C’est donc par l’intermédiaire de la start-up Zoox, rachetée en mai dernier pour environ 1 milliard d’euros, qu’Amazon met un pied dans le marché des véhicules autonomes.

Zoox vient en effet de recevoir un permis des autorités réglementaires de Californie qui lui permettra de tester ses véhicules sans conducteur sur la voie publique. La start-up est la quatrième à s’être vu donné le feu vert pour des tests sans chauffeur.

Zoox, fragilisé par le Covid, obligé de vendre à Amazon

Fondée en 2014, Zoox s’était lancée avec l’ambition de verticaliser complètement son approche du marché des véhicules autonomes. De la conception de son propre système de conduite autonome, à la construction de sa flotte de véhicules commercialisables, au lancement d’un service de taxis autonomes, la start-up voyait les choses en grand.

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Nécessairement, l’atteinte de ces trois objectifs sous-entendait un financement important. Zoox avait ainsi levé 500 millions de dollars en juillet 2018. Comme de nombreuses entreprises, la start-up s’est heurtée à la pandémie de Covid-19, qui a mis un grand coup de frein dans ses projets de développements de véhicules autonomes. Toujours à l’affût des bonnes affaires, et surfant sur la vague de résultats financiers historiques, Amazon a flairé la bonne affaire.

Alors que Zoox devait se séparer de 10% de ses employés au mois de mai, les murmures d’un rapprochement avec la firme de Jeff Bezos commençait à circuler. Le Wall Street Journal rapportait que le prix d’acquisition évoqué avoisinait les 1,1 milliards de dollars. Bien en-dessous des 3,2 milliards de dollars estimés lors de la levée de fonds de juillet 2018.

Les tractations ont donc commencé au mois de mai, et se sont finalement conclues un mois plus tard avec l’officialisation du rachat de Zoox par Amazon. Montant : 1 milliard de dollars, et une équipe direction maintenue (Aicha Evans et Jesse Levins).

Jeff Wilke, l’un des 3 CEO d’Amazon, s’enthousiasmait : « Zoox travaille à imaginer, inventer et concevoir une expérience autonome de classe mondiale. Comme Amazon, Zoox est passionné par l’innovation et par ses clients, et nous sommes ravis d’aider la talentueuse équipe de Zoox à concrétiser sa vision dans les années à venir. Nous prévoyons de les accompagner dans le développement de cette nouvelle technologie pour que cela profite au plus grand nombre ».

Amazon continue de diversifier ses investissements dans les modes de livraison autonomes

Pour Amazon, ce rachat représente un pas supplémentaire dans l’exploration des méthodes de livraison de demain. En août 2019, les robots de livraison autonomes Amazon Scout étaient déployés en Californie. De la taille d’une glacière, ce robot électrique à 6 roues permet de livrer des clients, sous la supervision d’un « ambassadeur » qui surveille son itinéraire. Un an plus tard, le lobbying d’Amazon pour répandre ses robots Scout dans d’autres États américains suit son cours, et ce sont 12 autres États qui devraient bientôt juridiquement autoriser ces robots autonomes à opérer dans les rues.

Le robot Scout d'Amazon

Le robot Scout d’Amazon. Image : Amazon

En plus de la voie terrestre, le géant du e-commerce explore les airs. Fin août 2020, Amazon obtenait ainsi l’accord de la FAA (Federal Aviation Administration) pour déployer son service de livraison par drone, Amazon Prime Air.

Une flotte de robots glacières, une autre de drones, Amazon avait donc jusqu’à présent misé sur la conception en interne de ses futures modes de livraisons. Elle a choisi d’opérer différemment pour entrer sur le marché des véhicules autonomes, en rachetant un acteur avec des années de savoir-faire. En devant la maison mère de Zoox, la firme de Jeff Bezos injecte le capital qui faisait défaut depuis quelques mois. Un signal financier sans doute rassurant pour les autorités compétentes au moment de délivrer ce fameux permis pour commencer à tester des voitures autonomes.

Le Département des Véhicules Motorisés DMV) de Californie vient donc de donner le feu vert à Zoox pour tester ses véhicules sans chauffeurs sur une portion des routes de Californie. Depuis 2016, la start-up pouvait déjà effectuer des essais sur ses véhicules, avec toutefois un chauffeur de sécurité présent derrière le volant, prêt à reprendre le contrôle à tout moment.

Avec le permis tout récemment délivré, Zoox franchit un cap et rejoint un club très fermé d’acteurs pouvant effectuer leurs essais sans chauffeurs dans le véhicule. Pour obtenir le précieux sésame, la start-up a du se plier à un cahier des charges comprenant notamment : assurer tous les véhicules ou déposer une caution de 5 millions de dollars, former des opérateurs à distance, suivre le statut des véhicules en temps réel, informer les autorités locales du planning des tests ainsi que tout accident. Deux véhicules de Zoox ont été autorisés à circuler, à une vitesse maximale de 72km/h.

Trois autres acteurs disposent déjà du permis pour conduire des tests sans chauffeurs

La Californie, le terrain de jeu de prédilection des tests sur les véhicules autonomes. En octobre 2018, c’était Waymo qui ouvrait le bal, première entreprise à se voir délivrer le permis de test sans chauffeur. Waymo, filiale d’Alphabet, a depuis tracé son chemin et pris une certaine avance dans le domaine. L’entreprise, pionnière en matière de tests de véhicules autonomes en Californie a tissé de nombreux partenariats transversaux, et même levé 2 milliards de dollars début mars 2020. En juin puis juillet 2020, coup sur coup, la start-up annonçait deux collaborations d’importance dans le secteur automobile. Le premier avec Volvo pour la conception d’une flotte de taxis autonomes. Le second avec Fiat Chrysler Automobiles pour transformer un des utilitaires du groupe en véhicule autonome.

Un véhicule autonome de Waymo

Un véhicule autonome de Waymo. Image : Waymo

La seconde des 4 entreprises à s’être vue accréditée un permis de tests de ses voitures sans chauffeurs est la start-up Nuro. Fondée par deux anciens ingénieurs de Google, Nuro a lancé ses véhicules autonomes sur les routes de Californie en avril 2020. La flotte de la start-up est utilisée pour des livraisons gratuites auprès de clients sélectionnés avec minutie. Nuro avait levé 1 milliard de dollars en février 2019.

En juillet 2020, c’était au tour de la start-up chinoise AutoX de se voir accorder le permis de la DMV. Fondée en 2019, AutoX est notamment soutenue par le géant de l’e-commerce Alibaba ainsi que par le constructeur DongFeng. Elle a levé 143 millions de dollars depuis sa création, et dispose déjà d’un service opérationnel de taxis autonomes à Shangai depuis avril 2020.