Y aurait-il comme un vent de panique chez la Tech Américaine ? Le Wall Street Journal rapporte que les groupes de pression financés par les GAFA ont dépensé 36,4 millions de dollars en publicité contre la loi antitrust American Innovation and Choice Online Act (AICOA) depuis le 1er janvier 2021.

40 % de la somme a été dépensée depuis mai

Le président de la Computer and Communications Industry Association, Matt Schruers, financé par Google, Apple, Facebook et Amazon, a admis mener « l'une des campagnes les plus importantes que l'association ait lancées ces dernières années ». Pour lui, cela s’explique par l’obligation de répondre à « l'une des propositions politiques les plus radicales visant à réglementer un secteur de pointe de l'économie américaine ».

Cette proposition, bipartisane, vise directement les géants du numérique, au grand dam d’Amazon, pour leur interdire de mettre en avant leurs propres produits sur leurs plateformes. Naturellement, c’est le géant de l’e-commerce qui pourrait en souffrir le plus, mais Google et Meta seraient également pénalisés. Les groupes de pression n’ont pas précisé lesquels des groupes ont financé la campagne contre la loi.

Cette campagne se décline en spot publicitaire diffusé à la télévision et sur Internet. Pêle-mêle, l’AICOA est accusé de nuire à l’inflation, à l’économie américaine, aux petites entreprises, à la position des États-Unis face à la Chine et de mettre en périls des services populaires, Amazon Prime et Google Maps sont cités.

Si la campagne a commencé lorsque le texte a été déposé, début 2021, 40 % des dépenses, soit 13,7 millions de dollars, ont été versés depuis le 1er mai. L’AICOA s’apprête à être voté par le Sénat américain. Le scrutin est prévu pour l’été.

Chuck Grassley, sénateur républicain, a pris la parole le 8 juin pour dénoncer être « confrontés à ces grandes entreprises technologiques qui dépensent des dizaines de millions de dollars en publicités et aussi en groupes de façade pour répandre des faussetés sur notre projet de loi ». Sa collègue démocrate, Amy Klobuchar, présidente de la sous-commission antitrust du Sénat, s’est affichée sereine, « Nous avons un élan malgré tout l'argent dépensé contre nous ».

Les GAFA font feu de tout bois pour stopper les efforts antitrust du Congrès

Ces clips ne sont pas diffusés n’importe où. Ce sont les États des principaux promoteurs du texte où les dollars coulent le plus à flot. Les États ayant des sénateurs démocrates en ballottage défavorable pour les élections de mi-mandat, fin 2022, sont également ciblés. Avec un certain succès dans quelques cas.

Les sénateurs républicains sont également des cibles de choix. Traditionnellement hostiles aux propositions de lois antitrust, ils participent à l’AICOA. Le « Grand Old Party » a une dent contre les GAFA, qu’il accuse de censurer les opinions conservatrices. Une alliance de circonstance s’est donc formée, avec des détracteurs du texte dans les deux camps.

Des divisions sur lesquels ne se priveront d’appuyer les groupes de pression des géants de la Tech. S’ils échouent l’American Innovation and Choice Online Act, qui a reçu le soutien de l’administration Biden, pourrait être le premier texte antitrust visant les géants du numérique adopté par le président démocrate. Beaucoup d’autres patientent encore dans les Commissions du Congrès.