La connectivité mise en place par la 5G promet toute sorte d’évolution, comme le rapporte une étude réalisée par McKinsey Global Institute, spécialisé dans l’étude globale de l’économie mondiale. Il convient toutefois d’être lucide, et de déterminer lesquelles de ces avancées verront le jour très prochainement ou à l’inverse, dans un « certain » temps. Le rapport publié en février 2020 prend soin également d’établir les questions à se poser dans les prochaines décennies.

Quatre grands domaines touchés par la 5G

En partant de l’évaluation des réseaux 5G déjà mis en place,  McKinsey Global Institute a tenté d’analyser les secteurs où la connectivité pourra réellement voir le jour, et les véritables progrès qui seront mis en place grâce à elle dans les 10 prochaines années.

Pour réussir une telle étude, il convient de prendre en compte les éléments connexes et indissociables à la mise en place de la 5G, allant de « la fibre et des satellites au Wi-Fi et aux technologies de courte portée ». L’étude menée analyse les domaines dans lesquels la 5G pourrait être déployée, que ce soit dans la mobilité, les soins de santé, la fabrication et la vente au détail.

La 5G devrait permettre une meilleure communication entre les véhicules entre eux, ainsi qu’avec l’infrastructure et différents réseaux, en particulier avec l’apparition des voitures autonomes dans les années à venir. Dans le cadre de la santé, il s’agirait de mettre en place un « suivi des patients à distance », fondé majoritairement sur des diagnostics susceptibles d’être établis par des systèmes utilisant l’intelligence artificielle.

D’après l’étude en question, ce type de suivi pourrait permettre au personnel soignant de « passer plus de temps avec les patients ». Cette déduction reste à prouver. Les effectifs du personnel viennent cruellement à manquer, il n’est pas dit que ce système de suivi suffise à contrebalancer cela.

D’autre part, si les outils utilisés peuvent éventuellement garantir un cadre préventif, sans vouer une admiration au corps médical digne de celle qu’on décrie dans Le Médecin malgré lui, il semblerait, précisément, que la pose de diagnostic, ait quelque peu évolué depuis le 17e. De même qu’il ne suffit pas de reconnaître des taux d’analyse, et de savoir les comparer aux moyennes établies pour avoir une lecture globale de l’état du patient.

Aussi, espérons que les personnes, ou les institutions chargées de mettre en place ces systèmes de suivi seront capables de choisir avec justesse, les analyses, ou les comportements qui peuvent réellement être appréhendés par une IA. Il serait dommage de se rendre compte que plusieurs suivis à distance ne peuvent en réalité tenir compte de tous les aspects à considérer pour évaluer les besoins du patient. Chaque cas peut rapidement être considéré comme unique.

Dans une moindre mesure peut-être, la question se pose dans le domaine du retail. Si l’étude met en avant une meilleure productivité et un suivi davantage personnalisé grâce à la connectivité 5G, il convient de se poser deux questions : premièrement jusqu’où peut-on prétendre à une réelle personnalisation ? En particulier quand il s’agit de répondre aux interrogations des clients. À plusieurs reprises, il a été constaté que le service après-vente nécessite un traitement humain pour des problèmes encore trop complexes à résoudre par une chatbot. Deuxièmement jusqu’où est-il raisonnable d’aller ? N’oublions pas que la population ne cesse d’augmenter, il faudrait donc pouvoir utiliser la 5G à bon escient, et de la manière la plus efficace qu’il soit, sans pour autant négliger des domaines dans lesquels la présence humaine est nécessaire, et susceptible d’apporter du travail…

A contrario dans des domaines comme la fabrication, l’automatisation peut conduire à réduire la pénibilité, et orienter le travail humain vers tout le travail de création à faire en amont. Travail qui peut alors être amélioré d’un point de vue conceptuel. C’est sur cet aspect que plusieurs entreprises insistent en développant leurs produits, à l’instar d’application de conception 3D, comme le fait par exemple depuis plusieurs années Dassaut Systèmes, avec sa plateforme Solidworks. Consacrée à la création d’objets et d’outils, celle-ci propose de plus en plus de logiciels mis à disposition des designers pour leur offrir une meilleure visibilité sur les tâches de construction, qui seront plus tard automatisées. Et pourquoi pas ? À condition que la formation des créateurs et des designers soit assurée, et pensée en amont elle aussi par notre société.

