Le 25 novembre 2018 un chercheur chinois de l’université de Shenzhen, He Jiankui a choqué la communauté scientifique mondiale. Il a révélé avoir manipulé, pour la première fois, l’ADN de deux embryons, des jumelles nées quelques semaines avant cette annonce fracassante. Selon des chercheurs de l’université de Berkeley cette manipulation amenuisait l’espérance de vie, ils ont depuis retiré leur étude.

Une expérience rejetée, même par ceux qui l’ont financée

Le rejet de l’expérience chinoise de 2018 a été universel. Tedros Adhanom, président de l’Organisation mondiale de la Santé avait réagi en déclarant que « Les autorités publiques de tous les pays ne devraient pas autoriser de quelconques travaux, à l’avenir, dans ce domaine, jusqu’à ce que les implications (de ces recherches) aient été clairement étudiées. ».

Le gouvernement chinois lui-même a répudié le chercheur par le biais du vice-ministre des Sciences et Technologies Xu Nanping, « C’est choquant et inacceptable. Nous affichons notre ferme opposition ». Une réaction hypocrite selon Stat news puisque c’est ce même gouvernement qui aurait financé les recherches de He Jiankui.

He Jiankui a pu s’amuser avec le génome des jumelles grâce à une découverte extrêmement prometteuse d’une chercheuse française, Emmanuelle Charpentier et d’une chercheuse de l’université de Berkeley, Jennifer Doudna, le CRISPR-CAS9.

He Jiankui, le scientifique qui a modifié le génome des deux jumelles chinoises

He Jiankui, le scientifique qui a modifié le génome des deux jumelles chinoises. Crédit : The He Lab / YouTube

Révélé en 2012, le CRISPR est une enzyme qui permet de couper l’ADN et facilite de ce fait l’édition du génome. Les applications potentielles sont énormes, notamment pour soigner le cancer.

Cependant la communauté scientifique estime qu’il est encore trop tôt pour s’aventurer dans des expériences telles que celle de He Jiankui, « Nous n’en sommes encore qu’aux prémices de la compréhension de toutes les implications de l’édition génétique des cellules humaines, et il serait irresponsable de l’appliquer à la lignée germinale humaine, » expliquait Emmanuelle Charpentier à l’occasion de l’annonce du chercheur chinois.

Concrètement, ce dernier a voulu muter le gène CCR5. Une mutation qui pourrait, pensaient les chercheurs, donner à l’enfant une protection contre le VIH, la variole et le choléra. Mener sans supervision et de façon très légère la mutation n’aurait même pas totalement fonctionné, l’une des filles est toujours vulnérable au VIH et la manipulation ne protégerait pas de l’ensemble des souches du virus.

Pire, une étude de juin 2019 publié dans Nature Médecine affirmait que toucher au gène CCR5 affectait considérablement l’espérance de vie, 21% des personnes présentant naturellement la manipulation de He Jiankui n’atteindraient pas les 76 ans.

Savoir admettre ses erreurs

Les deux auteurs de l’article, Xinzhu Wei et Rasmus Nielsen, de l’université de Berkeley se sont depuis rétractés. Plusieurs équipes de recherches, dont celle de Wei et Nielsen eux-mêmes ont découvert des erreurs, notamment la sous-estimation du nombre d’individu possédant la mutation du gène CCR5.

Des analyses menées sur des populations finlandaises et islandaises n’ont fait ressortir aucune corrélation entre la mutation et l’espérance de vie. Avant que ces analyses ne soient publiées Nielsen et son équipe ont pris l’initiative de retirer leur étude, « Je pense que j’ai la responsabilité de mettre les choses au clair pour le public » a-t-il déclaré à Nature News.

Du côté de He Jiankui plus aucune nouvelle, le chercheur a disparu, probablement isolé par le gouvernement chinois. Les données brutes sur l’expérience n’ont pas été publiées. Elles sont pourtant précieuses pour réfléchir à la façon dont, un jour, de façon encadrée, scientifiquement et éthiquement, ce type de recherche devra être menée.