Le 6 décembre, les deux grandes entreprises chinoises China Standard Software (CS2C), et Tianjin Kylin information (TKC), ont annoncé leur partenariat conclu la semaine précédente. Les deux géants uniront leurs efforts pour construire un système d’exploitation chinois destiné aux particuliers.

Investir le marché des particuliers

Cette union chercherait à couvrir le développement, la recherche et la distribution. L’objectif semble clair : construire un système d’exploitation « souverain ».

TKC qui a créé son système d’exploitation Kylin en 2001 à partir d’une distribution FreeBSD, utilise depuis 2009 un noyau Linux. CS2C a pour sa part repris la version open source de Kylin pour créer NeoKylin, connue pour être une réplique de Windows XP.

Les deux compagnies prévoient donc d’unir leurs forces en investissant dans une entreprise qui serait chargée de créer un nouveau système d’exploitation. Pour l’heure, le plan d’investissement n’a été établi qu’au travers d’accords verbaux rapporte ZDNet, tandis que la signature du contrat est prévue à une date encore inconnue. Il est prévu de créer un nouveau logo mêlant les deux marques, le nom de la nouvelle société n’est toutefois pas encore déterminé.

Si les entreprises TKC et CS2C prétendent déjà fournir à 90% les services nationaux, désireux de ne pas dépendre du matériel américain, les foyers domestiques utilisent encore majoritairement les systèmes d’exploitation américains : 88% des ordinateurs des particuliers chinois fonctionnent sous Windows, et 8% sous macOS, rapporte Tom’s guide.

Ne plus dépendre des États-Unis

En 2014 déjà, et ce malgré l’échec qu’avait connu RedFlag lancé à partir d’un système Linux en 1999, la Chine avait annoncé le déploiement de China Operating System (COS). Le projet n’avait cependant pas eu le succès escompté, le système ayant suscité de nombreuses inquiétudes en matière de confidentialité.

En outre, le Financial Times révélait le 9 décembre que les autorités chinoises souhaitaient bannir tous les appareils et logiciels étrangers de son administration d’ici 2022. La décision aurait d’abord été prise par le Bureau central du Parti communiste au printemps 2019. D’après les déclarations de Financial Times, fondées sur les analyses de China Securities, et sur le témoignage de deux employés ayant souhaité garder l’anonymat, il faut s’attendre à un remplacement à grande échelle du matériel.

Le plan chinois, connu sous le nom du programme « 3-5-2 » fait directement référence aux avancées prévues en pourcentage : il est ainsi prévu de substituer 30% du matériel en 2020, puis 50% en 2021, et 20% en 2022. Cette initiative prise en pleine guerre commerciale avec la Chine, qui, après un adoucissement des échanges début 2019, a repris de plus belle depuis mai 2019, suite au bannissement d’Huawei et de l’équipementier télécom chinois, ZTE, par Donald Trump.

Toutefois, l’objectif ne date pas d’hier, et comme le rappelait Bloomberg News il y a quelques jours, la Chine cherche à éliminer l’ensemble des technologies étrangères de ses banques, de l’armée, des agences gouvernementales et des entreprises publiques depuis 2014.

Ainsi, le programme « 3-5-2 », comme la création d’un système d’exploitation national pour les particuliers ne fait pas simplement écho à la guerre commerciale avec les États-Unis, et aux difficultés subies par Huawei depuis plus d’un an. Ces initiatives rentrent dans un objectif plus large, et s’inscrivent également dans le cadre d’une loi adoptée par la Chine en 2017, qui prévoit notamment d’utiliser une technologie « sûre et contrôlable », rapporte le Financial Times.

Encore faut-il être capable de le réaliser. Outre les déclarations quelque peu cavalières de TKC et CS2C, il semblerait en effet qu’elles n’en soient pas encore à fournir la majorité des services nationaux, compte tenu des directives lancées cette année avec le programme « 3-5-2 », l’accord final entre les entreprises n’a pas encore été signé.

Par ailleurs, d’un point de vue technique, les choses ne sont pas aussi simples. Que ce soit pour remplacer le matériel étranger dans les services administratifs, comme créer un service d’exploitation destiné aux particuliers. D’une part parce que les distributeurs chinois fabriquent encore leurs appareils avec des composants étrangers, provenant de processeurs Intel et disques durs Samsung, d’autre part parce que la collaboration entre TKC et CS2C nécessitera de nombreux ajustements pour allier deux systèmes d’exploitation, qui, en dépit de leur déclaration, semble avoir « peu convaincu jusqu’ici face à Windows 10« .

Il semble évident toutefois que la Chine souhaite fonctionner indépendamment des systèmes OS et du matériel américains. L’évolution connue par le pays depuis ces 20 dernières années nous a montré que les autorités ont su mettre en place les éléments nécessaires à celle-ci sur le long terme. Si les conflits actuels avec le marché américain peut effectivement représenter un frein pour l’instant, rien ne dit que la Chine ne puisse parvenir à établir son indépendance numérique. Peut-être pas d’ici 2022 comme cela a été annoncé, mais d’ici quelques années en tout cas. L’avenir nous le dira…