La firme de Mountain View déclare une perte de bénéfice en cette fin de trimestre 2019. Les résultats affichent une baisse de 2 % en Bourse. Google a beaucoup investi afin de se diversifier, et s’est vu dans l’obligation de régler une amende relativement conséquente à la France notamment. Néanmoins, les revenus publicitaires, toujours aussi rentables, lui permettent d’augmenter son chiffre d’affaires de 20 % sur un an, soit de franchir la barre des 40 milliards de dollars entre août et octobre 2019.

Des investissements, des amendes, mais beaucoup de pub

Des dépenses qui augmentent de 25 %, une amende de 549 millions prévue pour solder ses contentieux avec le fisc français, encore 465 millions à régler pour des impôts impayés, et des publicités ciblées, résultat : un bénéfice de 7 milliards de dollars, (soit en baisse de 23 % comparé à 2018), et un chiffre d’affaires de plus de 40 milliards de dollars (soit en hausse de 20 % depuis 2018).

Certes, Google a accepté de verser 1 milliard d’euros au fisc français. D’une part 500 millions d’euros d’amende pour clore l’enquête du parquet national financier (PNF) entamée en 2015, et d’autre part 465 millions de rattrapage fiscal pour mettre un terme aux procédures de redressement engagées contre la société. Toutefois, les publicités ciblées représentant la principale source de profit de l’entreprise auront permis d’engranger 33,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires. De quoi éponger. Les raisons pour lesquelles le bénéfice net recule de 23% sont plutôt à chercher du côté des sommes investies dans la recherche et le développement, pour lesquelles la société enregistre une hausse de 25 %.

Les dépenses, dues aux “investissements massifs pour faire du cloud un relais de croissance à la publicité” rapporte le quotidien Les Echos, ainsi que les coûts d’acquisition de contenus pour YouTube afin d’établir des abonnements payants, représentent 31 milliards de dollars. Ruth Porat, directrice financière de Google a quant à elle déclaré : « Nous continuons d’investir de manière réfléchie dans le recrutement de talents et l’infrastructure pour soutenir notre croissance, en particulier dans les domaines plus récents pour nous, comme le cloud et le machine learning ». Depuis son arrivée en 2015, cette ex-banquière restée 28 ans chez Morgan Stanley (banque réputée de New-York), et appelée à gérer la nationalisation des géants et le sauvetage de plusieurs sociétés parapubliques en 2008, se focalise sur des « sources de revenus à long terme ». Elle s‘appuie donc sur la recherche, qui selon elle demeure « le plus gros retour sur investissement », et a ainsi engagé une partie des budgets dans la « fibre optique », « les sciences de la vie et la domotique ». Par ailleurs, elle n’a pas caché son objectif en entrant dans la firme « imposer l’austérité des banquiers de Wall Street au sein de Google en proposant un meilleur encadrement des dépenses ».

Parmi celles-ci donc, si le cloud est tant convoité, c’est qu’il représente un marché dominé par Amazon Web Services (AWS) pour le moment, sur le « marché de la location de serveurs en ligne ». En dépit du succès d’Amazon et de ses nombreux investisseurs, comptant sur les investissements effectués et des rachats comme celui de Looker – spécialiste de l’analyse de données – Thomas Kurian à la tête du développement du Google Cloud (et anciennement chez Oracle), déclarait en juin 2019, vouloir « devenir aussi gros qu’Amazon en taille d’ici deux ans ».

Si le dernier rapport relatant « l’exploit » – mitigé pour certains – de Google dans la suprématie quantique pourrait éventuellement aider la firme à séduire davantage de clients dans la location de serveurs à distance, la tâche risque tout de même d’être compliquée. Compte tenu notamment de la dernière obtention de son autre concurrent, Microsoft, qui depuis le 25 octobre détient le contrat si convoité avec le Pentagone, qui souhaite entamer une modernisation numérique. Coiffant ainsi au poteau AWS, ce contrat de 10 milliards de dollars permet au géant informatique de fournir le Département américain de la Défense en services cloud d’infrastructure (LaaS) et de plate-forme (PaaS) pour une durée de 10 ans, soit jusqu’en 2029. À noter également que Microsoft et Oracle n’ont pas hésité à créer une passerelle entre leurs services cloud.

Si la firme semble compter également sur le rachat de Fitbit – numéro 2 des montres connectées derrière Apple – il semblerait que pour l’instant, il lui faille toujours compter sur les revenus engrangés par la publicité ciblée en ligne, qui représente encore cette année 80 % des revenus de Google.