Les deux principaux fournisseurs ukrainiens de néon, utilisé pour alimenter les lasers qui impriment les circuits des puces, ont dû stopper leurs activités avec l’invasion du pays par la Russie le 24 février. À eux deux, ils fournissent entre 45% et 54% de la production de qualité semi-conducteurs selon les calculs de Reuters. De quoi déstabiliser un secteur déjà incapable de répondre à toute la demande mondiale depuis 2 ans.

La production ukrainienne de néon sous les bombes russes

Ingas représente 15 000 à 20 000 mètres cubes de néons produits par mois pour Taïwan, la Corée du Sud, la Chine, les États-Unis et l’Allemagne. Cryoin, moins importante, fournit 10 000 à 15 000 de ce gaz destiné à 75% pour les semi-conducteurs.

Ces deux entreprises ukrainiennes ont dû cesser leurs activités à cause des combats en cours dans le pays. Basée au sud de l’Ukraine, la première est située à Marioupol, sur les rivages de la mer Azov. Une ville assiégée et constamment bombardée par les troupes russes. La situation de Cryoin est à peine plus enviable, située à Odessa, sur les côtes de la mer noire, la ville est également bombardée, même si les troupes en sont encore loin.

La directrice commerciale de Cryoin, Larissa Bondarenko, a fait savoir à Reuters que, sans surprise, elle ne pourrait pas assurer ses livraisons de néon pour mars. Elle a également indiqué qu’une reprise d’activité, même en cas de cessez-le-feu, pourrait s’avérer compliquée. Ses outils de productions risquent d’être détruits lors des attaques russes et l’accès aux matières premières pour purifier le néon sera difficile.

En 2021, la production de puces a nécessité par moins de 540 tonnes métriques de néons selon le cabinet d'analyse Techcet. Le prix du gaz a augmenté de 500% depuis décembre selon Larissa Bondarenko. L’industrie des semi-conducteurs, déjà affectée par la crise sanitaire, des événements climatiques et autres dysfonctionnements de la chaîne d’approvisionnement, pourrait avoir un nouveau défi à relever. Depuis deux ans, la pénurie de semi-conducteurs a eu de nombreuses conséquences dans divers domaines, l’industrie automobile, les smartphones, les ordinateurs, etc.

Jimmy Goodrich, vice-président chargé de la politique mondiale à la Semiconductor Industry Association (SIA), organisme industriel basé à Washington, s’est voulu rassurant auprès du Wall Street Journal, « Si cela s'était produit il y a dix ans, nous aurions peut-être souffert beaucoup plus qu’aujourd’hui ».

À l’époque de l’annexion de la Crimée, en 2014, le prix du néon avait déjà augmenté de 600% selon la Commission américaine du commerce international. Une leçon pour l’industrie selon Jimmy Goodrich, qui a depuis diversifié ses fournisseurs. En février, la Maison-Blanche avait également pris les devants sur les conséquences d’une éventuelle invasion de l’Ukraine.

Les gros fabricants de semi-conducteurs épargnés, quid des petits ?

Lita Shon-Roy, présidente de Techcet, a été plus réservé auprès de Reuters. Elle a déclaré que « Les plus grands fabricants de puces, comme Intel, Samsung et TSMC, ont un plus grand pouvoir d'achat et ont accès à des stocks qui peuvent les couvrir pendant de plus longues périodes, deux mois ou plus ». En revanche, de « nombreuses autres fabriques de puces ne disposent pas de ce type de tampon ».

Comme chaque période de pénurie, le secteur des semi-conducteurs le sait désormais parfaitement, les entreprises vont chercher à constituer des stocks au plus vite. Un réflexe qui aggrave l’explosion des prix et les difficultés d’approvisionnement. Pour l’instant, la situation est stable, mais si le conflit dure, l’accès au néon deviendra un véritable problème.