dans le but de concevoir les plans d’une toute nouvelle architecture : le Software Defined Vehicle.

Vers la centralisation grâce à l’architecture Software Defined Vehicle de Google et Renault

À l’heure actuelle, dans un véhicule Renault, il existe entre 60 et 80 calculateurs pour 5 à 7 zones de contrôle qui permettent de faire fonctionner l’ensemble des services présents. Par exemple, l’ensemble des services multimédias d’un véhicule (musique, radio, etc.) constitue une zone de contrôle, les fonctionnalités permettant de mieux contrôler le véhicule (radar de recul, ABS, régulateur de vitesse, etc.) en constituent une autre.

À l’heure actuelle, chacune de ces zones de contrôle est indépendante et fonctionne différemment. Dans cette configuration, le groupe a du mal à ajouter de nouvelles fonctionnalités, de nouveaux services, ou à mettre à jour son OS. Elle est obligée de modifier ou d’inclure des pièces pour chaque nouvel outil qu’elle souhaite ajouter, ce qui peut prendre plusieurs années.

Comme son nom l’indique, l’approche SDV consiste à mettre en place un ensemble de composants embarqués dans le véhicule ou en périphérie de celui-ci. Un logiciel permettra de gérer l’ensemble des paramètres et des fonctionnalités de la voiture, et il sera possible, pour Renault, d’avoir accès à toutes les informations d’un véhicule, à distance, de manière standardisée et centralisée.

À l’instar de ce qui se passe dans ses usines où un jumeau numérique a été mis en place, Renault souhaite utiliser à nouveau ce système et créer une image virtuelle de leurs véhicules. « Cela ouvre énormément de perspectives et nous permet de mettre en lumière de nombreux cas d’usage. La possibilité d’exploiter et d’interagir en temps réel grâce au SDV et au jumeau numérique va nous permettre de mettre en valeur nos besoins autour du véhicule » précise Pierre Houlès, directeur adjoint des systèmes d’information du groupe.

Avec l’aide d’Android, Renault veut également construire, autour du système d’exploitation existant et de ses dérivées pour le secteur de l’automobile, un nouvel OS adapté à sa future architecture SDV. Baptisé SDV Platform, cet outil aura pour objectif d’assurer les fonctions applicatives et les fonctions middleware, permettant de faire la passerelle entre tous les composants logiciels. Pour ce qui est de la partie intergiciel, Renault va travailler avec Android pour étendre ce qui a déjà été fait dans le cockpit de la voiture grâce à AAOS.

Schéma présentant les différents phases du partenariat entre Google et Renault.

Comme le montre ce schéma, plusieurs entités de Google vont contribuer à la mise en place de l’architecture SDV souhaitée par Renault. Google Cloud va travailler sur le jumeau numérique, Maps, Assistant et Play ont déjà contribué à la mise en place de AAOS et continueront à le mettre à jour, tandis qu’Android va travailler sur un OS adapté à la scalabilité et à l’interopérabilité voulue par le constructeur automobile français. Image : Renault Group.

Quelles ambitions pour Renault dans ce nouveau partenariat avec Google Cloud ?

Avec le Software Defined Vehicle, le constructeur automobile français souhaite faire évoluer ses véhicules bien plus rapidement que ce qui peut se faire aujourd’hui. Il pourra notamment mettre en place plus de composants logiciels, ce qui permettra aux utilisateurs d’avoir accès à des services comme la maintenance prédictive à distance. Les propriétaires de véhicules seront ainsi informés à l’avance d’un problème, avant même que celui-ci ne se déclenche. Comment ? En prenant en compte l’ensemble des données du véhicule et en les comparant avec celles d’autres voitures ayant eu ce problème par le passé.

À terme, Renault a pour ambition, grâce au cloud de Google, de concevoir un jumeau numérique pour toutes ses entités. Chaque division de la firme sera associée à son double virtuel qui recensera l’ensemble des informations à connaître et à analyser, toujours dans un but de performance, d’efficacité et de résolution des problèmes. Toutes ces données seront logiquement stockées dans le cloud, tout comme l’ensemble du parc applicatif de l’entreprise qui, pour l’heure, est stocké dans des centres de données conventionnels.

Schéma présentant la stratégie de Renault autour du jumeau numérique.

La stratégie du groupe Renault pour numériser l’entreprise s’articule clairement sur le concept de jumeau numérique. Capture d’écran : Renault Group.

« Notre partenariat avec Renault, c’est d’abord le mix de deux visions complémentaires. Si Renault possède un savoir-faire industriel indéniable, du côté de Google Cloud, nous allons apporter l’innovation technologique en se basant sur ce que nous savons faire : manipuler les données à l’échelle, puisqu’on parle de gérer plus d’un milliard de données par jour » ajoute Anthony Cirot, directeur général de Google Cloud France.

Avec sa forte présence dans de nombreux marchés et les contraintes liées à la réglementation des données en fonction des pays, Renault entend s’appuyer sur les 35 régions ouvertes par la filiale Cloud de Google, dont celle inaugurée en France fin juin 2022. La firme pourra aussi exploiter les compétences en edge computing de la firme de Mountain View, « on est plutôt sur du edge computing car nous pensons au futur et le futur, c’est sans doute la voiture autonome. Pour des questions de sécurité, de performances aussi, il est plus pratique que notre connectivité soit orientée vers la périphérie. Nous sommes aussi obligés de prendre en compte les cas où la voiture n’est pas connectée », précise Thierry Cammal, directeur général de Renault Software Labs.

Le flexivan, la future camionnette électrique en mode cargo, qui devrait être proposée par Renault en 2026, sera le premier véhicule sur lequel l’architecture SDV sera testée. « Il nous semblait logique de proposer, en premier lieu, le SDV à des véhicules utilitaires qui ont besoin de services BtoB, même si bien évidemment, à terme, les véhicules appartenant à des particuliers profiteront de cette architecture » conclut Frédéric Vincent, directeur systèmes et technologies d’information pour le groupe Renault.