Cela fait maintenant plusieurs années que Google Cloud évoque l’ouverture prochaine d’une région France pour 2022 et travaille pour que cela se concrétise enfin. Ce 30 juin 2022, la filiale de Google spécialisée dans le cloud computing a officiellement inauguré sa région France dans le cadre d’un évènement spécial organisé dans plusieurs lieux (mais aussi en ligne). La conférence principale s’est déroulée à la Maison de la Mutualité à Paris, mais s’est aussi tenue en province, à Lille avec Sfeir, à Nantes avec Onepoint et à Lyon avec Sogeti.

Cette nouvelle implantation a été officialisée afin que Google Cloud puisse être au plus près des entreprises françaises souhaitant profiter du cloud computing ou utilisant d’ores et déjà les services proposés par l’entreprise américaine. Cet événement a également été l'occasion pour l’entreprise de revenir sur les enjeux économiques, de souveraineté et de développement durable qu’elle souhaite porter.

Une région Google Cloud en France très attendue

Jusqu’au 30 juin 2022, Google Cloud était le seul grand acteur du cloud à ne pas posséder de région en France. En effet, Microsoft, Oracle ou Amazon étaient d’ores et déjà présents dans l'hexagone depuis maintenant plusieurs années. La région France, dont le nom de code est Europe - West 9 (Paris), devient la dixième présente en Europe et la trente-quatrième à travers le monde.

Carte des 34 régions Google Cloud. L'ouverture d'une région correspond à l'implantation de trois data centers dans une même zone tout en étant relativement éloigné les uns des autres. Image : Google Cloud.

Basée intégralement en Île-de-France, l’infrastructure proposée par Google Cloud comporte trois zones de disponibilité (AZ) réparties dans trois centres de données différents, distants d’au moins dix kilomètres les uns des autres. Ces AZ promettent de proposer une architecture résiliente, tolérante aux pannes, offrant une haute disponibilité, tout en étant au mieux protégé contre les défaillances inattendues. Il ne sera pas possible pour les clients de Google Cloud de choisir leur AZ, tout comme pour les régions France de Microsoft et Oracle.

Parmi les services disponibles sur la nouvelle infrastructure proposée par la firme de Mountain View en France, on retrouve de nombreuses briques technologiques (32 au total) comme :

  • BigQuery, l’entrepôt de données multi cloud sans serveur qui a récemment été mis à jour avec BigLake.
  • Apigee, la plateforme de gestion d’API et d’analyse prédictive.
  • CloudSQL, le service destiné à héberger des bases de données relationnelles issues de MySQL ou tout autre système de gestion de bases de données relationnelles.
  • Compute Engine qui permet aux utilisateurs d’avoir accès et de lancer des machines virtuelles à leur demande.
  • Cloud Storage pour le stockage de fichiers en ligne et d’accès aux données sur l’infrastructure Google Cloud Platform (GCP).

La région française sera connectée aux réseaux des principaux opérateurs locaux, comme Orange. Le service Cloud Interconnect permettra de raccorder les applications étant hébergées de l’autre côté de l’Atlantique. Cela sera possible grâce à l’exploitation du câble sous-marin Dunant, mise en service en 2020, d’une capacité de 250 tera/seconde, bien plus performant que l’ancien câble TAT-14 d’une capacité moindre (environ 10 tera/seconde).

Pour ce qui est de l’accompagnement client, Google s’appuie sur les partenaires locaux qu’elle possède, comme Thalès, Devoteam, SAP, Onepoint, ou Sopra Steria. Comme l’a indiqué Anthony Cirot, directeur général de Google Cloud France, « la stratégie de Google Cloud France est d’accompagner nos clients, de gérer les projets, avec l’aide de l’écosystème français du digital ».

