Tandis que d’autres réseaux sociaux ont annoncé les règles qu’ils appliqueront avec les politiques, l’application TikTok, appartenant au groupe chinois ByteDance, vient de prendre une décision plus radicale. Aucune annonce politique ne sera diffusée sur la plateforme.

Le discours politique sur les plateformes et réseaux sociaux : une dimension nouvelle

Suite aux scandales et aux débordements des élections présidentielles américaines de 2016, les réseaux sociaux ne cessent d’enchainer les annonces concernant le respect et la protection de la vie privée, les précautions établies pour éviter les fuites de données, les vérifications de fausses informations, et pour finir : la manière dont les discours et annonces des politiques seront traitées en cette future période présidentielle. Cette dernière mesure peut poser question sur l’évolution des débats politiques et les moyens de communication employés par les politiques. Il n’empêche que la chose est prise au sérieux par les réseaux sociaux, soucieux de protéger au mieux leurs intérêts. À cela s’ajoutent bien évidemment les enquêtes en cours, et la surveillance accrue dont ils font l’objet.

C’est ainsi que Facebook a annoncé que les discours et annonces politiques ne seront pas soumises au système de vérification du réseau social, ces annonces étant à considérer comme un fait d’actualité sur lesquelles le groupe n’est pas censé intervenir, ce n’est pas “son rôle”.  Seuls les discours d’incitation à la haine et à la violence, enfreignant la politique du groupe, supposeront une intervention. YouTube a préféré déclarer que tout le monde serait soumis aux mêmes règles, sauf exception. Méthode qui laisse le champ libre à de nombreuses déclarations politiques, car la plateforme autorisera la publications des vidéos se référant à un contexte politique, ou d’actualité, ou bien encore à une analyse d’évènements en cours. Twitter a adopté une position légèrement différente du point de vue de la justification, précisant que les publications des politiques, même si elles enfreignent certaines règles, sont d’intérêt public. Et donc Twitter se doit de les diffuser, selon ses représentants.

Beaucoup de bruit pour pas grand chose penseront certains, compte tenu de l’impossibilité d’établir un discours constructif et argumenté sur les réseaux sociaux. D’autres au contraire considèrent que ces mesures nécessitent d’être établies, et d’être considérées, si l’ont tient compte d’un fait, certes difficile à réfuter : la nouvelle place des réseaux sociaux dans les médias.

Les médias font régulièrement référence aux annonces faites par les personnages publics sur les réseaux sociaux, ou aux publications reliées à des faits d’actualité. Le principe même des réseaux sociaux est fondé sur la capacité à réagir à un discours. Les politiques l’ont bien compris, de même que certains groupes idéologiques. Compte tenu du nombre de personnes connectées à ces réseaux, il est très tentant de s’adresser directement à cette masse électorale, et souvent influençable sans avoir à passer par les voies officielles et médiatiques. Celles-ci nécessitant – en général – de tenir un discours plus construit, et plus argumenté sur des prises de positions, des décisions, ou des programmes politiques.

Les réseaux sociaux favorisent la création de polémique, quoi de mieux pour faire campagne, et garantir que l’on parle de vous ? Donald Trump l’a reconnu lui-même en déclarant qu’il n’aurait peut-être pas gagné les élections sans le « vecteur » Twitter. Peu importe le discours que vous tenez, l’ampleur et la rapidité avec laquelle vos propos sont relayés défient toute concurrence.

Et puisque les propos tenus sont censés s’adresser directement aux citoyens, devenus instantanément de futurs électeurs, les médias n’ont d’autre choix que de se tenir informés de annonces faites sur les réseaux sociaux. Il semble nécessaire en effet de replacer dans leur contexte les discours – qui dépassent rarement les 150 mots – énoncés par les politiques sur la toile des réseaux sociaux.

TikTok, plateforme de partage de vidéos, adopte une position qui l’écarte définitivement du débat ici présenté, celle-ci déclarant qu’aucune annonce politique ne sera autorisée à voir le jour sur l’application. Les représentants rappellent que c’est une plateforme de divertissement, et que les annonces politiques ont un format qui ne correspond pas avec celui employé par l’application.

Blake Chandlee, vice-président en charge des solutions commerciales globales, précise dans un communiqué à Techcrunch que TikTok n’autorisera pas la publication « des annonces financées pour promouvoir ou opposer un candidat, leader actif, parti politique ou groupe », relayées à un « niveau fédéral, national ou local ». Ceci incluant donc les campagnes électorales, les plaidoyers et les annonces politiques, ajoute-t-il.

L’application a choisi d’orienter ses contenus vers la création et le divertissement termine de rappeler Blake Chandlee, ancien responsable des relations publiques et commerciales de Facebook, et au service de TikTok depuis juin 2019.

Ce n’est pas la première fois que l’application avance cet argument. Tandis que le Washington Post lien attirait l’attention sur l’absence de vidéos concernant les évènements à Hong-Kong, TikTok se défendait en avançant cette « hypothèse » que la plateforme était utilisée comme un vecteur de vidéos divertissantes, la politique n’étant donc pas un thème cher à ce que les utilisateurs viennent chercher avec leur application.

Inutile de rappeler que des documents relayés le Guardian ont depuis prouvé que l’application pratiquait une censure soumise au contexte imposé par les autorités chinoises. Et, si l’application se défend de ne plus appliquer ces règles de modération depuis mai dernier, il est difficile de ne pas établir un lien avec cette décision. La subtilité désormais réside dans la décision de mettre tout le monde sur le même plan, et sans exception, cette fois. Pour ne pas être accusé de censure, tout en restant en adéquation avec les autorités chinoises, les dirigeants de TikTok auraient-ils décidé d’écarter définitivement toute dimension politique ? La compagnie a en tout cas précisé que cette annonce avait été faite dans une volonté de transparence, garante selon ses dirigeants, d’un maintien de la croissance de l’application sur le marché, du divertissement, donc.

Techcrunch pointe du doigt une autre dimension à prendre en compte : la nécessité d’instaurer un système de vérification, à partir du moment où l’on décide de publier des contenus idéologiques ou politiques, ou faisant référence à l’actualité. L’application ne dispose peut-être pas de l’infrastructure nécessaire à ce type de vérification avance Techcrunch, impliquant l’identification et le traitement de plusieurs informations telles que : la crédibilité des adresses, des numéros de téléphones, des courriels, des numéros d’identification etc.