Gleamer, une start-up française fondée en 2017 dont le siège est à Cachan (Val-de-Marne), vient de boucler ce jeudi 24 septembre 2020 un tour de table à hauteur de 7,5 millions d’euros. Il s’agit de la seconde levée de fonds après un premier amorçage à 1,5 millions d’euros en 2018. Gleamer se spécialise dans l’édition de logiciels de diagnostic d’imagerie médicale à base d’intelligence artificielle. La levée de fonds consacre par ailleurs la start-up, qui voit 37 radiologues (son coeur de cible) intégrer le capital, dont le professeur Nicolas Theumann, ancien responsable de l’unité de radiologie ostéo-articulaire du CHUV à Lausanne.

Gleamer, des logiciels d’IA pour faciliter les tâches des radiologues et améliorer le diagnostic d’imagerie médicale

La medtech fait donc partie de ces acteurs qui ambitionnent de transformer, grâce aux pouvoirs des nouvelles technologies, le secteur de la santé. Il y a quelques semaines, le ministère de la Santé signait, aux côtés de 235 industriels du secteur, une charte visant à promouvoir l’e-santé. Gleamer fait partie des signataires engagés pour multiplier les chantiers numériques et moderniser le système de santé français. Mis à rude épreuve depuis plus de six mois, le système de santé verra sans doute d’un bon œil des innovations technologiques devant permettre à leurs équipes médicales de gagner du temps.

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Alors que la France traverse de toute évidence une seconde vague de Covid-19, les chiffres ne mentent pas, et le nombre de nouveaux entrants hospitaliers est en progression constante depuis plusieurs semaines. Au-delà des préoccupations de contagion et d’infection pour les patients et le personnel hospitalier, les conséquences du rebond de la pandémie se font sentir les services autres que celui de la réanimation. À compter de ce week-end, les Hôpitaux de Paris sont contraints de devoir déprogrammer des opérations chirurgicales. Un report pour l’instant estimé à 20%, mais qui a toutes les chances de continuer à grimper.

Les hôpitaux doivent malgré tout maintenir des services jugés essentiels. Notamment le service de radiologie. C’est justement auprès de radiologues que Gleamer a trouvé son premier champ d’application. La start-up a développé BoneView, le premier logiciel issu de sa plateforme d’intelligence artificielle qui assiste les radiologues en traumatologie grâce à un diagnostic semi-automatisé. Combiner l’IA à l’humain pour gagner en temps et en précision de diagnostic. Un enjeu vital en temps de crise comme celle qui vive les hôpitaux cette année.

« Nous sommes partis du constat que le nombre de radiologues reste stable, alors que les besoins en imagerie explosent. L’idée est de croiser leur regard avec notre algorithme pour éviter les erreurs et ne rater aucune lésion, par exemple osseuse, sur des radiographies standards », explique Christian Allouche, président de Gleamer. D’après une étude clinique menée par la medtech sur 600 radios traumatiques, le logiciel BoneView a permis de diminuer de 30% le taux de fracture non-détectées, tout en réduisant significativement le temps de lecture des radios.

La start-up a été fondée par 4 cerveaux, qui rassemblent la meilleure combinaison d’expertises entre science, santé et intelligence artificielle. Aux côtés de Christian Allouche, on trouve ainsi Alexis Ducarouge, directeur scientifique et ingénieur-chercheur en IA. Il y a également Nicolas Cosme, directeur technique avec 10 ans de bagages dans le développement de logiciels ; et Nor-eddine Regnard, directeur médical et radiologue en ostéo-traumatologie attaché à l’hôpital Cochin.

Ensemble, ils ont donc développé BoneView, logiciel d’IA qui, couplé à l’appareil de radiographie, est chargé de détecter des zones fracturées sur l’imagerie médicale, et d’en présenter les conclusions au praticien. La lésion décelée par BoneView est encadrée, permettant au radiologue de la visualiser instantanément. Gleamer entend ainsi accorder aux radiologues plus de temps à consacrer à des tâches à plus forte valeur ajoutée.

La start-up veut conquérir les Etats-Unis et développer d’autres logiciels

BoneView a obtenu le précieux marquage CE il y a 6 mois, label indispensable pour la commercialisation dans l’Union européenne. À ce jour, déjà plus de 50 hôpitaux (dont l’AP-HP) et cliniques en sont équipées, et compte 800 utilisateurs. Ce qui correspond à « 10% de l’ensemble des radiologues français », d’après Gleamer. Avec ce marquage CE, ainsi que le nouveau tour de table, la medtech table sur une pénétration de marché en France, et à l’étranger. « Nous visons les 5 000 utilisateurs dans deux ans et fonctionnons aujourd’hui par abonnement fixe, dont le montant dépend de la taille de l’institution, et non plus au prix à l’acte », comme l’explique Christian Allouche.

Les regards se portent notamment sur le marché américain, où une étude de validation clinique va commencer le 5 octobre prochain. Le but : obtenir pour 2021 l’approbation de la FDA (Food and Drug Administration).

Les ambitions de Gleamer sont également d’horizontaliser les domaines d’applications de ses logiciels. « Nous souhaitons aussi étendre BoneView à de nouvelles indications, toujours en radiographie standard, et devenir la référence de l’imagerie musculo-squelettique à moyen terme« , précise Christian Allouche.