Une région France inaugurée par Google Cloud : les impacts économiques et sociaux

L’implantation de la nouvelle région France par Google Cloud a pour objectif de mieux accompagner ses clients en France, dont le chiffre ne cesse d’augmenter. L’un des souhaits de Google Cloud France grâce à l’arrivée de cette nouvelle région est d’être l’un des acteurs qui réussira à faire grimper la France plus haut dans le classement des économies numériques en Europe. En effet, le pays est classé au seizième rang dans ce secteur, un résultat qui n’est pas à la hauteur des espérances du gouvernement, ni même des acteurs du numérique français.

Avec l’aide de Implement Consulting Group, un cabinet de conseil, Google Cloud va mesurer l’impact macroscopique de l’implémentation d’une région Google Cloud en France pour les prochaines années. L’étude fournie par cette institution doit montrer que cette arrivée répondra à quatre principaux enjeux :

  • Enjeu économique : en conservant sa croissance, Google Cloud pourrait contribuer à générer la somme de 2,5 milliards d’euros supplémentaires dans le PIB français d’ici 2027. La firme espère atteindre ce chiffre en favorisant la compétitivité et la productivité des entreprises. Elle met notamment en avant l’utilisation du cloud pendant la crise sanitaire du Covid-19 où de nombreuses entreprises en ont tiré profit pour le travail à distance.
  • Enjeu social : l’implémentation de la région France permettrait la création de 14 000 emplois supplémentaires d’ici 2027, pour les besoins propres de Google Cloud mais aussi pour les besoins de ses partenaires français.
  • Enjeu de formation : « il ne sera pas possible de répondre à l’enjeu de la numérisation de l’économie française sans avoir recours à la formation » déclare Pauline Butor, directrice de la publicité pour YouTube. Google Cloud dit participer à l’évolution de ces formations avec différents acteurs de l’éducation et du secteur du numérique, pour développer les compétences des employés et des étudiants.
  • Enjeu de développement durable : l’entreprise s’engage à accélérer sa transition écologique, et la région France sera l’une des infrastructures tests pour y parvenir.

L’enjeu est également important vis-à-vis des start-up que Google Cloud veut accompagner. La firme de Mountain View est consciente du fait que ces structures n’ont pas l’argent, ni forcément le temps de développer leur propre infrastructure cloud et s’engage ainsi, à les aider.

Maya Noël, directrice générale de France Digitale précise que « plus d’un million d’emplois ont été créés grâce aux start-ups » en France et que 200 000 emplois supplémentaires devraient être générés d’ici 2025. Elle appuie sur le fait que de grands groupes comme Google Cloud peuvent être vus comme des « accélérateurs de croissance ».

Vers un cloud de confiance grâce au partenariat entre Google Cloud et Thalès

En octobre 2021, Google Cloud et Thalès annonçaient la signature d’un partenariat pour obtenir le label français « cloud de confiance » proposé par le gouvernement ou le visa SecNumCloud délivré par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI). Huit mois après, le directeur adjoint de Thalès, Marc Darmont, est revenu sur les avancées du partenariat et en confirmant les souhaits des deux entités de vouloir mettre en place un cloud de confiance.

Tout d’abord, Marc Darmont a annoncé l’année officiellement choisir pour lancer cette future offre cloud : ce sera pour le second semestre 2024. Les entreprises souhaitant avoir accès à ce service devront donc patienter. Cette durée assez conséquente se justifie, selon le directeur adjoint de Thalès, par la richesse de l’offre qui sera proposée. Elle combinera la puissance maximale de calcul des solutions d’ores et déjà proposées par Google Cloud et les compétences accrues en matière de sécurité de Thalès.

Ce service porte désormais un nom et est porté par une structure intitulée Sens (stylisé S3ns). Selon Marc Darmont, ce nom a été choisi pour évoquer « Le sens de l’histoire et de l’aventure que vit actuellement Google Cloud et Thalès, à savoir offrir le meilleur des deux entreprises dans une seule offre ». Le chiffre 3 présent dans le logo ferait référence à la synergie qui existerait entre Google Cloud, Thalès et ses clients (soit trois entités différentes qui ne font qu’un), et aux trois termes présents dans la devise de cette nouvelle organisation : Performance, Innovation, Confiance.

