Alors qu’en 2019, les startups françaises n’ont jamais autant levé de fonds, la French Tech continue d’animer la rentrée. Après le tour de table record de Mirakl à 300 millions de dollars il y a quelques semaines, c’est au tour d’un autre acteur français de conclure une levée de fonds à 9 chiffres. Jeudi 1er octobre Sendinblue, spécialiste du marketing digital, a annoncé avoir levé 160 millions de dollars.

La startup française boucle là son troisième tour de table, 3 ans après une levée à 35 millions de dollars. Pour cette troisième opération, Sendinblue s’est attirée la confiance de partenaires financiers comme Bridgepoint Development Capital, Bpifrance et Partech (qui avait mené la levée de fonds de 2017). Blackrock, la multinationale américaine de gestion d’actif entre également au capital.

« Sendinblue se positionne sur un marché en pleine croissance, car de plus en plus de PME passent au numérique, en particulier au cours des derniers mois de confinement », a déclaré Olivier Nemsguern, associé chez Bridgepoint, dans un communiqué. « Nous recherchons des investissements qui répondent à un besoin critique du marché. Sendinblue est l’exemple parfait d’une entreprise qui aura un impact ».

Avec ce financement d’envergure, Sendinblue porte son regard et ses ambitions de croissance de l’autre côté de l’Atlantique. Un marché américain dans lequel la startup a déjà mis un pied l’année dernière, et où son chiffre d’affaires égale d’ors et déjà celui établit dans l’hexagone.

Sendinblue, fer de lance d’un marketing digital en plein boom

Alors que l’année 2020 rentre dans son dernier trimestre, il est fort probable qu’elle restera comme l’année pivot pour la stratégie digitale de nombreuses entreprises. En effet, malgré les retombées économiques dramatiques induites par la pandémie de Covid-19 sur plusieurs secteurs, certains auront tiré leur épingle du jeu. Porte-étendard de l’explosion de l’e-commerce, en tête d’affiche, on trouve évidemment Amazon, et ses résultats financiers records malgré l’empilement des polémiques (voir notamment aux côtés de la multiplication des enquêtes antitrust en Allemagne et au Canada, la montée du nombre d’accidents en entrepôts). L’e-commerce français n’est pas en reste, Mirakl ayant levé 300 millions de dollars en septembre pour continuer à fournir aux entreprises ses templates et intégrations de sites marchands.

L’autre secteur qui se retrouve sous les projecteurs, c’est celui du marketing digital. La mutation des habitudes de consommation a en effet entraîné les entreprises à remettre internet au coeur de leur stratégie. La relation client se déportant de plus en plus sur le web, les acteurs du marketing en ligne ont un boulevard devant eux pour conquérir des parts de marchés. C’est justement le créneau des français Sarbacane et Sendinblue. Le premier avait lui aussi fait sa rentrée en bouclant un tour de table à 23 millions d’euros.

Fondée en 2012 par Armand Thiberge, Sendinblue s’est spécialisée auprès des PME avec sa solution SaaS marketing et commerciale tout-en-un. Comme pour d’autres acteurs du secteur, la startup avait toutefois commencé en faisant ses gammes sur un seul segment : celui de l’email marketing. Huit ans plus tard, la palette s’est largement agrandie, et le nombres d’outils numériques à destination des équipes marketing à disposition ne cesse de s’étoffer (email, SMS, marketing automation, gestion des ventes, chat, landing page…). Une trajectoire vers plus d’intégrations qui n’est pas sans rappeler celle d’un de ses plus gros concurrent américain, Mailchimp,

« Depuis notre dernière levée de fonds en 2017, nous avons évolué vers un modèle où nous proposons une solution pour répondre à tous les besoins commerciaux et marketing des PME. Les besoins ont considérablement évolué, se digitaliser devient essentiel. Sendinblue s’est fixé pour objectif de construire la plateforme marketing et commerciale la plus intelligente et intuitive« , comme l’indique Armand Thiberge dans le communiqué sorti par Sendinblue.

Cap sur l’international, avec le marché américain en ligne de mire

Dans le contexte sanitaire et économique des derniers mois, la startup a vu ses chiffres prendre une nouvelle dimension, signe d’un marché à maturité accélérée. « Nous avons vu beaucoup de nouveaux clients commencer à mettre en place une stratégie de digitalisation, et nous n’avons pas observé de défaillances particulières » constate le fondateur et CEO. Sendinblue confirme d’ailleurs avoir réalisé « plus de 50% de croissance sur les seuls mois de mars à juin 2020 ».

La startup revendique désormais 18 000 clients à travers le monde, réalisant 70% de ses 50 millions de chiffre d’affaires à l’international.

La voie d’expansion principale se situe outre-atlantique. Un terrain de jeu bien plus vaste que la France, et digitalement plus mature. « La pandémie de COVID a accéléré notre activité », commentait Steffen Schebesta, qui dirige les opérations de la société en Amérique du Nord (et a rejoint Sendiblue lorsque sa start-up, Newsletter2Go, a été rachetée il y a plusieurs années). « Nous avons vu beaucoup de PME se rendre compte qu’elles doivent se digitaliser pour survivre ». Et de décrire l’objectif du profil type d’un client Sendinblue : « permettre aux petites et moyennes entreprises d’être sur un pied d’égalité avec les grandes entreprises en ce qui concerne les outils qu’elles peuvent utiliser, en ayant accès à tout sur une seule plateforme à un prix abordable »

Sendiblue a longtemps fait des PME sont coeur de cible, mais compte dorénavant dans son portefeuille client des marques prestigieuses, au rang desquels Louis Vuitton, Haribo, Fujitsu, Amnesty International et Greenpeace.

Pour la suite des aventures de la startup, le poids du marché nord-américain ne signifiera pas, en revanche, que le centre de gravité français se déplacera. Armand Thiberge croit beaucoup en la souveraineté numérique de l’Europe : « À l’heure du RGPD, il est décisif de construire un écosystème européen indépendant qui garantit la confidentialité des données. Notre ADN est européen, mais notre ambition est mondiale. C’est pourquoi nous sommes heureux de voir rentrer à notre capital deux fonds européens ».

Un son de cloche qui fait écho à la prise de position récente du patron de Spotify Daniel Ek, qui s’est engagé à investir 1 milliard de sa fortune personnelle dans la tech européenne. L’Europe, qui semble justement commencer à assembler les pièces de son puzzle numérique. La formalisation du projet de cloud européen GAIA-X est un premier pas dans ce sens. Dans un discours solennel prononcée le 16 septembre 2020, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen annonçait que 20% des 750 milliards d’euros du plan de relance seront consacrés aux projets numériques.