Dans un communiqué fait mardi, la société Facebook a annoncé qu’elle ne soumettrait pas les publications des politiques à son système de vérification. L’ancien vice-Premier ministre britannique, devenu responsable des affaires internationales et de la communication de Facebook a annoncé hier dans un discours la mise en retrait de la compagnie. Cette décision peut difficilement être appréhendée sans penser aux prochaines élections présidentielles américaines en 2020.

Facebook tente de montrer patte blanche

Long discours de la part de l’ancien vice-premier ministre Nick Clegg, ayant rejoint la firme en 2018, et qui a déclaré mardi dernier :

« Nous ne pensons pas que c’est un rôle approprié pour nous d’arbitrer les débats politiques et d’empêcher le discours d’un homme politique d’atteindre son auditoire et de faire l’objet d’un débat et d’un examen minutieux. C’est pourquoi Facebook exempte les politiciens de notre programme de vérification des faits par une tierce partie ».

Après avoir été accusé d’avoir influencé les élections américaines de 2016, la firme n’a eu de cesse de communiquer sur les efforts mis en place pour lutter contre la désinformation. Mark Zuckerberg était allé jusqu’à présenter ses excuses devant le Congrès pour faire part de sa “prise de conscience”. À cette époque il soulignait néanmoins l’infime part des fausses informations circulant sur le site. Infime, peut-être, mais suffisamment gênante pour que ces interventions aient lieu. Ainsi nous avons eu droit à la War room durant les élections européennes ou au « ménage des fake news » pour les élections au Bangladesh.

L’annonce faite cette semaine, est sur ce point quelque peu déroutante. Dispenser les politiques de toute vérification alors que le reste des utilisateurs seront soumis à la chasse aux fausses informations pourrait s’apparenter à un traitement de faveur.
Nick Clegg justifie cette prise de position en expliquant que les discours des politiciens seront traités comme « un contenu d’actualité qui devrait, en règle générale, être vu et entendu ».

Les seuls moments où la firme se permettra d’intervenir seront dans des cas d’incitation à la haine et à la violence. Rappelons que Facebook avait désactivé les messages instantanés du Premier ministre israélien suite à des propos haineux mentionnés sur son compte. Nous verrons donc jusqu’où les politiques auront le droit d’aller désormais avant que Facebook n’intervienne.

Vendredi dernier, Mark Zuckerberg avait rencontré plusieurs sénateurs au Congrès, et plus tard à l’heure du dîner. Cette décision a-t-elle été abordée ? Ou peut-être avec le président Donald Trump, rencontré lui aussi vendredi dernier, sans qu’on ne sache réellement ce qui a été dit dans leur entrevue dite « constructive », mais dont aucun autre élément n’a réellement été mentionné.

Un sénateur avait suggéré la vente de WhatsApp et Instagram au fondateur de Facebook durant son audition au Congrès, ce qu’il avait refusé. Refus également de se soumettre à un audit indépendant concernant la censure. La firme souhaite agir en interne, au risque de ne pas agir du tout pour éviter les foudres des autorités – n’oublions pas qu’une enquête est menée sur la firme – ou des représailles médiatiques.

Et dans tout cela, qu’en est-il de Facebook Watch ? Nick Clegg précise que les discours des politiciens sont déjà décortiqués par les journaux et les médias, et que le rôle de Facebook est de garantir un terrain de jeu équitable, non pas d’être un participant politique. Faut-il en déduire que les actualités sur Facebook ne traiteront pas des déclarations des politiques? Comme nous l’avons cité plus haut, la firme a cependant décidé de considérer les discours politiques comme de l’actualité… de quoi en perdre son latin. Les journaux entrés en partenariat avec le groupe devront-ils également s’acquitter de tout commentaire ou vérification des dires des acteurs politiques sur la plate-forme ? Affaire à suivre, et à clarifier.