C’est désormais une réalité, l’Europe est en pleine pénurie d’IPv4, cette adresse informatique créée en 1983 et donnée à l’ensemble des objets connectés. Dans son Baromètre annuel de la transition vers IPv6 l’Arcep constate que, fin juin, les quatre grands opérateurs français, Free, Bouygues Telecom, Orange, SFR, ont affecté entre 94% et 99% de leurs adresses IPv4.

IPv4, une disparition programmée pour fin 2019

L’épuisement total des 4,3 milliards d’adresses IPv4 est désormais prévu pour la fin 2019. Le RIPE NCC, le registre des adresses IP en Europe et au Moyen-Orient a expliqué que les attentes d’attribution d’adresse étaient désormais supérieures aux nombres d’adresses restantes.

courbe du nombre d'adresse IPv4

Données RIPE NCC, Crédit : Arcep

La cause de la pénurie est relativement simple et il est très facile de le constater autour de soi, le nombre d’appareils connectés et donc nécessitant une adresse IP s’est démultiplié.

Cette pénurie est plus qu’inquiétante selon l’Arcep. Tout d’abord elle pourrait faire dysfonctionner des services disponibles sur Internet comme les contrôles de maison connectés ou les jeux en réseau. Surtout une adresse IPv4 – indispensable pour être rendue accessible par les Fournisseurs d’Accès Internet – va coûter de plus en plus cher et va considérablement bloquer l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché, avec des conséquences évidentes sur l’innovation.

Évidemment cette échéance était attendue de longue date. En 1998 a été créé un nouveau protocole : l’IPv6. Plus sécurisé, plus efficace pour le routage et surtout offrant un nombre astronomique d’adresses, l’IPv6 a tout pour plaire.

Toutefois au vu de la quantité d’appareils, de serveurs, de réseaux fonctionnant en IPv4, la transition ne peut pas se faire en un jour. Elle a commencé en 2003, mais les acteurs de cette transition semblent traîner des pieds. Au 28 octobre 2019, la France est à la quatrième position européenne dans sa transition avec seulement 36% de taux d’utilisation d’IPv6. La Belgique, leader mondiale des pays en transition est à 50% de taux d’utilisation.

Transition lente, à qui la faute ?

Parmi les secteurs qui doivent passer à l’IPv6, un certain nombre font office de mauvais élèves comme le montre le tableau ci-dessous :

Tableau par secteur transition IPv6

Crédit Arcep

Ainsi si Free se félicite, à juste titre, d’être le FAI le plus proche de la transition vers l’IPv6 avec 80% de box compatibles (pour l’anecdote seul un petit FAI local l’Orne THD à atteint les 100%) la filiale d’Iliad n’a pas transmis les chiffres en ce qui concerne le mobile.

Le mobile fait partie de ces secteurs désertés par l’IPv6 à l’exception de Bouygues qui atteint les 9% d’IPv6 activées, pourtant mauvais élève comme FAI. L’une des problématiques est l’activation du protocole, selon Orange 100% de ses clients sont prêt à passer à l’IPv6, mais seuls 3% des utilisateurs d’Android l’ont fait. SFR de son côté est de loin l’entreprise la plus en retard dans tous les domaines.

L’hébergement et les fournisseurs de contenus affichent également un « taux de sites web accessibles en IPv6 très faible pour tous les acteurs du Top 10 », seuls 15,5% des sites .fr, .re, .pm, .yt, .tf et .wf sont disponibles en IPv6. Du côté des hébergeurs mail ce taux s’effondre même à 5,2%.

Du côté des objets connectés, la problématique est semblable aux réseaux mobiles, notamment celui d’Orange. Beaucoup d’objets sont effectivement dotés d’IPv6, mais les constructeurs ne les activent pas. En conséquence ils ne sont pas compatibles IPV6.

Il ne reste qu’à escompter que les opérateurs mobiles, les hébergeurs et fournisseurs de contenus, et les constructeurs d’objets connectés fassent le nécessaire pour se mettre à la page ou pour guider leurs clients vers l’IPv6 d’ici le prochain Baromètre de l’Arcep en 2020. En attendant, ce n’est pas prendre un gros risque que de parier que les adresses IPv4 aille s’arracher à prix d’or.