Le 20 octobre 2020, le département de la Justice des États-Unis (DOJ) a déposé une plainte contre Google pour de multiples violations des lois antitrust du pays. Le procès qui va s’ouvrir est la conclusion de longs mois d’enquêtes, d’une audition devant le Congrès des 4 PDG des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), et d’une accélération de la procédure qui concerne Google.

Il est reproché au géant d’avoir abusé de sa position dominante. Notamment, par le biais d’un contrat annuel de plusieurs milliards de dollars avec Apple, pour que Google soit le moteur de recherche par défaut sur Safari. Son moteur de recherche est également grandement favorisé par le système d’exploitation mobile Android, lui aussi créé par Google. De plus, sur les smartphones sur Android, on retrouve logiquement le navigateur Google Chrome. Tout cet écosystème, utilisé par des milliards d’internautes dans le monde, fait de Google un acteur trop puissant, qui use de sa position pour ne laisser aucune chance à l’émergence d’autres acteurs.

La réponse de Google à cela ? C’est que ses outils sont les meilleurs et c’est pour cela qu’ils sont tant utilisés, mais que les internautes peuvent très bien choisir d’utiliser Bing, Firefox, etc. “Les gens utilisent Google parce qu’ils le souhaitent, et non parce qu’ils y sont contraints ou parce qu’ils ne peuvent pas trouver d’autres solutions. Ce procès ne ferait rien pour aider les consommateurs,” défendait Kent Walker, vice-président des affaires mondiales et directeur juridique de la firme, dans un communiqué.

Justement, ce sont les pratiques de Google qui ont fait que des concurrents n’ont pu voir le jour, ou prospérer. La navigation sur Internet est dominée par le géant. Il suffit de se pencher sur les parts de marché des secteurs stratégiques de la firme pour s’en rendre compte. Un travail similaire, mais élargi a été réalisé par nos confrère du WSJ.

Google écrase les moteurs de recherche

Sur le marché des moteurs de recherche, Google est le service le plus utilisé

Les parts de marché des moteurs de recherche. N’apparaissent pas DuckDuckGo et Yandex qui ont chacun 0,5% du marché mondial. Source : StatCounter / Search Engine Market Share Worldwide Sept 2020

C’est la porte d’entrée principale pour les internautes, dans le web selon Google. Le moteur de recherche de l’entreprise occupe une place hautement stratégique pour générer des revenus, ou rediriger l’utilisateur vers ses différents services, au delà du service rendu, évidemment. C’est pour ces raisons que l’entreprise dépense des sommes folles pour s’assurer d’une présence sur Safari et paye les amendes de l’UE sans trop rechigner.

Android est bien présent

La répartition des systèmes d'exploitation mobile dans le monde

La répartition des systèmes d’exploitation mobile dans le monde. Apple et Google dominent, mais quelques initiatives existent, notamment Samsung avec Tizen, ou encore KaiOS. Source : StatCounter / Mobile Operating System Market Share Worldwide Sept 2020

Sans surprise, Android est le système d’exploitation mobile principal. Il permet à Google de placer son moteur de recherche, son navigateur, mais aussi d’autres de ses services, directement dans le gadget de prédilection de milliards de personnes. Néanmoins, il aura fallu attendre quelques années années, mais l’Europe impose la sélection du moteur de recherche par défaut sur les appareils Android. Reste à voir si le mal n’est pas déjà fait.

Le marché des navigateurs plus étoffé

Répartition du marché des navigateurs web en tenant compte uniquement des trois plus utilisés

Répartition du marché des navigateurs web en tenant compte uniquement des trois plus utilisés. Source : StatCounter / Browser Market Share Worldwide Sept 2020

La boucle est bouclée sur l’emprise de Google sur la navigation des internautes. Chrome représente plus des deux tiers du marché des navigateurs. Renvoyant les utilisateurs, par défaut, sur Google, et étant pré-installé sur Android, il est très difficile d’avoir recours à des solutions alternatives. Sur les trois navigateurs principaux, Chrome est encore plus puissant, mais ses parts s’amenuisent (66,3%) si l’on prend on considération Samsung Internet (3,24%), Edge (2,61%), ou encore Opera (2,06%).

Google n’est pas le premier vendeur d’enceintes connectées, mais…

En comptant la Chine, Google fait plutôt office de challenger que de leader sur le marché des enceintes connectées

En comptant la Chine, Google fait plutôt office de challenger que de leader sur le marché des enceintes connectées. Source : Voicebot / Global Smart Speaker Sales Market Share – Q1 2019 – 2020-01

Au premier trimestre 2020, le marché des enceintes connecté était dominé par Amazon. Il est probable que cela soit encore le cas. De plus, à l’international, les géants chinois sont bien positionnés, d’autres fabricants, comme Sonos ou Facebook, qui intègrent des assistants vocaux. Néanmoins, les parts de marché de ces assistants sont assez difficile à trouver. Google Assistant est une nouvelle porte d’entrée vers le web depuis ces appareils, mais on le retrouve également sur Android, sur iOS, dans les voitures, ou sur certaines TV. L’ubiquité de Google est sans pareille.

Pour une majorité d’internautes avec un accès à l’information parcellaire, il n’est pas simple d’envisager de naviguer sur la toile sans passer par un produit Google, en conservant la même qualité de service. Il est indéniable que Chrome, Android, et Google sont de formidables outils, dopés à l’intelligence artificielle (avec quelles données ?), et toujours à la pointe pour répondre aux nouveaux besoins. Mais quand Internet vit au rythme de Google, il est facile pour la firme de Mountain View de donner la marche à suivre. De plus, ses ententes passées et actuelles pour favoriser ses plateformes n’ont-elles pas enrayé le développement de services alternatifs qui seraient aujourd’hui d’une qualité similaire ? Bing aurait-il eu sa chance s’il avait été utilisé par la moitié des utilisateurs de Safari ?

C’est en partie à ces interrogations que le procès du DOJ contre Google tentera de répondre.