Le rachat d’Activision Blizzard par Microsoft est encore loin d’être bouclé, et pourrait même prochainement être contesté outre-Atlantique par la Federal Trade Commission (FTC). En cause, le monopole que pourrait offrir cette acquisition à la firme de Redmond dans le secteur du jeu vidéo.

Les régulateurs ont des doutes quant aux intentions de Microsoft

Annoncé au mois de janvier pour la coquette somme de 68,7 milliards de dollars, ce rachat est le plus important de l’histoire du gaming. C’est donc sans surprise que les régulateurs s’y sont particulièrement intéressés et pour l’heure, rien n’est encore gagné pour Microsoft ; la Commission européenne et la Competition and Markets Authority (CMA) britannique ont chacune ouvert une enquête approfondie sur l’opération. Selon le média Politico, la FTC envisagerait très sérieusement d’entamer une procédure pour empêcher la transaction d’être menée à bien.

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Les organisations cherchent à déterminer si l’acquisition donnera un avantage déloyal à Microsoft sur le marché des jeux vidéo. Pour son concurrent principal, Sony, c’est le cas. Le fabricant de la PlayStation assure en effet que Microsoft souhaite, à terme, mettre la main sur la franchise Call of Duty, éditée par Activision Blizzard, en la rendant exclusive à son offre de streaming Game Pass.

Google s’est également opposé au rachat, arguant que Microsoft a délibérément dégradé la qualité de Game Pass lorsqu'il est utilisé avec le système d'exploitation Chrome, et que le fait de posséder Activision l'inciterait encore plus à le faire, avec l’objectif d’orienter les ventes des jeux vers Microsoft plutôt que vers Google.

Sony s’oppose fermement au rachat

Face aux inquiétudes de Sony (et surtout pour apaiser les régulateurs), Microsoft a assuré que Call of Duty resterait disponible sur PlayStation. Néanmoins, The Verge rappelle qu’au départ, Microsoft n'avait proposé de prolonger que de trois ans le contrat existant de Sony, ce qui aurait fait en sorte que le volet prévu pour 2028 soit une exclusivité Xbox. La firme nippone n’en démord pas ; pas plus tard que cette semaine, elle a expliqué que l’objectif final de Microsoft était de pousser les consommateurs à se procurer une Xbox pour ensuite augmenter les prix de manière drastique.

De son côté, Microsoft conteste fermement les arguments de Sony, et rappelle que l’entreprise est le leader sur le marché des consoles, la firme de Redmond arrivant à la troisième place derrière Nintendo. Elle minimise en outre la popularité de Call of Duty, et affirme qu’une seule franchise ne peut pas affecter l’intégralité du marché comme Sony le prétend.

Le QG de la FTC à Washington D.C.

Le QG de la FTC à Washington D.C. Photographie : Federal Trade Commission

« Toute suggestion selon laquelle l'opération pourrait avoir des effets anticoncurrentiels est totalement absurde. Cette fusion profitera aux joueurs et à l'industrie américaine du jeu, d'autant plus que nous sommes confrontés à une concurrence étrangère de plus en plus rude. Nous nous engageons à continuer à travailler en coopération avec les régulateurs du monde entier pour permettre la réalisation de l'opération, mais nous n'hésiterons pas à nous battre pour défendre l'opération si nécessaire », a déclaré Joe Christinat, porte-parole d'Activision Blizzard.

Première grosse action intentée par la FTC ?

De son côté, la FTC a également enquêté et pourrait engager des poursuites judiciaires pour bloquer l’acquisition dès le mois de décembre. Les PDG de Microsoft et d’Activision, Satya Nadella et Bobby Kotick, ont été entendus par la Commission, et ne semblent pas avoir convaincu. Les deux entreprises ont jusqu'en juillet 2023 pour conclure l'opération sans renégocier l'accord.

Une action intentée plus tard dans l'année ou en janvier par la FTC aurait donc peu de chances d'être résolue d'ici juillet, et pourrait potentiellement contraindre les entreprises à abandonner leur projet. Si la FTC agit, ce sera la résolution la plus importante menée par Lina Khan depuis son arrivée à la tête de la Commission. Fervente opposante des pratiques déloyales dont sont souvent accusées les big tech, elle n’a pas hésité à étendre les pouvoirs de la FTC pour justement étriller les monopoles numériques.