L’Inde fait un pas en avant dans la réglementation de l’intelligence artificielle (IA). Pourtant, le gouvernement indiquait l’année dernière son intention de ne pas encadrer la technologie en raison du retard accumulé dans la filière.

Les dirigeants indiens contrariés par Gemini de Google

Ce vendredi 1er mars, les autorités indiennes ont expliqué dans un avis adressé aux fournisseurs d’IA qu’ils devaient obtenir leur accord avant de rendre publics des outils d’IA pas « fiables » ou à l’essai. Les entreprises sont également sommées de s’assurer que leurs services ou produits « n’autorisent aucun parti pris ou discrimination et ne menacent pas l’intégrité du processus électoral ». Des élections législatives auront lieu dans le pays en avril et mai.

Rajeev Chandrasekhar, ministre chargé de l’électronique et des technologies de l’information, a précisé que ces mesures à effet immédiat visaient les « plateformes d’IA non testées qui se déploient sur le marché indien ». Elles ne s’appliquent pas aux start-up. Les modèles doivent en outre être étiquetés pour expliciter la possibilité qu’ils génèrent de mauvaises réponses aux utilisateurs.

La publication de l’avis du gouvernement intervient une semaine après que Gemini de Google a répondu de manière controversée à la requête d’un utilisateur indien. Celui-ci a demandé au modèle si le Premier ministre Narendra Modi était un « fasciste ». En réponse, l’IA, citant des experts qu’elle n’a pas identifiés, a indiqué que l’homme politique avait été accusé de mettre en œuvre des politiques que certains avaient qualifiées de fascistes.

Chandrasekhar a par la suite averti Google, estimant que ces paroles constituaient des « violations directes » des règles informatiques de 2021 ainsi que de « plusieurs dispositions du code pénal ».

Les prémices d’une réglementation de l’IA en Inde

Il s’agit d’un changement de direction pour le gouvernement. Jusqu’alors, il ne voulait pas réglementer l’IA, jugée comme essentielle pour les intérêts stratégiques de l’Inde, rapporte Reuters. Le pays encadre plus durement le secteur numérique, notamment les réseaux sociaux, depuis quelques années.

Ces nouvelles règles, si elles ne sont pour l’heure pas contraignantes juridiquement, font figure de prémices d’une plus vaste législation sur l’IA, a noté Chandrasekhar. De plus en plus de régulateurs accélèrent pour encadrer la technologie en plein boom. L’AI Act européen, qui se veut pionnier en la matière, devrait être ratifié en avril.

Des voix s’élèvent déjà dans l’industrie de la tech indienne, considérant qu’une telle réglementation risque d’entraver l’innovation.