Les développeurs d’applications sur iPhone peuvent laisser les bouteilles de champagne au frais. Apple, sous la pression d’une amende hebdomadaire de 5 millions d’euros, a décidé avec retard de se conformer le 3 février à une ordonnance de l’Autorité des consommateurs et des marchés (ACM) néerlandaise : accepter les systèmes de paiements tiers sur les applications de rencontre.

La victoire à la Pyrrhus des développeurs

En apparence, il s’agit d’une bonne nouvelle pour les développeurs, mais c’est mal connaître Apple. L’entreprise a tout fait pour appliquer au minimum la décision de l’autorité de la concurrence des Pays-Bas, pour laquelle elle a fait appel.

Première chose, bien sûr, le changement d’Apple ne concerne que les applications de rencontre et les Pays-Bas. Ensuite, Apple a accepté un système de paiement in-app différent du sien ou, au choix, un lien vers un site web pour le paiement, sans abandonner sa commission.

Apple exige 27% des revenus des développeurs, même avec un système de paiement alternatif. Soit un don généreux de 3% sur les commissions habituellement récupérées par Cupertino. Les développeurs devront envoyer un rapport mensuel à Apple sur leurs revenus, base sur laquelle l’entreprise pourra en exiger 27%.

L’entreprise a également prévenu qu’elle ne pourrait plus transmettre un certain nombre d’informations, telles que l’historique de paiement, aux utilisateurs des applications de rencontre.

Apple n’a jamais dissimulé son hostilité à l'idée d'ouvrir son système de paiement in-app. L’entreprise l’a répété en annonçant les nouvelles dispositions prises aux Pays-Bas, « Ces changements compromettront l'expérience utilisateur et créeront de nouvelles menaces pour la vie privée des utilisateurs et la sécurité des données ».

L’un des dangers moins mis en avant par la marque à la pomme concerne les confortables revenus tirés des commissions récupérés via l’App Store. Les développeurs le savent, Apple ne les abandonnera pas si facilement. La mise en œuvre d’une commission de 27% sur les systèmes de paiements tiers l’atteste. Beaucoup craignent qu’Apple étende ce système au-delà des frontières des Pays-Bas.

Car l’ouverture du système de paiement d’Apple semble inéluctable, malgré les efforts de Tim Cook, le PDG de l’entreprise, pour dissuader régulateurs et législateurs de suivre cette voie.

Apple se battra jusqu’au bout pour son service de paiement in-app

En septembre 2021, à la suite à une décision au Japon, Apple a décidé de proposer d’autres moyens de paiements que les siens aux utilisateurs pour les applications vidéo ou musicales. Une pratique qui sera étendue au reste du monde, à l’initiative de l’entreprise, en 2022. Par ailleurs Apple est poursuivi pour ses pratiques par la Commission européenne et aux États-Unis, dans le cadre de son procès face à Epic Games.

Sur le plan législatif, la Corée du Sud a voté une loi en 2021 allant dans le même sens. Elle doit entrer en vigueur le 15 mars. Le Congrès américain y pense, avec l’Open App Markets Act et l’Union européenne s’en approche avec le Digital Markets Act.

Blake Reid, professeur de droit au Colorado, a écrit dans un tweet repéré par Ars Technica que « toute personne rédigeant un projet de loi sur la concurrence des magasins d'applications doit intérioriser cet aperçu de la façon dont Apple luttera contre la conformité ».

Apple ne se laissera pas faire et cherchera à sauvegarder les revenus générés par l’App Store. Une banalité tant l’activité de lobbying de Cupertino laisse peu de place au doute sur ce point. L’exemple néerlandais à l’avantage de contraindre l’entreprise a dévoilé l’une des parades qu’elle a imaginées.