La publication des résultats du premier trimestre 2022 d’Ericsson, le 14 avril, a été immédiatement suivie par une baisse de plus de 7% du cours. Au-delà de résultats légèrement décevants, la perspective d’une sanction américaine à cause d’une affaire de corruption en Irak pouvant impliquer l’État islamique a marqué les esprits.

Les résultats d’Ericsson eux-mêmes, d’abord

Le chiffre d’affaires de l’entreprise a progressé de 11% par rapport à celui du premier semestre 2021, pour s’établir à 55,1 milliards de couronnes suédoises (5,35 milliards d’euros). Une progression bien aidée par les investissements des opérateurs pour leurs réseaux 5G, en Amérique, notamment aux États-Unis où Huawei est exclu du marché, et en Europe.

Dans sa lettre aux actionnaires, le PDG Börje Ekholm en a profité pour rappeler les fondamentaux d’Ericsson, « L'activité d’infrastructure mobile restera notre cœur de métier et nous ne ménagerons pas nos efforts pour renforcer notre position dans ce domaine. Notre ambition est de poursuivre la croissance et le développement de cette activité ».

Le bénéfice net de l’entreprise, lui, en a pris un coup. Il est en baisse de 8% pour s’établir à 2,9 milliards de couronnes (280 millions d’euros). Cette contre-performance s’explique en partie par le départ d’Ericsson de Russie, à cause de l’invasion de l’Ukraine.

900 millions de couronnes (87 millions d’euros) ont été provisionnées pour se préparer aux évolutions de la situation géopolitique. Ericsson est le fournisseur privilégié du numéro 1 et numéro 4 des télécoms du pays, MTS et Tele2. 600 salariés ont été placés d’office en congés payés.

La marge brute d’Ericsson est restée stable à 42,3%. Elle a absorbé les surcoûts liés aux difficultés de la chaîne d’approvisionnement. Le fournisseur confie avoir créé un stock tampon de composants vitaux, pour s’assurer de pouvoir respecter ses engagements auprès de ses clients, malgré les difficultés mondiales d’approvisionnement.

Par secteur, le chiffre d’affaires des services numériques a légèrement baissé quand celui Entreprise est en forte croissance. Ericsson rapporte se concentrer sur la création d’une plateforme de réseau mondial avec des interfaces unifiées avec l’aide de Vonage, récemment acquis. Les revenus des licences sont également en berne, mais pas de panique s’exclame l’entreprise, le 1er trimestre 2022 est un entre-deux : certaines licences ont expiré, sont en attente de renouvellement et les négociations des licences 5G sont en cours. Les résultats s’annoncent meilleurs dès le second trimestre.

Les sanctions planent au-dessus de l’entreprise

Börje Ekholm a insisté dans son courrier sur les efforts de son entreprise en recherche et développement. La somme représente 10,7 milliards de couronnes (1 milliard d’euros), en augmentation. L’entreprise focalise ses efforts sur le Cloud RAN et les ASIC - circuit intégré propre à une application - nouvelle génération.

Parmi les sujets qui fâchent, Börje Ekholm n’a eu d’autres choix que d’avertir les investisseurs sur les menaces de sanction qui pèsent sur l’entreprise. En février Ericsson a admis avoir potentiellement versé des pots-de-vin à l’État islamique en Irak, entre 2011 et 2019. Une transparence forcée, une enquête du Consortium international des journalistes d’investigations (ICIJ) est sortie quelques jours plus tard.

Ericsson a déjà reçu une amende pour des faits de corruption de la part du Département de la Justice américain en 2021, elle s’expose à une seconde pour cette même raison en Irak. La résolution de ces violations devrait « probablement inclure des paiements monétaires supplémentaires, dont l'ampleur ne peut être estimée de manière fiable à l'heure actuelle », admet Börje Ekholm.

Une véritable épée de Damoclès au-dessus de la tête d’Ericsson pour l’année 2022. L’entreprise n’est pas au bout de ses peines puisque la justice suédoise a également annoncé l’ouverture d’une enquête le 20 avril. L’entreprise va devoir payer son comportement plus que problématique.