La nouvelle était aussi attendue que redoutée, le registre régional d’attribution d’adresse IP (RIPE NCC) n’a plus d’adresse IPv4 à allouer depuis le 25 novembre, 15h35.

Pour les professionnels du secteur aucune surprise. Un pronostique annonçait déjà la fin des stocks d’IPv4 pour le 7 novembre. De son côté l’Arcep, le gendarme des télécoms français, mentionnait plus vaguement la fin de l’année dans son rapport annuel sur la transition vers IPv6.

Cette pénurie n’est évidemment pas sans conséquences. Dans son rapport l’Arcep s’en inquiétait en expliquant que certains services, regroupés sur une seule adresse IP seront désormais moins performant, comme les jeux en réseau ou les contrôles des maisons connectées. À cela s’ajoute un blocage pur et simple à l’arrivée de nouveaux acteurs. Des inquiétudes également exprimées par Nikolas Pediaditis, responsable des services de registre du RIPE NCC, « Nous risquons de nous diriger vers un avenir où la croissance de notre Internet sera inutilement limitée – non pas par un manque d’ingénieurs réseau qualifiés, d’équipement technique ou d’investissements, mais par une pénurie d’identifiants de réseau uniques ».

Une fin annoncée

Depuis sa création en 1983 et jusqu’en 2011 les adresses IPv4 étaient distribuées par bloc /8, c’est-à-dire un ensemble de 16 millions d’adresses ou par bloc /16, à savoir 65 536 adresses. En février 2011 l’institution responsable globale de l’attribution d’adresse à destination de registre régional, IANA a expliqué ne plus avoir de bloc /8 IPv4 a distribué. Les registres régionaux ont naturellement été rapidement à court à leur tour, ce fut le cas pour le RIPE, le registre européen en septembre 2012.

Depuis la solution a été de départager le dernier bloc /8 du RIPE en bloc de moindre importance pour rationner les ressources restantes. Une mission qu’estime avoir correctement remplie le registre européen, « c’est grâce à l’intendance responsable de ces ressources par la communauté que nous avons été en mesure de fournir des milliers de nouveaux réseaux dans notre service de région en attribuant des blocs /22 [1024 adresses seulement] après avoir atteint notre dernier /8 en 2012 ».

courbe du nombre d'adresse IPv4

Données RIPE NCC, Crédit : Arcep

Et maintenant ?

Les LIR (Local Internet Registrar) se trouvent désormais démunis. Ce sont eux qui reçoivent les adresses pour leur utilisation propre ou leur client. Logiquement les LIR sont majoritairement des entreprises de télécommunications. La liste exhaustive des LIR opérant en France est disponible ici.

Le RIPE NCC va bien continuer à distribuer des adresses IPv4 par bloc /24 (256 adresses). Tout simplement en récupérant des adresses inutilisées, d’organisations qui n’existent plus ou de réseaux qui renvoient des adresses qui ne leur sont plus utiles. Une liste d’attente a été mise en place pour les LIR souhaitant obtenir des IPv4.

Toutefois, dans un souci de maintenir un certain renouvellement, seules des entreprises n’ayant jamais obtenu d’adresse IPv4 auparavant pourront s’inscrire dans une file d’attente. Le lendemain de la pénurie, 15 LIR sont déjà dans la liste d’attente. Le premier de la liste n’a pour le moment qu’une journée d’attente.

Cette solution n’est que transitoire en attendant le déploiement complet de l’IPv6, seule solution pérenne à la pénurie. Selon l’Arcep le protocole IPv6 propose une « quasi-infinité d’adresses : 667 millions d’IPv6 pour chaque millimètre carré de surface terrestre ». Là où le bât blesse, c’est que cette transition, amorcée en 2003, est encore très en retard. Le taux d’utilisation mondial de l’IPv6 est d’environ 25%, en France il est de 36%. Tout porte à croire que la transition va désormais s’accélérer.