La Chine développe depuis des années sa propre monnaie numérique, la DCEP (Digital Currency Electronic Payment), familièrement appelée le yuan numérique. Depuis quelque temps, il ne se passe pas une semaine sans que les médias du monde entier ne parlent d’une nouvelle décision sur son design, d’un nouveau projet pilote, ou d’un nouveau partenaire entrant dans l’aventure de la MNBC chinoise. Les ambitions diplomatiques et économiques du pays sont également souvent pointées, dans le contexte d’une concurrence de plus en plus marquée avec les États-Unis, dont le dollar domine les échanges. À ce stade, c’est au tour des distributeurs d’argent d’être adaptés à la nouvelle forme numérique que le pays souhaite donner à sa devise. C’est la Banque agricole de Chine qui est au centre de ce nouveau projet, connue pour son implication dans les projets de digitalisation du yuan numérique.

Le lancement de ces guichets numériques s’inscrit dans le cadre du troisième essai à grande échelle du yuan numérique dans la ville de Shenzhen par la Banque populaire de Chine, la Banque Centrale du pays. Déjà, en avril dernier, le magazine chinois Caijing avait rapporté que les premières institutions pilotes DCEP incluraient les quatre banques commerciales d’État, parmi lesquelles on trouve la Banque Agricole de Chine. Aujourd’hui, on compte six grandes banques participant aux tests de cette nouvelle monnaie, preuve que le rythme ne cesse de s’accélérer pour le développement du yuan numérique.

La Chine a conduit de nombreux projets pilotes, jusqu’ici, afin de tester sa monnaie numérique de banque centrale (MNBC). À Shenzhen, le 12 octobre 2020, le pays a initié un test grandeur nature sous la forme d’une loterie, afin d’évaluer les comportements de consommation des citoyens. Pensé pour promouvoir le yuan numérique, ce projet pilote a distribué une valeur de 200 renminbi (la devise chinoise, dont l’unité de base est le yuan) en yuan numérique aux candidats, afin d’observer comment ils les dépenserait, et avec quelle facilité. Cette loterie a ensuite été reproduite à Suzhou en décembre dernier, où JD.com, deuxième plus grand détaillant en ligne de Chine, a permis aux gagnants des paquets de MNBC de les dépenser en achetant certains de ses articles.

Aujourd’hui, le pays conduit un troisième projet pilote, revenu à la ville où tout a commencé : Shenzhen. Depuis le premier janvier, c’est le district de Futian qui distribue 20 millions de yuans à sa population. Petite différence avec les essais précédents cependant : le nombre de commerces physiques acceptant le paiement en yuan numérique a largement augmenté, et l’essai inclut désormais la fonction de dépôt et de retrait du yuan numérique. Cette nouvelle fonctionnalité est proposée par la Banque Agricole, et se traduit de manière simple. Un guichet, un téléphone mobile qui contient le portefeuille numérique, et de l’argent distribué. La Chine espère que la familiarité de cette fonctionnalité complètera l’augmentation de la couverture marchande du paiement numérique. Le nombre de commerçants dans lequel le yuan numérique peut se dépenser est passé de 3 000 à 11 000 dans la ville, depuis le premier projet pilote d’octobre. Le directeur du “Laboratoire d’innovation en yuan numérique” mis en place à Shenzhen cette année a pointé les divers utilisations du yuan numérique. En plus des centres commerciaux, des supermarchés ou des services de proximité, le type de transaction que l’on peut réaliser à l’aide de la DCEP chinoise peut aussi bien être à petite fréquence et montant. Par exemple, pour la recharge d’une carte de métro ou le paiement d’une facture téléphonique.

Au fur et à mesure, les entreprises privées s’adaptant et acceptant le paiement en yuan numérique directement sur leurs plateformes en ligne se sont multipliées. Ces partenaires dépendent cependant des banques des utilisateurs. Comme le rapporte Shenzhen News, la Banque Agricole, la Banque d’Épargne Postale, et la Banque des Communications peuvent uniquement choisir de se connecter à JD.com, tandis que d’autres disposent de partenaires différents. C’est pour l’instant la Banque industrielle et commerciale de Chine (ICBC) qui a le plus de partenaires. On compte par exemple parmi eux Meituan Bike et Didi Chuxing. Face à ces banques, la Banque Agricole se démarque désormais en proposant à ses clients de déposer et retirer de l’argent numérique dans des points physiques.

Cette nouvelle dynamique du yuan numérique a pour objectif de guider les résidents de Shenzhen à s’adapter à la numérisation des espèces, que la Chine souhaite abolir sur le long terme. Elle pourrait aussi permettre à la population d’explorer et d’expérimenter plus en profondeur la transformation des services bancaires, qui s’opère à un rythme effréné dans le pays.