Fake news : selon l'UE, Facebook ne lui dit pas tout sur ses efforts
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Fake news : selon l’UE, Facebook ne lui dit pas tout sur ses efforts

L'UE critique Facebook sur son reporting en matière de lutte contre les infox. Facebook ne dit pas tout, ce qui est gênant en période pré-électorale.

Ce genre de reproches ressemble aux remontrances d’un professeur pas dupe vis-à-vis du cancre du fond de la classe qui prétend avoir fait son travail. En l’espèce, l’UE choisit bien son jour pour faire ses remontrances. À moins que ce soit le Guardian qui diffuse l’information à 0 heures 01 GMT le jour J.

Journée sans fake news ?

Ce jeudi 28 février est en effet celui la journée sans Facebook, un rendez-vous qui existe désormais depuis 2011. S’il a pour objet de désintoxiquer les accros, ce jour est aussi le moyen d’attirer l’attention sur les problèmes liés aux données personnelles et aux fake news. Ces deux sparadraps collent aux semelles de l’entreprise de Mark Zuckerberg qui avance en ce moment au rythme soutenu d’une plainte ou critique de la part des pouvoirs publics par semaine. Après la Chambre de représentants, la FTC, les autorités allemandes, aujourd’hui, c’est l’Union Européenne.

La Commission européenne critique Facebook pour ne pas lui avoir fourni les «chiffres exacts» qui prouvent qu’elle tenait ses promesses en matière d’infox, conformément à son engagement.La commission s’est également plainte de ce que le plus grand réseau social du monde n’a, malgré ses engagements, mis en place des «vérificateurs de faits» – chargés de contrôler les informations partagées sur le site – que dans huit des 28 États membres de l’UE.
Nick Clegg, vice-président en charge des affaires internationales de la société, avait pourtant affirmé en janvier que Facebook avait certes commis des erreurs, mais que l’on entrait maintenant dans une «nouvelle phase de réforme, de responsabilité et de changement».

Exigences de l’UE

En vertu des exigences de l’UE, les entreprises du web sont encouragées à refuser la clientèle de comptes et sites présentant de informations fausses, à lutter contre les faux comptes et les faux robots, et à privilégier des sources d’informations plus fiables tout en améliorant la transparence du financement de la publicité politique. Des sources proches du dossier à la Commission estiment que si le secteur en entier ne s’améliore pas, Facebook est de loin le pire contrevenant parmi les acteurs évalués, ne proposant que des informations « inégales » sur ses efforts. « Il est très difficile pour nous de voir s’ils font ce qu’ils devraient faire », a déclaré une source.

La commissaire européenne en charge de la sécurité, Sir Julian King, et la commissaire à l’économie numérique, Mariya Gabriel, ont écrit dans le Guardian avant la publication du rapport sur l’état d’avancement que les entreprises n’avaient « pris que plus de retard » depuis le premier rapport du mois dernier. « La dernière fois, indiquent-il, les résultats ont été en deçà des attentes – nous avons donc appelé les plates-formes à aller plus loin et plus rapidement dans leurs efforts pour lutter contre la désinformation. Malheureusement, malgré certains progrès, au lieu de s’améliorer, ils ont pris encore plus de retard. Le manque de chiffres précis est particulièrement préoccupant ».

Toutes les informations nécessaires ne sont pas fournies

Et d’ajouter : « Facebook a de nouveau omis de fournir toutes les informations nécessaires, y compris les données relatives à ses actions en janvier concernant l’examen ciblé des emplacements d’annonces ou les efforts déployés pour perturber la motivation publicitaire et la monétisation des incitatifs en faveur de la désinformation » .

Le bras exécutif de l’UE, qui menace de réglementer la désinformation à moins que les entreprises de médias sociaux ne s’alignent, a ajouté qu’il se félicitait de la récente décision de Facebook de « partager davantage d’informations sur la publicité politique sur sa plateforme avec des chercheurs dits de « bonne foi » et les organisations travaillant à accroître la transparence pour le public ». Mais « ils doivent toujours respecter les normes que nous leur demandons – et ce à quoi ils se sont engagés », ont averti les commissaires. « Il est essentiel que les plateformes traitent les États membres de l’UE sur un pied d’égalité et veillent à ce que tous les outils pertinents soient disponibles dans l’ensemble de l’Union ».

Le problème des modérateurs.

À la décharge de Facebook, ces critiques tombent quelques jours après que l’on a découvert l’enfer que vivent les modérateurs de Facebook. A force de regarder des vidéos complotistes, de meurtres ou de lire des invectives et des propos haineux, ils craquent. Pensées suicidaires, stress post-traumatique, The Verge qui les a rencontrés a raconté ces conditions de travail incroyables dont Facebook a aussi promis de s’occuper.

Sur un fond d’élections européennes

Il n’empêche que cette pression de la Commission sur le réseau social arrive dans un contexte de préparation des élections européennes. De quoi inquiéter sérieusement l’UE qui craint de voir s’opérer des manipulations comparables à celles de l’élection présidentielle américaine ou de référendum sur le Brexit au Royaume-Uni. Et cela, à propos de tous les réseaux sociaux. Selon le Guardian, les commissaires ont carrément distribué des notes. Toutes mauvaises.
« Twitter n’a pas non plus fait état d’efforts supplémentaires en janvier pour améliorer le positionnement des annonces, ni d’informations sur la mise en œuvre de son centre de transparence des annonces dans l’UE », ont-ils déclaré.

«Google s’en sort un peu mieux, en rendant compte du contrôle minutieux du placement des annonces, de sa nouvelle politique en matière de publicité électorale et de ses équipes dédiées à la prévention de l’utilisation abusive de ses services à des fins électorales. mais d’autres informations, telles que des données sur l’application de ses politiques, font encore défaut ».

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