Après une période de croissance exponentielle pour les acteurs de la tech, le secteur est désormais frappé de plein fouet par une crise multi-facteurs. Même les entreprises les plus puissantes sont touchées.

La fête est finie

En 2020, la pandémie de Covid-19 a largement profité à de nombreuses firmes technologiques, et notamment aux big tech. À titre d’exemple, Amazon a vu ses profits doubler durant cette période, et a connu une croissance similaire sur l’année 2021.

Depuis le début de 2022 toutefois, les bilans trimestriels des acteurs de la tech sont beaucoup moins reluisants que lors des deux années précédentes. En cause notamment, l’inflation, l’importante hausse du dollar, une économie européenne ébranlée par les coûts élevés de l'énergie et la guerre en Ukraine, ainsi que les perturbations d’approvisionnement en Asie. Par conséquent, les récents résultats financiers des entreprises, révélés la semaine passée, ont dans la plupart des cas été particulièrement mauvais.

Par exemple, Intel a annoncé une forte baisse de ses ventes trimestrielles, a revu à la baisse ses prévisions de livraisons de PC pour cette année et a déclaré que 2023 pourrait être encore pire… En effet, la demande en matériel est également beaucoup moins importante que lorsque la pandémie a frappé le monde et que les gens se sont retrouvés coincés chez eux. Les consommateurs doivent en outre modérer leurs dépenses suite à l’inflation des prix, ce qui affecte aussi les ventes de smartphones : Samsung a ainsi enregistré une baisse de 23,6 % de son bénéfice net.

Des domaines qui étaient en pleine croissance aussi affectés

De son côté, Meta a vu ses revenus chuter très fortement pour la deuxième fois consécutive, une première pour le géant des réseaux sociaux qui a désormais annoncé un immense coup de frein sur ses recrutements. Même son de cloche pour Google, alors que pour la toute première fois, les ventes de publicités ont baissé sur YouTube d’une année sur l’autre. Dans ce contexte, Sundar Pichai, PDG de Google, a déclaré aux employés que l'entreprise avait grandi trop vite et qu'elle devait être plus responsable en matière de dépenses.

De manière générale, les entreprises évoluant dans le secteur de la publicité numérique ont été grandement affectées, notamment à cause des changements introduits par Apple l'année dernière en matière de tracking publicitaire, ainsi que les réductions de dépenses liées à la récession, rapporte le Wall Street Journal.

Un autre secteur touché, alors qu’il était en train d’évoluer et de prospérer, est celui du cloud computing. Il a chuté plus rapidement que prévu par rapport aux sommets atteints ces deux dernières années. Amazon Web Services (AWS) a enregistré une augmentation de 27 % de son chiffre d'affaires net d'une année sur l'autre, contre 39 % l'année précédente. Le chiffre d'affaires de Microsoft dans ce domaine s'est quant à lui établi à 35 % pour ce trimestre, contre 50 % il y a un an.

De même, Microsoft a vu les ventes de Windows chuter de 15 %, et la tendance devrait grandement s’empirer pour cette fin d’année.

La situation ne semble pas prête de s’améliorer pour le secteur de la tech

Tout comme les dirigeants de Meta et Google, ceux d’Amazon prennent des décisions pour limiter les pertes. L’entreprise a commencé à sous-louer des millions de mètres carrés d'entrepôts et a interrompu le recrutement de certaines de ses équipes. « Nous allons être très prudents sur nos embauches. Nous examinons certainement notre structure de coûts et cherchons des domaines dans lesquels nous pouvons économiser de l'argent », a expliqué Brian Olsavsky, le CFO du géant de l’e-commerce.

Pour l’heure, Apple tient mieux que les autres GAFAM et a enregistré un chiffre d’affaires record malgré une croissance plus lente. Si la société n’a pas atteint les prédictions des analystes en termes de ventes d’iPhone, Tim Cook a rappelé qu’elle faisait bien mieux que ses concurrents dans un secteur du smartphone très affecté. En outre, la marque à la pomme a battu son propre record de ventes de MacBook alors que l’industrie du PC connaît de grandes difficultés. Elle n’a toutefois pas voulu faire de prédictions pour le prochain trimestre tant le climat est incertain.

Selon les dires des dirigeants et des experts, la tendance ne devrait pas s’améliorer dans un avenir proche. Les géants de la technologie se serrent donc la ceinture pour apaiser les inquiétudes des investisseurs face à un tel ralentissement de leur croissance, ce qui se traduit par des investissements moins importants mais également par un changement de cap conséquent dans les processus de recrutements, ainsi que par des licenciements plus fréquents.