Dans une interview au Parisien ce matin, la directrice générale d’Air France, Anne Rigail annonce que la compagnie aérienne vient d’investir plusieurs millions d’euros pour compenser les émissions de CO2 des vols intérieurs.

Pas de réduction des vols intérieurs

À compter du 1er janvier 2020, l’émission de carbone des 500 vols domestiques journaliers sera compensée à 100 %, annonce Anne Rigail. Cette compensation tiendra dans le financement de plusieurs projets écologiques : la plantation d’arbres, la protection des forêts, la transition énergétique et la sauvegarde de la biodiversité.
Les plastiques à usage unique disparaîtront également en janvier prochain, et dès octobre, le triage et le recyclage des déchets sera effectué.

Air France a déjà investi dans de nombreuses actions pour limiter les émissions de CO2 rappelle la dirigeante. La flotte avait ainsi été renouvelée par des avions de nouvelle génération avec un taux de consommation de fioul réduit de 20 à 25 %. L’éco-pilotage, autrement dit gérer le pilotage des avions au sol avec des « engins électriques » avait également été mis en place. Des compensations des émissions de CO2 sur les vols européens et internationaux existaient aussi déjà dans le cadre de l’ETS (Système d’échange de quotas d’émission) et le programme Corsia (Compensation et réduction de carbone pour l’aviation internationale). Les émissions de CO2 auraient ainsi réduit de 20 % entre 2011 et 2018 selon la directrice générale.

Appelée à réagir ce matin face à cette déclaration sur France Inter, l’ancienne ministre de l’écologie, Delphine Batho – relevée de ses fonctions pour un désaccord budgétaire avec le gouvernement en 2013 – estime que ces mesures ne sont pas suffisantes. Cette annonce s’apparente à du « greenwashing » selon elle. Reproche souvent fait aux entreprises qui tentent d’obtenir une image éco-responsable en utilisant des procédés marketing ou les relations publiques. Elle déplore que certains vols intérieurs comme le Paris-Marseille soit maintenu quand on peut prendre le train, et rappelle que l’urgence climatique nécessite qu’on tente, non pas de compenser, mais de réduire les émissions de CO2.

En Suède, comme le rappelle le Parisien, un mouvement appelé « flygskam » voit le jour depuis quelques temps. Une prise de conscience de la part des usagers qui expliquent avoir honte de prendre l’avion quand la planète semble en danger. Si le pays ressent une baisse de fréquentation sur les vols, il est encore trop tôt pour savoir si ce mouvement peut avoir des répercussions sur le sol français, d’après Anne Rigail.

Tandis que la dirigeante du groupe confirme vouloir récupérer les créneaux rendus disponibles depuis la disparition d’Aigle Azur, on comprend mieux pourquoi Air France souhaite investir dans la compensation de CO2. La compagnie ne compte absolument pas réduire les vols intérieurs, ceux-ci représentant 65 % des parts du marché Air France, précise la dirigeante.

Autre point de désaccord abordé : la taxe écologique, mal utilisée selon Anne Rigail. Si elle affirme que le coût représenté – 60 millions d’euros par an – ne sera pas répercuté sur les billets, elle certifie également que la taxe permettra de financer le transport routier. Véritable “non-sens” pour la directrice générale. Il serait sans doute plus logique d’utiliser cette taxe pour investir dans la « recherche sur les avions » ou de créer une « filière sur les biocarburants » précise-t-elle.

Quand on compare les timides avancées de la NASA dans la création des avions électriques aux prévisions sur le trafic aérien susceptible d’augmenter de 300 % d’ici 2028, il semblerait urgent d’investir dans ces domaines en effet. Rien n’empêche cependant les compagnies aériennes comme Air France-KLM, déclarant au passage un bénéfice net de 409 millions d’euros début 2019, et un chiffre d’affaires de 5,986 milliards d’euros au 1er trimestre, d’injecter une part de leurs profits dans la recherche. S’il est vrai que les compagnies aériennes doivent également faire face à l’augmentation du coût des factures en carburants, il semble d’autant plus important d’investir à l’avenir dans les domaines cités par Anne Rigail elle-même, et de ne pas simplement compter sur le gouvernement, ou la taxe carbone.

Ce que la directrice d’Air France omet de dire, c’est que la taxation carbone, permet en contrepartie un allègement de la taxe professionnelle. De même que les investissements éco-responsable effectués par toute entreprise, collectivités ou particuliers, donnent droit à des prêts à faible taux d’intérêts, et/ou à des subventions. Peut-être une des raisons pour lesquelles la compagnie souhaite investir dans ce type de projet, « sans y être contraint », comme aime à le dire la directrice générale d’Air France. Toujours est-il que, cela est déjà mieux que rien.