D’après certains documents révélés par le Guardian, l’application de partage de vidéos TikTok était programmée pour censurer certaines publications. Les sources révèlent la présence de règles de modération impliquant l’interdiction ou la limitation des vidéos faisant référence à des sujets bannis par les autorités chinoises.

Une liste d’interdictions présente dans les règles de modération

Développée en 2016 par ByteDance, start-up chinoise spécialisée dans les nouvelles technologies, TikTok est réputée pour être l’application préférée de la jeune génération et des annonceurs. Dans la première moitié de 2018, elle battait les records en téléchargement, passant devant Facebook, Youtube et Snapchat.

Le fait n’est pas nouveau, nombreux sont ceux qui s’inquiètent de la politique de TikTok, soupçonnée de relayer la censure pratiquée par les autorités chinoises. Au début du mois, le Washington Post alertait ses lecteurs sur l’absence de référence aux dernières manifestations de Hong-Kong sur le réseau social.

Dans un communiqué officiel, ByteDance avait nié toute intervention de censure, précisant que les données des américains par exemple, étaient stockées dans leur pays. Les règles de modération sont dirigées par une équipe aux État-Unis, avait ajouté les représentants de la société, et par conséquent selon eux, non influencée par les autorités chinoises. Et d’ajouter que la plate-forme était consacrée au divertissement et non à la politique, ce pourquoi les publications sur Hong-Kong étaient inexistantes, les utilisateurs de l’application cherchant un « contenu positif et joyeux ».

Pourtant les derniers documents mis en lumière par le Guardian viennent confirmer l’hypothèse de la censure. Les directives générales de modération répertoriées dans ces documents sont scindées en deux catégories : les contenus marqués comme étant une « violation », se verront effacés, et leurs auteurs bannis du site, les contenus considérés comme des infractions moins graves seront marquées comme « visible pour soi » et soumis un algorithme qui limitera sa distribution.

Ainsi, les documents stipulent que, concernant la Chine, les modérateurs sont tenus d’examiner les vidéos partagées en veillant à ce qu’elles n’entrent pas dans une section relative à « un discours haineux » ou « religieux ». Les vidéos sont également tenues de respecter un contexte soumis à l’interdiction de critiquer le système socialiste chinois. Interdiction elle-même placée sous celle de critiquer ou attaquer les règles sociales d’aucun pays, et d’aucun système politique. Impossibilité donc de critiquer : les monarchies constitutionnelles, les « simples » monarchies, les systèmes parlementaires, la séparation des pouvoirs, les systèmes socialistes, etc.

La liste ne s’arrête pas là, toute « diabolisation ou distorsion concernant les localités chinoises ou les autres pays » sont également à bannir. Difficile donc de parler de faits historiques se référant aux émeutes de Jakarta en 1998, au génocide cambodgien, ou aux manifestations de la place Tian’anmen. Une autre règle générale impose d’éviter les « sujets controversés » comme le séparatisme, et les conflits avec les sectes religieuses, ou entre les groupes ethniques.

Toutes les interdictions citées font parties des infractions susceptibles d’être étiquetées comme « visible pour soi ». Les vidéos se référant à ces sujets seront donc soumises à l’algorithme mis en place pour ce type d’infraction, et placées en visibilité réduite et limitée. Les vidéos faisant la promotion du mouvement Falun Gong, considérée comme une secte en Chine, seront marquées comme une « violation » et effacées du site.

Une « bizarrerie » est également relevée dans les documents par le Guardian, concernant la pornographie juvénile. Les âges sont répertoriés sous 4 catégories précises; moins d’un an, 1 à 8 ans, adolescent et mineur en-dessous de 18 ans, rien d’anormal jusqu’ici. Cependant il serait « recommandé » de traiter le sujet comme un adulte s’il n’est pas certain que l’usager ait moins de 18 ans.

Enfin, le service bannit également toute référence faite à certains “leaders étrangers” ou figures jugées « sensibles » incluant : Kim Jong-il, Kim Il-sung, Mahatma Gandhi, Vladimir Poutine, Donald Trump, Barack Obama, Kim Jong-un, Shinzo Abe, Park Geun-Hee, Joko Widodo et Narendra Modi.

Une prise de conscience de la part de ByteDance

ByteDance a déclaré que ces directives ne seraient plus suivies depuis mai 2019, bien avant les allégations du Washington Post, précisent les représentants. Au cas où certains jugeraient leur déclaration au Washington Post comme fausse ou erronée… Précisons qu’à cette époque les dirigeants avaient cependant refusé d’accorder une entrevue aux journalistes.

Dans cette même déclaration relatée dans le Guardian, la compagnie précise que des précautions avaient été prises lors du lancement de l’application TikTok. Voulant éviter et minimiser les sources de conflit, des règles générales de modération ont été établies, autorisant les pénalités évoquées. Néanmoins, dans le courant de cette année, et constatant le succès mondial de l’application, ces règles ont été abandonnées depuis Mai dernier. La compagnie reconnait que celles-ci n’avaient pas une « bonne approche ». Progressivement, des équipes locales de modérateurs ont été mis en place dans différents endroits. Ces équipes sont en relation avec des comités locaux et indépendants, reliés aux organisations qui gèrent les industries, et aux experts chargés de contrôler la politique de ces sociétés.

Cette prise de conscience aurait eu lieu en 2017, alors que ByteDance rachetait l’application américaine Musical.ly. Dès lors, le groupe a eu la bonne intuition d’évoluer vers une plus grande transparence d’un point de vue communication. Le hasard de la vie nous surprendra toujours…