Dans un rapport publié il y a quelques jours et intitulé TMT Predictions 2023, le cabinet de conseil Deloitte explore les grandes tendances technologiques pour 2023. Semi-conducteurs, satellites, intelligence artificielle, plateformes de streaming, etc. Que réserve cette nouvelle année pour le monde de la tech ?

Le secteur de la tech va devoir faire plus avec moins selon Deloitte

La hausse de l'inflation et des taux d'intérêt, le ralentissement des économies à travers le monde et la chute de la confiance des consommateurs sont clairement les éléments qui dominent les débats en cette fin d'année. Ces mauvaises conditions économiques sont à l'origine de difficultés dans l'industrie de la tech et d'une croissance des fusions acquisition dans le domaine des jeux vidéo. En effet, comme la valorisation de nombreuses entreprises a chuté, les géants se précipitent pour les racheter. Microsoft est un exemple type avec la reprise d' Activision Blizzard pour 68,5 milliards de dollars.

Selon les prédictions de Deloitte, le mot d'ordre pour 2023 est le suivant : les consommateurs et les entreprises vont devoir faire plus avec moins alors que l'inflation, les problèmes de chaîne d'approvisionnement et d'autres événements mondiaux continuent de causer de l'incertitude sur le plan économique. Selon Kevin Westcott, vice-président chez Deloitte « nous traversons un contexte très particulier. Les consommateurs cherchent des moyens plus rentables de se divertir et d'être productifs, tandis que les entreprises cherchent à innover pour être compétitives, se différencier et augmenter leurs revenus ».

Il estime que le rapport de Deloitte sur les tendances émergentes va guider les organisations dans leur planification de l'avenir et dans « leurs efforts pour répondre aux besoins de leurs clients ». Dans l'étude, on peut par exemple lire qu'en 2023, le nombre de fusions et d'acquisitions d'entreprises de jeux vidéo continuera d'augmenter de 25 %.

Quelles évolutions pour les plateformes de streaming ?

Le rapport de Deloitte mentionne de nombreux aspects technologiques et propose un certain nombre de pistes et de grandes tendances. Premier point : les services de streaming. Avec la multiplication des plateformes, la concurrence est de plus en plus forte. À ce sujet, Deloitte estime que la plupart des plateformes vont faire évoluer leurs offres et proposer de nouvelles options, moins chères voire gratuites, avec de la publicité.

C'est justement ce que souhaite faire NetflixL’année 2022 a été particulièrement mouvementée pour la plateforme de streaming. Netflix a notamment vu son nombre d'abonnés chuter. Voilà pourquoi il était temps de réagir. L'entreprise a donc décidé d'inclure de la publicité dans un nouvel abonnement à 5,99 euros par mois pour faire baisser la facture des utilisateurs qui sont prêts à tolérer les publicités. L'étude de Deloitte montre que « le taux de désabonnement des services de streaming aux États-Unis était de 37 % en 2022 ».

Cela signifie que les plateformes de divertissement vont devoir trouver de nouveaux moyens de générer des revenus, tout en proposant des offres alléchantes aux utilisateurs, qui ont un appétit croissant pour des contenus plus attrayants et diversifiés. Comme l'explique Jana Arbanas, vice-présidente chez Deloitte et responsable du secteur des télécommunications, des médias et du divertissement aux États-Unis, « la publicité sur les plateformes de vidéo à la demande, par exemple, peut répondre à ces deux objectifs ».

L'idée est de proposer une option adaptée au budget des internautes tout en ayant des perspectives de croissance en travaillant avec des annonceurs. Les plateformes tentent actuellement de déterminer si cette stratégie est viable ou non. Des discussions ont lieu pour savoir si Netflix a le droit d’insérer des publicités ou d’inclure du contenu financé par la publicité sur des émissions originales produites par le géant du streaming, ainsi que sur des contenus qui ne sont pas des productions originales, et qui viennent seulement enrichir la bibliothèque de la plateforme. C'est toute la question.

La réalité virtuelle en plein boom

Deloitte prévoit que le marché de la réalité virtuelle générera 7 milliards de dollars de revenus dans le monde en 2023, soit une augmentation de 50 % par rapport aux 4,7 milliards de dollars de 2022. Les analystes expliquent qu'à mesure que la réalité virtuelle va gagner en popularité, les revenus proviendront majoritairement des ventes liées aux casques. 14 millions d'unités (au prix moyen de 450 dollars) devraient être vendues en 2023. Ce qui pourrait représenter 90 % des revenus pour le marché.

