En parallèle de sa bataille contre Apple, c’est lors d’une conférence en ligne jeudi 27 septembre que le CEO et fondateur de la plateforme de streaming musical Spotify, Daniel Ek, s’est engagé à investir 1 milliards d’euros dans des startups européennes.

Daniel EK, CEO et fondateur de Spotify, veut aider à faire émerger les futures licornes européennes

Disposant d’une fortune évaluée à 3,1 milliards d’euros, il s’agit donc là d’un engagement à hauteur d’un tiers de sa fortune personnelle. Le patron de Spotify explique dans la vidéo qu’il envisage étaler son investissement sur 10 ans, et que celui-ci visera en premier lieu des sociétés européennes aux technologies ambitieuses rencontrant des problèmes de rentabilité.

Il cite notamment les domaines de la santé, de l’éducation, de l’intelligence artificielle, des biotechnologies et de l’énergie.

« Nous savons tous que l’un des plus grands défis est l’accès aux capitaux. Et c’est pourquoi je vous annonce aujourd’hui que je vais consacrer 1 milliard d’euros de mes ressources personnelles pour permettre à l’écosystème des constructeurs de se développer ». Il a déclaré qu’il y parviendrait en « finançant ce qu’on appelle des « moonshots » (des licornes), en se concentrant sur la technologie profonde nécessaire pour faire une brèche positive significative, et en travaillant avec les scientifiques, les entrepreneurs, les investisseurs et les gouvernements pour y parvenir ».

En annonçant vouloir mettre un milliard sur la table, Daniel Ek veut clairement aider le Vieux Continent à propulser ses propres géants, en les empêchant soit de quitter le navire pour partir vers d’autres horizons : « certains grands talents en devenir finissent par quitter l’Europe parce qu’ils ne se sentent pas suffisamment estimés ou accompagnés ici. Nous avons pourtant besoin de grandes entreprises innovantes qui relèvent la barre et inspirent les entrepreneurs. »

Il exprime par ailleurs une certaine frustration à constater que certains entrepreneurs préfèrent vendre un concept plutôt que développer un cycle de maturité avec une idée qu’ils ont portée : « les entrepreneurs européens renoncent à leurs visions prodigieuses en vendant très tôt dans le processus. Nous avons besoin de plus de super entreprises pour relever la barre et pouvoir agir comme une source d’inspiration. Il y a beaucoup, beaucoup de domaines vraiment passionnants où il y a des tonnes de scientifiques et d’entrepreneurs en ce moment en Europe. »

Ses critiques se portent également sur la fragmentation du marché européen lorsqu’il s’agit de soutenir des projets nationaux. Le manque d’un écosystème à l’échelon continental porte ainsi préjudice à l’émergence de puissances tech en mesure de rivaliser avec les poids lourds américains et chinois. Selon lui, les structures américaines arrivent généralement à boucler des tours de tables 2 à 3 fois plus importants que leurs équivalentes européennes grâce à des mécanismes de financement plus harmonieux. Pour monter d’un palier, le CEO de Spotify appelle à la collaboration transversale entre parties prenantes :
« L’Europe a besoin de plus de super entreprises, à la fois pour que l’écosystème se développe et prospère. Mais je pense surtout que si nous voulons avoir une chance de nous attaquer aux problèmes infiniment complexes auxquels nos sociétés sont confrontées actuellement, nous avons besoin que les différentes parties prenantes, notamment les entreprises, les gouvernements, les institutions universitaires, les organisations à but non lucratif et les investisseurs de toutes sortes, travaillent ensemble ».

L’Europe doit mettre en place une politique numérique unifiée pour pouvoir rivaliser

Les grandes lignes du discours de Daniel Ek font écho à plusieurs sons de cloche. Récemment, Nick Clegg, le vice-président des affaires mondiales et de la communication chez Facebook, déclarait dans une tribune : « Ce qui m’inquiète un peu, c’est qu’alors que les décideurs politiques européens parlent, à juste titre, de souveraineté numérique et de nouvelle réglementation – dont une grande partie, j’en suis sûr, est bien fondée et bien placée – en fin de compte, le principal ingrédient qui aiderait l’Europe à concurrencer la Chine et l’Amérique est de terminer un vieux projet et non d’en commencer un nouveau. Et c’est la création de ce marché unique numérique inachevé. »

La collaboration numérique européenne, un thème dont s’est par ailleurs emparé la sphère politique ces derniers temps. Le 16 septembre 2020, la la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, détaillait le plan mettant le numérique au cœur de la relance économique européenne suite à la crise du coronavirus. Une enveloppe de 150 milliards d’euros sera consacré aux projets numériques. L’objectif ? Combler la fracture numérique européenne.

Il n’en reste pas moins que certaines licornes européennes commencent à faire leur trou. La fintech suédoise Klarna vient tout juste de devenir la première fintech européenne à dépasser les 10 milliards d’euros de valorisation. Au total depuis 2015, ce sont plus de 90 milliards de dollars qui ont été investis dans les start-up tech du Vieux Continent.