Sens (stylisé S3ns) est la nouvelle structure juridique co-gérée par Google Cloud France et Thalès. Walter Cappilati, actuel directeur général de Thalès Services Numériques, sera le président de Sens, et Cyprien Falque a été désigné comme directeur générale de ce nouvel organisme. Photographie : s3ns.

À l’heure actuelle, les équipes travaillent pour déployer l’infrastructure, former les opérateurs et obtenir la certification cloud de confiance pour la fin de l’année 2024. En attendant, S3ns va proposer dès maintenant une offre cloud intermédiaire, non certifiée, mais qui peut s’apparenter (du moins en partie) à ce que proposera l’entreprise d’ici deux ans. Les centres de données de S3ns seront situés à terme dans le même bâtiment que ceux de la région France de Google Cloud, tout en conservant une séparation physique avec les infrastructures déjà présentes.

Dans le cadre de l'événement proposé par Google Cloud, Virginie Dominguez, vice-présidente digital, data & IT du groupe Servier et Pascal Luigi, directeur adjoint de B for Bank sont revenus sur l’importance d’un cloud de confiance et souverain selon eux. Ils considèrent que dans des domaines aussi rigoureux que ceux de la finance et de la santé, ces entreprises sont de plus en plus intéressées par les services cloud soucieux de la protection des données et de la réglementation en vigueur. D’un côté, pour éviter de voir leurs données être divulguées publiquement, et d’un autre, de par la rigueur imposée par les clients de ces entreprises, souhaitant que leurs informations soient au maximum sécurisées.

À noter que Google Cloud et Thalès avec Sens seront notamment en concurrence face au partenariat noué entre Orange et Capgemini, qui souhaitent également proposer une offre de cloud de confiance d’ici 2024. En mettant en place des services souverains, les acteurs français du numérique souhaitent s’éloigner, si ce n'est se détacher, des offres de cloud disponibles aux Etats-Unis, n’étant pas soumis à la même réglementation qu’en Europe, notamment en matière de protection des données.

Les ambitions de Google Cloud en matière de développement durable

Enfin, Google Cloud France a conclu sa conférence en évoquant ses ambitions en matière de développement durable. La firme affirme avoir :

  • travailler sur la neutralité carbone. Elle a pour objectif d’atteindre cet objectif de zéro émission pour 2030. Ses data centers devraient ne fonctionner qu’à l’aide d’énergies renouvelables.
  • À l’heure actuelle, certains des centres de données de Google Cloud fonctionnent avec 90 % d'énergie renouvelable. L’objectif de l’entreprise est d’arriver à 100 % d’ici quelques années et de généraliser le tout d’ici la fin de la décennie.
  • Selon Google les capacités de calcul ses data centers ont été multipliées par 6 sur la dernière décennie. L’entreprise y serait parvenue sans utiliser plus d’énergie fossile qu’auparavant.
  • La société ne se focalise pas uniquement sur ces data centers. Elle travaille dans le but de développer des solutions permettant à ses clients de se diriger vers l'objectif zéro émission de CO2. Elle souhaite également tourner sa stratégie de commercialisation vers le développement durable en donnant des raisons à ses futurs clients d’utiliser ses outils pour sa transition énergétique.

Pour apporter plus de précisions sur ce dernier point, Google Cloud France a évoqué son projet mené avec Unilever afin que l’entreprise puisse connaître son impact sur la déforestation grâce aux outils d’aide à la décision de la firme de Mountain View.

Dans les prochains mois, plusieurs nouvelles régions devraient voir le jour : en Allemagne (Berlin), en Israël (Tel Aviv), au Qatar (Doha), en Italie (Turin) et en Arabie saoudite (Dammam).