Les autres revenus seront constitués principalement des jeux (qui connaissent un second souffle depuis quelques mois), mais aussi de quelques applications d'entreprise, qui pourraient générer des revenus d'un peu plus d'un milliard de dollars. Deloitte estime qu'en termes de chiffres, la réalité virtuelle a un long chemin à parcourir pour rattraper les autres appareils numériques. Les smartphones comptent à eux seuls près de cinq milliards d'utilisateurs dans le monde, et des milliards de personnes utilisent également des ordinateurs ou des tablettes. En 2023, les experts tablent seulement sur 22 millions d'utilisateurs pour les casques.

Si la réalité virtuelle tend effectivement à se développer, cette technologie reste donc pour l'instant un produit de niche. Après des débuts timides dans les années 2010, il semble que les jeux de réalité virtuelle soient de plus en plus adoptés à travers le monde, notamment grâce au Meta Quest 2 et à la pandémie de Covid-19. Cette tendance à la hausse devrait continuer sur les deux prochaines années. En tout, il y aura environ 46 millions de casques en service.

Maintenant que la pénurie de composants s'apaise, en grande partie à cause (ou grâce) au ralentissement économique, les entreprises spécialisées dans la réalité virtuelle devraient être en mesure d'expédier davantage de produits en 2023 et en 2024.

Pour Deloitte, l'IA ira à la rescousse du secteur des semi-conducteurs

Une tendance semble se dégager : de plus en plus de fabricants de puces utilisent l'intelligence artificielle pour concevoir des puces plus rapidement et à des coûts moins élevés. Deloitte prévoit que les principales entreprises mondiales de semi-conducteurs pourraient dépenser 300 millions de dollars en outils d'IA pour améliorer la conception des puces en 2023, et ce chiffre pourrait augmenter de 20 % par an au cours des quatre prochaines années pour dépasser les 500 millions de dollars en 2026.

L'impact de l'intelligence artificielle ira probablement bien au-delà. En effet, cette technologie va permettre aux fabricants de repousser les limites de la loi de Moore et de gagner énormément de temps et d'argent. En 1965, Gordon Moore, président émérite d'Intel, prédisait que le nombre de composants d'une puce pourrait doubler tous les deux ans. Pendant des décennies, cette prédiction s'est vérifiée, donnant lieu à d'énormes avancées technologiques.

Aujourd'hui, les experts dans le domaine affirment que cette époque est révolue. Paul Silverglate, vice-président chez Deloitte, assure que « la pénurie de semi-conducteurs a démontré la nécessité d'une fabrication plus rapide et plus efficace des puces afin de répondre à la demande ». La conception assistée par intelligence artificielle peut être utilisée pour répondre à ce besoin et même aider à combler la pénurie de talents dans le domaine des puces.

D'autres évolutions pourraient également avoir lieu au niveau des composants. En effet, le silicium pourrait par exemple être remplacé par le nitrure de gallium et le carbure de silicium, deux matériaux qui semblent être plus adaptés aux tensions très élevées et aux niveaux de puissance. Ils seront aussi plus efficaces pour faire face à des applications de plus en plus courantes telles que les batteries des véhicules électriques, les chargeurs des produits électroniques grand public, les panneaux solaires puissants, etc.

La RSE au cœur des stratégies ?

C'est un sujet auquel les entreprises ne peuvent plus échapper : l'impact environnemental. De nombreuses organisations souhaitent atteindre la neutralité carbone. À ce sujet, l'industrie technologique s'engage fortement. Selon l'analyse de Deloitte, les entreprises technologiques travaillent plus dur et plus vite pour influer sur le changement climatique et sont 13 % plus susceptibles que les entreprises non technologiques de viser un bilan carbone neutre d'ici 2030.

L'implication des cadres dans la protection de l'environnement. Graphique : Deloitte

Les cadres de l'industrie technologie se sentent de plus en plus concernés et sont également plus enclins à agir. 37 % des cadres interrogés ont déclaré que leur organisation était déjà confrontée à « une pénurie de ressources telles que l'eau et l'énergie », soit une augmentation de 8 % par rapport à une enquête similaire réalisée huit mois plus tôt. 42 % ont déclaré que leurs activités ont été affectées par des catastrophes ou des événements météorologiques liés au climat, soit 18 % de plus que lors de l'enquête précédente.

L'enquête de Deloitte révèle que les dirigeants du secteur de la tech sont plus susceptibles que les dirigeants d'autres secteurs de croire qu'une action immédiate pourrait atténuer les pires effets du changement climatique. 90 % des dirigeants interrogés à ce sujet estiment que les initiatives de leur entreprise en matière de développement durable contribueront à atténuer le changement climatique.