Le samedi 17 avril, le quotidien De Volkskrant a accusé Huawei d’espionnage. Ce dernier aurait pu accéder aux données de 6,5 millions d’abonnés de l’opérateur néerlandais KPN, mais aussi aux conversations de l’ancien Premier ministre Jan Peter Balkenende. Le géant chinois aurait eu un accès non autorisé aux réseaux et systèmes de l’opérateur téléphonique.

Huawei une nouvelle fois accusé d’espionnage

Si en 2019 Huawei a été accusé d’espionnage pour le compte des autorités chinoises par les États-Unis, c’est maintenant au tour du quotidien néerlandais De Volkskrant. Les accusations du journal se basent sur un rapport resté secret depuis 2010.

En 2009, l’opérateur utilisait la technologie de Huawei. Il s’appuyait sur son équipement réseau pour proposer ses services aux Pays-Bas. À cette époque, six employés chinois de l’entreprise travaillaient au siège social de KPN, à La Haye. Suite aux mises en garde des services de renseignements intérieurs (AIVD), l’opérateur avait demandé aux chercheurs de Capgemini d’analyser les risques associés à Huawei. Inquiet d’un danger d’espionnage massif, il voulait également en savoir plus sur son comportement au sein de KPN.

Le rapport de Capgemini, consulté par De Volkskrant, s’avérerait si “alarmant” qu’il a été gardé secret. Il soulignerait un danger pour les pouvoirs publics et les entreprises néerlandaises, mais également pour des dissidents chinois. “La pérennité de KPN Mobile est grandement menacée. Des autorisations pourraient être révoquées, les autorités et des entreprises pourraient laisser derrière eux la confiance qu’ils ont en KPN s’il était rendu public que le gouvernement chinois peut espionner les numéros de téléphone des utilisateurs de KPN, mais aussi paralyser le réseau”, cite le quotidien néerlandais.

Le rapport de Capgemini indique que le personnel de Huawei, aussi bien dans les locaux de KPN qu’en Chine, aurait pu mettre sur écoute toutes les conversations “de manière illimitée, incontrôlée et non autorisée”, mais également s'emparer des données clients. À la suite de cela, KPN aurait décidé de revoir l’importance de son partenariat avec Huawei, en octroyant finalement la maintenance de son réseau mobile à des sociétés occidentales. L’opérateur aurait également revu la protection de ses infrastructures.

Dans une réaction à l’article de De Volkskrant, KPN a nié toute intrusion chinoise. “Il n’a jamais été constaté que des données clients ont été dérobées par Huawei sur nos réseaux, nos systèmes ou (que des numéros) ont été placés sur écoute. Si cela avait été le cas, nous en aurions informé les autorités compétentes ainsi que nos clients et pris des mesures contre le fournisseur”, a-t-il affirmé dans un communiqué.

De son côté, l'entreprise chinoise a également démenti. “Depuis nos débuts aux Pays-Bas il y a 15 ans, nous n’avons jamais été tenus responsables par les autorités gouvernementales d’actes non autorisés”, s’est défendu Huawei dans un communiqué publié samedi.

Pourtant, ce n’est pas la première fois que Huawei est accusé d’espionnage aux Pays-Bas. En 2019, il avait été accusé d’avoir mis en place des backdoors, donc des virus, dans les équipements réseaux des opérateurs néerlandais. À la suite de cela, il avait été écarté du déploiement de la 5G aux Pays-Bas. L’année dernière, la Grande-Bretagne, l’Italie, la Suède et la France avaient également exclu Huawei de leurs réseaux 5G, motivés par les sanctions américaines.