Les grandes entreprises technologiques attendent avec inquiétude le nouveau projet de loi indien sur les données personnelles. La dernière version du projet laisse penser que le gouvernement indien pourrait demander à Facebook ou à Google de lui fournir des données personnelles anonymes sur ses habitants. Objectif : mieux cibler “les prestations gouvernementales” et trouver les lignes directrices politiques les plus adaptées aux attentes des indiens.

Récolter les données personnelles de ses habitants

Depuis plusieurs mois, l’Inde prépare un projet de loi qui suscite des inquiétudes dans le reste du monde, notamment chez les entreprises technologiques. En effet, le gouvernement prépare une nouvelle loi sur la “protection de la vie privée” de ses habitants. Parmi les dernières modifications apportées au projet, le gouvernement veut pouvoir récolter les données personnelles de ses habitants, en les réclamant aux géants technologiques.

Dans ce fameux projet de loi, les “données personnelles” sont définies comme des “renseignements utiles pour le gouvernement“. Tel qu’il est rédigé aujourd’hui, ce projet de loi estime que les données personnelles des indiens sont nécessaires au gouvernement pour lui permettre d’identifier les caractéristiques d’une personne, ou pour obtenir des informations sur son identité. D’autres données pourraient également être récoltées de manière anonyme.

Derrière ces lignes, le gouvernement indien estime qu’avec de telles informations en sa possession, il pourrait adapter ses politiques en fonction des attentes des indiens. Un prétexte pour obtenir gain de cause ? C’est en tout cas ce que pensent de nombreux spécialistes. Si ce projet de loi venait à être accepté, il s’agirait probablement d’une dérive majeure de l’utilisation des données personnelles.

Adapter les mesures politiques en fonction de la data ?

Supratim Chakraborty, un spécialiste indien dans la protection des données, estime que : “du point de vue des entreprises, cela risque de coincer. Les données personnelles sont la richesse sur laquelle elles capitalisent. Ces données personnelles constituent leur valeur ajoutée. Une telle disposition légale est susceptible de semer la panique dans les grandes entreprises technologiques, notamment chez Facebook, Google, Apple ou Amazon”.

Cette loi risque effectivement de poser un véritable problème aux géants de la tech. L’Inde est un pays émergent qui attire énormément. Netflix, Google, Amazon, Spotify, les plus grandes entreprises cherchent à développer leur présence dans le pays. Récemment, Google annonçait par exemple le lancement du “Google Research India” un centre de recherche qui s’inscrit dans la lignée des laboratoires d’IA créés par Google à New York, Toronto et Zurich.

D’après un haut responsable du gouvernement indien : “ces données personnelles sont également une richesse pour notre société”. Il prend un exemple avec Uber. En plus de vouloir contraindre l’entreprise à proposer un parc 100% électrique, ce haut responsable estime que si le gouvernement avait accès aux données de l’entreprise, il pourrait mieux comprendre les contraintes liées aux transport publics et donc améliorer son réseau de transport en commun. Le projet de loi ne dit pas si les données devront être disponibles gratuitement ou si le gouvernement prévoit de les acheter… Cette nouvelle loi doit être présentée au Parlement indien dans les jours qui viennent.