Pour la première fois de son histoire, le CES, Consumer Electronics Show, se tiendra exclusivement en ligne. Une décision prise au mois de juillet 2020, et un choix loin d’être évident lorsqu’on est l’un des événements internationaux le plus attendus de l’année. Preuve de sa résilience et que le secteur de l’événementiel peut lui aussi amorcer une transformation digitale en pleine pandémie, Siècle Digital s’est entretenu avec Gary Shapiro, PDG de la Consumer Technology Association (CTA), organisatrice du CES à Las Vegas.

Un CES 2021 en ligne anticipé dès le mois de mars 2020

« C’est vraiment un gros projet pour nous. Et nous voulons le faire correctement en vertu de notre réputation. Notre marque en dépend, » annonce-t-il. L’édition 2020 du CES à peine terminée, la pandémie de Covid-19 se répandait à toute allure à travers le monde. Touchant et bloquant les pays les uns après les autres, il a fallu rapidement anticiper la situation actuelle pour les équipes de Gary Shapiro. « Nous nous sommes préparés dès le début du mois de mars. Cela fait donc un certain temps que nous sommes parés. Nous avions planifié deux scénarios, et l’un d’entre-eux est actuellement en place, » nous explique le PDG de la CTA. Au final cette situation leur a « permis de passer plus rapidement à la transformation digitale, mais aussi d’être plus créatifs, en sortant des sentiers battus. Ça nous a mis au défi. »

Une transition pas si complexe, puisque la grand-messe des technologies a « graduellement muté en un événement hybride » depuis quelques années. En effet, lors des précédentes éditions, une grande quantité de contenus des exposants étaient accessible en ligne, de même que les discours officiels et les keynotes. Cette année, le CES prendra la forme d’une « plateforme qui permettra aux entreprises de lancer des produits, d’entrer en contact avec d’autres marques mondiales, et de voir leurs clients. » Une formule qui semble d’ailleurs enthousiasmer bon nombre de parties prenantes, autant que Gary Shapiro lui-même. Des « exposants, des entreprises nous appellent plusieurs fois par jour pour obtenir plus d’informations sur la façon dont ils peuvent participer. Nous nous attendons à une expérience unique. Je parle à tant d’entreprises d’idées sur la façon dont elles peuvent se présenter. Je pense qu’il est juste de dire que les entreprises sont enthousiastes à ce sujet. »

Et bien que l’édition 2021 ne se soit pas encore déroulée, on pense déjà à celle de 2022. « Nous avons bon espoir d’aller à Las Vegas » nous confie-t-il « ce sera toujours un événement en ligne, mais ce sera un hybride entre un événement physique et un événement numérique. »

Côté organisation pour les marques, elles sauront très prochainement les contraintes qu’elles devront respecter. Elles concerneront principalement la vidéo, notamment sur ses caractéristiques, ou l’espace qu’elle peut occuper sur la plateforme du CES. D’autres aspects techniques sont également au coeur des échanges entre les organisateurs et ses partenaires, surtout la capacité à diffuser des contenus en direct à une très large audience.

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Pour la presse, la tâche devrait être grandement simplifiée. En effet, dans sa forme habituelle, les grandes annonces se font dans des salles qui ne peuvent pas toujours accueillir autant personnes qu’elles le souhaitent. En plus de pouvoir être accessibles à beaucoup plus de participants, les conférences en ligne devraient être plus interactives. Si la marque l’autorise, une session de questions/réponses pourra être lancée, et ainsi permettre aux journalistes d’échanger en direct avec les dirigeants.

Enfin, Gary Shapiro semble avoir accordé une attention particulière et un investissement conséquent pour recréer autant que possible la même atmosphère que l’on connait sur le CES : « Nous avons aussi probablement fait l’investissement le plus important, je pense, de tous les événements (…). Je pense que personne n’a fait mieux que nous. » Puisque le médium change, il ne s’attend pas à ce que les participants « fassent toute la journée comme ils font à Las Vegas. Ce que nous essayons de recréer, c’est la sérendipité : découvrir des choses auxquelles vous ne vous attendiez pas, parce que vous ne saviez même pas que vous les recherchiez. »

Les partenaires techniques n’ont à ce jour pas encore été annoncés (bien que Zoom soit revenu à plusieurs reprises dans notre conversation), mais ils devraient être à la hauteur des annonces effectuées. Contenir des milliers d’utilisateurs venant de partout dans le monde, leur fournir une image de très bonne qualité et continue ne laisse que peut d’entreprises sur la liste.

Outre l’organisation qu’il dirige, pour Gary Shapiro, l’innovation est une passion. Témoin du temps passe, la situation de pandémie a rebattue certaines cartes, que l’on pourra découvrir lors de l’édition 2021 du CES.

Les innovations présentées au CES 2021 motivées par la crise sanitaire ?

« Le fonctionnement des entreprises a totalement changé » commence-t-il. Si pour lui le télétravail fonctionne, « les entreprises commencent à se poser des questions sur l’innovation et à se demander si cette situation est bonne pour l’innovation et la créativité, car les échanges en direct et les conversations informelles sont importantes ». Grand adepte du MBWA (Management By Walking Around) pratique qui consiste à se promener dans les locaux de l’entreprise puis avoir des échanges, ou observer ses collaborateurs, alors qu’il est dans le Michigan, et ses cadres en Virginie, à Washington, ou dans le Maryland, les interactions manquent, et c’est « frustrant ».

Néanmoins, la période actuelle à été un accélérateur pour le développement de certaines technologies. Principalement pour la télémédecine pour les consultations, les voitures autonomes pour éviter tout contact, ou encore la robotique pour la livraison de produits. « Certaines solutions n’étaient qu’au stade d’expérimentation il y a un ou deux ans, maintenant elles sont commercialisées, » analyse-t-il.

D’une manière plus globale, la 5G va être pour lui un moteur de nouveaux usages et en réponse à un problème de communication lié à la Covid-19, et des conséquences sur l’organisation de nos vies d’après. La crise « a été révélatrice d’une fracture numérique importante », qui sera en partie résolue grâce au développement de la 5G. De plus, tant d’entreprises quittent leurs locaux, tant de personnes partent en périphérie, ou directement à la campagne, qu’il faudra maintenir des qualités d’échanges et d’enseignement depuis n’importe où dans le monde.

Évidemment, tout ce qui est déployé aujourd’hui ne restera pas, « mais il y aura des changements qui seront plus permanents ».

Le ton est donc donné pour ce CES 2021, qui sera, pour nous, l’année de la 5G, et de la santé. À voir si Gary Shapiro n’en saurait pas (évidemment) un peu plus que nous.