Divertissement

Bandersnatch : le sacre narratif de Black Mirror à découvrir sans plus attendre

Avec Bandersnatch, Black Mirror et Netflix ont réussi un exercice narratif inédit et réussi.

Sorti à 09h01 ce vendredi 28 décembre, Bandersnatch est un épisode inédit de la série Black Mirror. Il adopte une forme longue puisque l’utilisateur peut décider de la suite du scénario. Après un trailer alléchant, Netflix dévoile une nouvelle fois un contenu interactif sur sa plateforme, et c’est une réussite.

Déjà, Black Mirror est en elle-même une réussite. Si certains n’accrochent pas, la série n’est pas pour autant vide de sens, ni vide de qualité. Bandersnatch sonne comme la consécration des expériences que cherchent à faire vivre les scénaristes. Il a été confirmé que Bandersnatch contient cinq fins principales différentes avec des variantes multiples pour chacune. Il existe ainsi tout un tas de permutations possibles dans le film.

Mise en contexte de Bandersnatch

Plongés au milieu des années 80, les utilisateurs dirigent l’histoire de Stefan Butler (joué par Fionn Whitehead), un jeune homme perturbé par la mort de sa mère et la création de son jeu vidéo : Bandersnatch. Le jeu se base sur le livre éponyme à choix multiple. En avançant dans l’histoire, le lecteur peut décider de certains actes qui auront un impact sur la fin du récit. Passionné par l’ouvrage, Stefan s’est lancé la création d’un jeu vidéo qu’il présente à un studio : Tuckersoft. L’entreprise édite déjà des jeux à succès grâce à un talentueux développeur appelé Colin Ritman, joué par Will Poulter – ces jeux sont d’ailleurs de grossiers clins d’oeil à la série puisque l’on retrouve Metalhedd, ou encore Nosedive. En présentant les ébauches de Bandersnatch, Stefan décroche un accord pour que le studio édite son jeu, à condition qu’il le termine dans un délai très court. S’en suivent alors des décisions que vous devrez prendre et qui guideront le protagoniste jusqu’à différentes fins en passant par différentes situations.

Attention, si vous n’avez pas encore ‘regardé’ l’épisode, restez attentifs, car si vous ne faites pas de choix narratifs, Netflix le fera pour vous. Aussi, vous ne pouvez pas revenir en arrière d’une décision, vous devrez subir ses conséquences. Enfin, vous n’avez pas de visibilité sur l’endroit où vous êtes de l’histoire, puisque sa durée est variable. Lorsque vous aurez un choix à faire, l’écran rétrécira.

Mon retour sur Black Mirror : Bandersnatch

Contrairement aux autres épisodes, il est difficile d’entrevoir une moralité flagrante – le fin mot de l’histoire se trouvant peut-être dans l’impact de nos décisions sur le cours de notre propre histoire et celle des autres. Tant mieux, car le but ici est bien de faire vivre une expérience à l’utilisateur. J’ai passé trois bonnes heures sur Bandersnatch et je suis persuadé qu’il reste encore beaucoup de choses à voir. Pour commencer, dès les premières minutes, Netflix nous laisse le choix de la marque de céréales à manger au petit déjeuner, ou encore de la musique à écouter dans le bus.

Arrive alors le troisième choix. Celui-ci est décisif sur l’avancée du scénario. Il est primordial que Stefan développe son jeu seul chez lui (sinon le scénario démarre une première fin). Constatant les effets psychologiques de l’enfermement du protagoniste, on comprend pourquoi. En effet, ce sont les décisions que vous prendrez qui joueront sur l’état mental du personnage. Pour ma part, mes premiers choix ont été d’aller vers un dessein sombre et funeste. J’ai alors découvert plusieurs fins, plusieurs morts, et un générique dans lequel Bandersnatch finit par sortir possède une note de 5/5 à la TV, et la fille de Colin Ritman décide de créer un scénario pour Netflix. Cependant, la plateforme m’a renvoyé à un autre moment, comme si ce n’était pas la bonne fin.

En le faisant sombrer petit à petit, l’exercice devient extrêmement poignant. L’auteur du livre Bandersnatch est devenu fou car il pensait être contrôlé. Stefan ressent peu à peu cette impression et déclare à sa psychologue qu’il a le sentiment de ne choisir ses décisions. Survient même un moment où dans une sorte d’hallucination il demande à haute voix qui le contrôle, l’écran fait apparaitre un élément, et l’on peut choisir Netflix. Ainsi, l’ordinateur de Stefan écrit « je te regarde sur Netflix. Je prends les décisions à ta place. » Un easter egg assez rigolo que même les employés de l’entreprise ne connaissaient pas d’après une source interne.

Bandersnatch est une expérience narrative de la série Black Mirror
Crédit : Netflix

Beaucoup de dialogues font référence aux nombreuses réalités qui pourraient exister, aussi infinies que les choix que nous faisons dans la vie. Plus solide psychologiquement Colin Ritman utilise Pac-Man en métaphore. Il meurt, mais revient toujours, et recommence. L’épisode de Black Mirror suit cette logique. Si à un moment vous prenez une mauvaise décision, vous revenez à une scène précédente, avancez, et les personnages agissent comme s’ils avaient déjà vécu cela. Ainsi vos précédents choix sont préservés. C’est assez déroutant.

bandersnatch propose de revenir en arrière si vous faites un mauvais choix narratif
Crédit : Netflix

Pour conclure, je pense une nouvelle fois qu’il ne faut pas chercher la moralité, mais se plonger dans l’expérience narrative proposée par Bandersnatch. L’auteur du livre était fou et pensait être contrôlé. Le héros aussi, et vous avez même la possibilité de lui faire comprendre. Puis les discussions tournent autour des choix, et des réalités. Tout cela vous fait vraiment plonger dans l’histoire et a vraiment renforcé chez moi mon implication.

Netflix et Black Mirror ont réussi un grand coup.

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