Aux États-Unis, Match, la société mère de Tinder, a attaqué Google (pdf) en justice lundi 9 mai. Elle accuse l’entreprise d’exercer un trop grand contrôle sur les paiements via Google Play. Comme Apple, le géant de la tech impose son propre moyen de paiement au sein des applications, ce qui lui permet de toucher une commission allant de 15% à 30% sur tous les achats in-app.

Google déploie des « tactiques anticoncurrentielles »

Déposée auprès du District nord de la Californie, la plainte de Match accuse Google de déployer des « tactiques anticoncurrentielles » pour maintenir son monopole sur l’écosystème mobile Android. Le propriétaire de Tinder rappelle que la société a longtemps été « le partenaire de Google mais nous sommes maintenant otage. Google a appâté les développeurs d’applications sur sa plateforme avec l’assurance que nous pourrions offrir aux utilisateurs le choix dans leur manière de payer pour les services qu’ils veulent. »

Match explique que Google n’a jamais désapprouvé explicitement la présence de moyens de paiement alternatifs. Le groupe a donc estimé que Google respecterait sa promesse initiale, mais en 2020 la société a brutalement changé sa politique. En position dominante dans l’écosystème Android, elle a cherché à bannir tous les modes de paiement alternatifs présents dans les applications. Le PDG de Match, Shar Dubey, espère obtenir gain de cause rapidement car Google prévoit d’imposer son système de facturation à toutes les applications. Les développeurs ont jusqu’au 1er juin pour effectuer les changements nécessaires, autrement leurs applications seront retirées du Google Play Store.

Ces accusations rappellent celles portées par Epic Games contre Apple en 2020. Avec son jeu Fortnite, le studio a tenté d’éviter le système de paiement d’Apple, ce qui lui a valu une exclusion. Un long procès n’a pas permis à Epic d’obtenir pleinement satisfaction, mais a mis un coup de projecteur sur cette situation de monopole. L'éditeur de Fortnite vient d’entamer une procédure similaire contre Google après  la suppression de son application Bandcamp.

Les Big Tech sous le feu de l’antitrust

Plusieurs précédents juridiques donnent espoir à Match et aux autres créateurs d’application. Début avril, la Commission coréenne des communications a autorisé les développeurs à ajouter un lien externe vers un système de paiement tiers dans leurs applications. Aux Pays-Bas, Match a obtenu une victoire en demi-teinte contre Apple, en faisant autoriser l’utilisation de modes de paiements alternatifs dans les applications de rencontre. Cependant, le géant touche toujours une commission de 27% sur les transactions.  En Europe, le Digital Markets Act (DMA) incarne les ambitions politiques antitrust des législateurs et effraye les Big Tech.

Pour minimiser les conséquences de cette mouvance antitrust, Google est en train d’expérimenter le support officiel d’autres modes de paiement. La société californienne a annoncé en mars sa collaboration avec la plateforme de streaming Spotify. Les contours de ce dispositif restent encore très flous, notamment concernant le partage des revenus sur les transactions. Cette initiative, impulsée par les pressions judiciaires,  fait office d’un premier pas de la part des acteurs de la tech.

Le groupe Match précise dans sa plainte que Google n’a pas donné suite aux demandes de l’entreprise pour participer à l’expérimentation. Cette situation de monopole sera au cœur des préoccupations en 2022. Epic Games a fait appel de la décision dans son procès contre Apple. Un conflit qui inspire des entreprises comme Match à entreprendre des actions en justice et les pouvoirs publics à intensifier la législation sur la tech, comme avec le DMA.