Les États-Unis poursuivent leur guerre contre Huawei dans le monde, et notamment au Brésil. Les deux pays ont signé un accord de financement d’un milliard de dollars le 19 octobre. Washington souhaite, par ce biais, financer les achats d’équipements 5G des opérateurs locaux pour éviter qu’ils ne se fournissent à des entreprises chinoises.

Une offre de financement pour compenser les bas couts de la technologie 5G Huawei

Au cours de plusieurs échanges en juin et juillet 2020 l’ambassadeur américain au Brésil a tenté de convaincre le gouvernement brésilien d’exclure Huawei de son réseau 5G. Devant les réticences du Brésil à se brouiller avec son premier partenaire commercial qu’est la Chine, les États-Unis ont décidé de sortir le carnet de chèques.

Une délégation s’est rendue à Brasilia pour aller à la rencontre du président Jair Bolsonaro. Elle était dirigée par Robert O’Brien, conseiller à la sécurité nationale, et composée de la banque Export–Import Bank of the United States, et de U.S. International Development Finance Corporation (DFC), l’équivalent de l’Agence Française de Développement.

Les deux pays ont signé un protocole d’accord visant à « identifier les opportunités potentielles de financement ». Il ouvre la voie à des négociations dans les secteurs de l’acier, de l’éthanol, du sucre et surtout des télécommunications. Robert O’Brien a clairement dit que les investissements américains seraient faits « en particulier dans le domaine des télécommunications et de la cruciale 5G ». Même son de cloche du côté de la directrice de la DFC, Sabrina Teichman, qui a déclaré « Nous nous réjouissons de soutenir le secteur brésilien des télécommunications ».

L’objectif américain est d’offrir des financements pour que les opérateurs brésiliens utilisent tous les équipements 5G qu’ils veulent sauf ceux des entreprises chinoises. Huawei est déjà bien implanté dans le pays grâce à ses tarifs plus attractifs que ses concurrents européens Ericsson et Nokia. L’entreprise a déjà mené plusieurs expérimentations avec des opérateurs locaux auxquels ont répondu des pressions américaines.

En marge de la signature de l’accord, le conseiller économique de la Maison Blanche, Larry Kudlow, a fait plusieurs déclarations sans aucune ambiguïté, « Nous avons encouragé le Brésil à travailler ensemble pour nous assurer que nous surveillons attentivement la Chine en ce qui concerne toutes sortes de technologies, de téléphonie et de 5G ». Il a ajouté avoir « pris des mesures ici aux États-Unis, nous continuons à bouger, et nous espérons beaucoup que le Brésil va bouger avec nous ». Selon une source à Washington de Reuters, le Brésil serait en train de se rapprocher de la position américaine sur Huawei.

La Chine a immédiatement réagi aux démarches des États-Unis

Sans surprise, la signature du protocole d’accord et les commentaires qui l’ont accompagné ont été très mal perçus par l’ambassade de Chine au Brésil. Une déclaration a été publiée sur le compte Twitter de l’ambassade, expliquant « Récemment, un petit nombre d'hommes politiques américains, méprisant les faits et forgeant une série de mensonges, ont lancé des attaques diffamatoires contre la 5G Huawei. Ils ont utilisé le pouvoir de l'État pour entraver les opérations légitimes des entreprises chinoises de haute technologie, sous le prétexte de la sécurité nationale ».

Contrairement aux pays occidentaux qui ont pris position contre Huawei ou qui y réfléchiraient, comme la Grande-Bretagne, la Suède, l’Australie et l’Union européenne dans son ensemble, la Chine, dans sa déclaration n’a pas mis la pression sur le gouvernement brésilien. Probablement un signe que l’Empire du Milieu reste optimiste sur l’avenir de Huawei dans le plus grand pays de l’Amérique latine.

Le verdict est attendu pour 2021. À cause de la crise sanitaire, le Brésil attribuera aux opérateurs des fréquences 5G l’année prochaine au lieu de 2020 comme initialement programmé. C’est à cette occasion que la Suède a très récemment exigé de ses opérateurs qu’ils n’utilisent pas de matériel Huawei ou ZTE.