Autrement dit, l’apparition de la 5G pourrait non seulement permettre un gain de temps, mais si tant est qu’on soit un peu vigilant, un moyen de déterminer les domaines dans lesquels la présence humaine n’est pas à retirer de manière systématique, voire au contraire à déployer, garantissant ainsi des secteurs où une disponibilité d’emplois serait garantie.

Qui dit meilleure connectivité, dit meilleure rentabilité…

L’étude proposée anticipe sur les gains réalisés grâce à une meilleure connectivité mise en place. Capable de réduire les collisions et d’améliorer la circulation, le déploiement des véhicules connectés, et plus tard autonomes, pourrait globalement permettre une « hausse de 170 à 280 milliards de dollars sur le PIB {dit « global »} d’ici 2030« .

En outre, la capacité d’analyses de traitement réalisées grâce à une meilleure connectivité pourrait « donner de nouveaux traitements ». Partant de cette estimation, l’étude considère que des investissements supplémentaires pourraient alors voir le jour, et générer 250 à 420 milliards de dollars d’impact sur le PIB mondial d‘ici 2030.

Pour optimiser le guidage automatisé des machines, ou améliorer le contrôle de qualité par vision par ordinateur, la faible latence d’une connexion 5G est nécessaire. Une fois atteinte, l’impact de la connectivité au réseau 5G sur le PIB pourrait atteindre 400 à 650 milliards de dollars, toujours d’ici 2030. Estimations à vérifier avec le temps…

Des aspects à ne pas négliger toutefois

L’étude relève tout de même quelques points à considérer pour garantir ces potentielles évolutions : « de nombreux cas d’utilisation introduisent des données complexes, en termes de confidentialité, de sécurité, et l’interopérabilité. ».

Il y aura d’autre part un autre pan à prendre en compte, celui des barrières réglementaires, et du capital disponible sur le long terme pour suivre le déploiement de la 5G, et donc les possibilités d’une meilleure connectivité.

Par ailleurs, il apparaît comme assez évident que la connexion 5G ne se déploiera pas au même rythme géographiquement parlant. Il est aisé de le constater dès aujourd’hui : rien qu’en comparant la France, encore en pleine réflexion sur le sujet, tandis que certaines villes des États-Unis peuvent se targuer d’avoir déployé leur réseau, grâce à l’opérateur AT&T.

Inutile de rappeler que ce type de décalage causera à la fois des inégalités économiques parmi les pays, mais également, comme le rappelle très justement le rapport établi : des différences d’ordre politique. Jusqu’où les fournisseurs pourront imposer leur politique de distribution, et à partir de quand les gouvernements et les institutions chargées de choisir leurs fournisseurs, seront en mesure de mettre en place leurs exigences en matière de sécurité, de confidentialité, et de protection des données.

Des questionnements pour l’avenir

Comment les fournisseurs de connexion vont-ils pouvoir monétiser le service qu’ils proposent, autrement dit quelle tarification sera proposée pour une latence ultra-faible ? Précisément en fonction des gains et de la valeur optimisée que l’augmentation de la connectivité pourrait procurer. Il conviendra également de suivre l’évolution de cette connectivité : quel est le « potentiel de découpage de réseau », et quels « services spécialisés adjacents » pourraient être mis en place pour assurer cette évolution ?

Une série d’investissements, et de partenariats devront avoir lieu pour garantir des solutions viables à long terme. Les opérateurs de communication pourraient notamment être rejoints par des satellites, des sociétés d’infrastructures. L’étude met le doigt sur la possible mise en place d’un service garantissant « le dernier kilomètre », pour reprendre le principe des services de livraison. Si les fournisseurs actuels s’occupent de construire la colonne vertébrale de l’architecture de la connectivité, il serait possible d’envisager le développement de services assurant la connexion des dernières petites distances. Service assuré par des « réseaux privés ».

Les mêmes questions sont à pourvoir du côté des consommateurs : une croissance massive des téléspectateurs en ligne peut être envisagée, auquel cas les services de streaming, applications de jeux, ou de divertissement en tout genre risquent fort de devoir augmenter leurs stocks de diffusion des programmes, et faire de nouvelles propositions : pourquoi pas dans des domaines de l’éducation ou de réalité augmentée ou virtuelle, avance les auteurs du document. Un panel de questions prouvant qu’il reste encore beaucoup de choses à évaluer, et à anticiper.