Le Premier ministre pakistanais, Imran Khan, a accordé il y a quelques jours à l'autorité pakistanaise des télécommunications, le pouvoir de supprimer des contenus publiés sur le web. Sont concernés, des contenus qui "nuisent, intimident ou suscitent la désaffection envers le gouvernement ou qui, d'une autre manière, nuisent à l'intégrité, la sécurité et la défense du Pakistan". Facebook, Twitter et Google menacent de quitter le pays si cette réglementation ne change pas.

Le Pakistan instaure une censure sur le web

Le Pakistan serait-il en train de prendre doucement un virage autoritaire ? C'est en tout cas ce que laisse penser ce nouveau pouvoir accordé à l'organe de régulation des télécommunications du pays. C'est par l'intermédiaire d'un groupe privé nommé Asia Internet Coalition (AIC) que les entreprises présentes dans le pays ont montré leur mécontentement et fait savoir leurs inquiétudes quant à cette nouvelle réglementation. Parmi les entreprises qui contestent cette nouvelle loi de censure, on retrouve en plus de Facebook, Google et Twitter, des noms bien connus comme Apple, Amazon, LinkedIn, Expedia Group, Yahoo, Airbnb, Grab, Rakuten, Booking.com, Line ou encore Cloudflare.

Cette proposition du gouvernement pakistanais remonte au début de l'année 2020. Imran Khan veut pouvoir maîtriser ce qui se dit sur le web et limiter les contenus qui pourraient nuire à son gouvernement. On peut clairement parler de censure. Quand le Premier ministre pakistanais avait fait cette proposition de loi en février 2020, l'Asia Internet Coalition était déjà montée au créneau. Un premier signal qui avait fait reculer le gouvernement. À l'époque, Imran Khan promettait de mettre en place un processus de consultation large et étendu avec la société civile et les entreprises technologiques. Cette consultation n'a jamais eu lieu.

De quoi nuire à un Internet libre dans le pays

Les membres de l'Asia Internet Coalition ont donc confirmé qu'ils ne pourraient pas continuer de travailler correctement avec une telle réglementation. On peut justement lire dans une récente déclaration que : "les exigences draconiennes en matière de localisation des données vont nuire à la capacité des gens à accéder à un Internet libre et ouvert et couper l'économie numérique du Pakistan du reste du monde. Il est effrayant de voir qu'une telle réglementation ne respecte en aucun cas les normes établies en matière de droits de l'homme sur la vie privée et la liberté d'expression".

La loi en place permet aux autorités pakistanaises de sanctionner les entreprises technologiques qui ne retirent pas ou ne bloquent pas le contenu "illégal" de leurs plateformes dans les 24 heures suivant la notification de l'organe de régulation. Une amende pouvant atteindre 3,14 millions de dollars est en jeu. Fort de ses 75 millions d'internautes, le Pakistan exige désormais, comme l'Inde, que les entreprises concernées aient également des bureaux dans le pays. Après avoir temporairement bloqué TikTok, on sent bien que le Pakistan cherche des moyens de faire fuir les géants du web, quels qu'ils soient.