Ericsson est dans la tourmente. Pour anticiper la sortie prochaine d’une enquête mondiale du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), le géant des équipements de télécommunications 5G a admis le 15 février le versement possible de dessous-de-table à Daesh.

La révélation d’une enquête interne lancée en 2019

Dans une interview accordée le lendemain au média suédois Dagens Industrie, le PDG de l’entreprise a assuré qu’ont été mobilisées « des ressources considérables pour essayer de comprendre cela du mieux que nous pouvons ».

Ericsson raconte que « Des demandes de remboursement de frais inhabituelles en Irak, remontant à 2018, ont déclenché un examen ». Ce dernier a abouti sur une enquête interne de l’entreprise l’année suivante, sur sa présence en Irak de 2011 à 2019.

Ces investigations auraient révélé des faits de corruptions tels que « Faire un don monétaire sans bénéficiaire clair ; payer un fournisseur pour un travail sans portée définie et sans documentation ; utiliser des fournisseurs pour effectuer des paiements en espèces ; financer des voyages et des dépenses inappropriés ; et utiliser de manière inappropriée des agents commerciaux et des consultants ».

Plus grave encore, l’enquête interne aurait mis au jour le contournement des douanes irakiennes dans la période où Daesh contrôlait une partie du territoire du pays. Börje Ekholm précise, « Ce que nous constatons, c'est que des voies de transport ont été achetées à travers des zones qui ont été contrôlées par des organisations terroristes, y compris ISIS ». L’entreprise affirme être incapable de « déterminer les destinataires finaux de ces paiements ».

Ericsson, tout en rappelant ses valeurs humanistes, assure avoir pris des mesures disciplinaires contre les responsables, s’ils n’ont pas été virés, avoir mis fin à des relations avec des sous-traitants. Le géant de télécommunication compte rester implanté en Irak en promettant « des activités de formation et de sensibilisation, des politiques, des procédures et des processus de gestion des tiers renforcés ».

Ericsson déjà dans le viseur de la justice américaine

Il n’est pas sûr que cela suffise. Le groupe est déjà au cœur d’une enquête anticorruption aux États-Unis, rappelle Reuters. En 2019, elle a payé un milliard de dollars d’amendes après avoir reconnu des malversations en Chine, au Vietnam, en Indonésie, au Koweït et à Djibouti. En octobre 2021 le département de la justice américaine a accusé Ericsson d’avoir violé l’accord passé en ayant dissimulé certaines informations. Les cas de corruption en Irak pourraient être concernés.

L’association, même supposée, à Daesh, la perspective d’une nouvelle sanction américaine, la perte de confiance possible de Washington, après avoir profité de sa politique anti-Huawei, a, sans surprises, provoqué l’effondrement du cours de Bourse d’Ericsson. Depuis les révélations le 15 dans la soirée l’action a perdu environ 14,5%.

Ericsson attend encore les résultats de l’enquête journalistique de l’ICIJ. Le consortium a pris acte du communiqué du géant suédois, publié, de l’aveu même d’Ericsson, à la suite « des demandes de renseignements détaillés de la part de médias suédois et internationaux ». Les journalistes regrettent que l’entreprise n’ait pas répondu à certaines de ses questions et promettent que l’ICIJ et ses partenaires publieront « bientôt » leurs propres conclusions.