Facebook lance un nouvel outil consacré à la prévention santé. Ses utilisateurs seront encouragés à suivre des tests correspondant aux (possibles) difficultés rencontrées en fonction de leur âge notamment. L’application, également disponible sur mobile, est censée sensibiliser les usagers pour les orienter soit vers un test de cholestérol, soit vers une mammographie par exemple. Le groupe a travaillé avec des organisations de santé américaines pour mettre en place le projet.

Une opération efficace ?

Cette application a été conçue pour connecter les utilisateurs à des rappels de bilan de santé et à certaines ressources sanitaires. Facebook garantit une discrétion absolue sur le traitement des données concernant la santé des utilisateurs, et utilise le strict minimum d’entre elles – autrement dit l’âge et le sexe, d’après le communiqué – pour faire marcher l’application. Le sujet étant sensible et intime, Facebook se contentera de transmettre ces données aux organisations de santé avec lesquelles elles ont travaillé en partenariat, et des compagnies d’assurance, ces dernières pouvant être utiles en cas d’éligibilité, explique la firme sur sa page officielle. Les données collectées sur la santé des utilisateurs seront sécurisées, précise l’équipe de communication.

Il est également précisé aux utilisateurs qu’ils auront le « contrôle » sur les tests, qu’ils peuvent choisir de passer ou non. Les outils mis à disposition leur permettront de rechercher les tests préventifs à effectuer en fonction de leur âge et de leur sexe, et de créer des rappels sur les tests à passer. Les résultats restent confidentiels, est-il précisé dans le communiqué. Les outils peuvent être partagés avec les amis ou la famille grâce à Messenger ou le mur d’actualités. Si les utilisateurs mettent en route l’outil de localisation, les adresses des centres de santé agréés leur seront transmises. Enfin, des notifications lancées automatiquement pourront indiquer en temps voulu des rappels de vaccins anti-grippaux par exemple.

Photos d'écrans de mobile

L’architecte de ce nouveau service est le Docteur Freddy Abnousi, à la tête du service consacré à la recherche pour la santé pour Facebook. Il était également à l’origine du projet de recherche initié en 2017 pour obtenir une collecte de données. Facebook avait alors demandé à plusieurs hôpitaux réputés de partager des données anonymisées sur leurs patients, telles que des informations sur les maladies, et les prescriptions dans le cadre d’un projet de recherche proposé. Or d’après un porte-parole de Facebook, s’adressant à CNBC en 2018, suite au scandale de Cambridge Analytica, ce travail n’avait pu progressé. Des spécialistes tel que Aneesh Chopra, président de CareJourney, société de logiciels de santé, et ancien directeur technologique de la Maison Blanche avaient effectivement rappelé que l’enquête initiée par Facebook ignorait le consentement des patients : « les consommateurs ne peuvent supposer que leurs données soient utilisées de cette manière » a t-il déclaré, ajoutant que les données ne seraient sans doute pas utilisables sans l’approbation des patients. Facebook avait alors déclaré que le projet était mis sur « pause », et que le groupe se concentrerait sur d’autres manières d’aider la prévention.

Le groupe n’en est pas à sa première initiative du genre. Il y a quelques mois en juin 2019, la firme voulait encourager les dons du sang sur le territoire américain. L’idée était de mettre en relation directe les donneurs potentiels et les centres de prélèvement. Les personnes concernées reçoivent une notification en cas de besoin urgent, émise par les centres à proximité et mentionnant parfois certains détails : comme le groupe sanguin dont l’organisme a besoin en priorité. L’opération avait déjà été mise en place en Inde notamment, au Brésil, ou encore au Bangladesh : parmi les 35 millions de personnes inscrites, 20 % d’entre elles admettaient avoir été sensibilisées par la notification reçue sur Facebook. Leur démarche ayant tout simplement été facilitée par les informations sur les lieux où il était possible de se rendre.

Capture écran de notification Facebook

Facebook s’attaque désormais à la santé préventive, déterminé, manifestement à en faire son cheval de combat : « des dizaines de millions de personnes aux États-Unis ne font pas les soins préventifs recommandés » indique un sondage du Centre de contrôle et de prévention des maladies aux U.S.A. Et pour cause, l’obtention d’une couverture médicale coûte excessivement cher aux États-Unis. Élément qui n’échappe pas à Facebook, tout heureux de pouvoir utiliser cette nouvelle application pour indiquer les adresses des Centres médicaux agréés par le gouvernement fédéral près de chez eux, capables de procurer des « soins à tous », d’après la firme.

Photo écran mobile

Ce n’est pas nouveau, de nombreux médecins s’accordent pour rappeler que la prévention médicale détient un rôle majeur : « Les maladies cardiaques sont la première cause de mortalité chez les hommes et les femmes dans le monde et dans beaucoup de cas, elles sont à 100 % détectables. En intégrant des rappels de prévention dans les plates-formes, ils accèdent quotidiennement aux outils dont ils ont besoin pour être proactifs en ce qui concerne la santé de leur coeur » déclare Richard Kovacs, président de l’American College of Cardiology, organisme reconnu pour son expertise, et avec qui Facebook collabore pour lister et mettre à disposition les ressources nécessaires aux utilisateurs. Des outils seront également mis à disposition pour effectuer des tests de tension artérielle.

Ce genre d’initiative ne peut être qu’encouragé, à l’évidence, et compte tenu des témoignages recueillis au Bangladesh notamment, les campagnes d’information et de prévention sont utiles. Compte tenu également des 2 milliards d’utilisateurs concernés, il est probable que l’application lancée puisse avoir un impact bénéfique. Elle le sera encore davantage dans des pays où la couverture sociale permet aux utilisateurs de profiter de soins médicaux en dépit de leur condition financière. Ce dernier point n’est pas à négliger, dans le cas de la prévention, il serait effectivement absurde de ne pas profiter des réseaux sociaux, mais ce n’est pas suffisant, encore faut-il que les États prennent en charge les mesures nécessaires au bon fonctionnement des hôpitaux et des services médicaux en général. Autrement ce type d’initiative risque de trouver rapidement ses limites, et servir davantage l’image de Facebook plutôt que la santé de ses utilisateurs.