Alibaba aurait décidé de suspendre ses investissements et ceux de ses filiales en Inde. Cette décision, révélée par Reuters le 26 août grâce à des sources internes, intervient dans un contexte particulier. La Chine, le pays d’origine d’Alibaba et l’Inde se sont affrontés dans l’Himalaya où les deux pays se disputent la position d’une frontière.

Alibaba, un investisseur majeur pour les start-ups indiennes

Depuis 2015 Alibaba a grandement favorisé la croissance de plusieurs start-ups indienne en investissant 2 milliards de dollars. Selon la société PitchBook, spécialisée sur les financements du marché privé, l’entreprise chinoise aurait participé à hauteur de 1,8 milliard supplémentaire à des cycles de financement privés. La nouvelle du gel des investissements du géant de l’e-commerce pourrait fortement impacter des start-ups locales. Les levées de fonds de plusieurs d’entre elles dépendent sérieusement d’Alibaba comme Paytm, une plateforme de paiement digital, l’épicerie en ligne BigBasket ou l’agrégateur de restaurant et service de livraison Zomato.

À propos de cette dernière, Ant Group, filiale d’Alibaba qui prépare son entrée en bourse, n’a investi que 50 millions des 150 millions qu’ils s’étaient engagés à mettre chez Zomato. Ils ont justifié ce choix le 25 août, « Un changement dans la réglementation des investissements étrangers en Inde a conduit à une nouvelle évaluation du calendrier de notre investissement supplémentaire dans Zomato ».

L’Inde multiplie les mesures hostiles contre les activités chinoises

C’est la première raison qui a été donnée pour justifier la décision du groupe chinois. En avril l’Inde a accru sa surveillance sur les investissements étrangers et surtout des pays limitrophes, dans ses entreprises. L’objectif de la mesure est d’empêcher tout rachat opportuniste, profitant de la crise sanitaire mondiale.

L’autre argument est d’actualité. Mi-juin des militaires chinois et indiens se sont affrontés de façon répétée autour d’une frontière commune disputée dans l’Himalaya. 20 militaires indiens sont morts, les Chinois n’ont révélé aucun bilan. Les relations entre les deux pays se sont naturellement extrêmement rafraîchies. New Delhi a banni 60 applications chinoises, dont TikTok, très rapidement après la crise, puis 47 nouvelles un peu plus tard. 275 autres seraient menacées et Huawei et ZTE pourraient être privés du marché indien de la 5G. Les appels aux boycotts de produit chinois se multiplient, savamment entretenus par le gouvernement du Premier ministre nationaliste Narendra Modi.

L’entreprise chinoise mise sur un apaisement des tensions

La décision d’Alibaba fait figure de réponse. Mais la crise pourrait ne pas durer, selon une source de Reuters, « Alibaba et quelques autres ont suspendu leurs plans d'investissement en Inde pendant six mois et espèrent que les choses se calmeront un peu après cela ». Il faut dire que l’Inde est avec la Chine est un marché du numérique très intéressant pour des investisseurs comme Tencent et Alibaba qui veulent améliorer leurs positions hors de l’Empire du Milieu.

La géopolitique a imposé la position prise par l’entreprise de e-commerce, mais ce choix est modéré, il n’y aura aucun retrait d’investissement, croit savoir Reuters. La source a expliqué, « Personne n'envisage de mettre ses participations dans des entreprises indiennes sur le marché étant donné les conditions du marché et le fait qu'il n'y a pas beaucoup d'acheteurs ». C’est la première fois que le conflit territorial entre les deux géants asiatiques, datant de 1962, a provoqué des morts. Jusque-là les tensions en Himalaya ne les avaient jamais empêchés de faire des affaires, à voir si ce pic de violence sera effectivement oublié d’ici six mois comme l’espère Alibaba.