IA et éducation : la Chine met ses élèves au banc d’essai
Intelligence Artificielle

IA et éducation : la Chine met ses élèves au banc d’essai

La Chine intègre de plus en plus l'Intelligence Artificielle dans l'éducation afin de fournir des tutorats personnalisés aux élèves. Mais cela ne permet-il pas tout simplement de standardiser les connaissances ?

L’éducation est un domaine dans lequel beaucoup de progrès ont été observés et qui dans 5, 10 ou 20 ans sera probablement transformé : programmes différents, matières supplémentaires, intégration de la technologie dans l’apprentissage…
La Chine qui dispose d’une certaine avance en matière de développement technologique teste l’intégration de l’IA à l’éducation, afin d’atteindre « l’éducation intelligente » comme le rapporte MIT Technology Review. Bonne ou mauvaise idée ?

En dehors de l’apprentissage, la Chine teste depuis quelques temps plusieurs dispositifs visant à contrôler et surveiller les élèves. On peut citer le bandeau « détecteur d’attention », dont les photos ont beaucoup fait parler. Grâce à l’électroencéphalographie, les professeurs sont en mesure de savoir si l’élève est concentré ou s’il doit être rappelé à l’ordre !
L’autre technologie utiliser pour fliquer les élèves est un uniforme intelligent, dont l’objectif est de réduire l’absentéisme en classe. Ces deux technologies peuvent paraître choquantes et pourtant, dans le pays où la surveillance règne, cela semble normal.

L’IA intégrée de manière bien différente

L’article du MIT Technology Review met en avant deux entreprises : Squirrel AI, une sorte de tutorat personnalisé basé sur l’IA et Alo7, une ed-tech qui permet d’apprendre l’anglais. Les deux sociétés utilisent l’IA dans leur méthode d’apprentissage, mais pas à la même échelle : deux poids, deux mesures. Alo7 se veut complémentaire des salles de classe traditionnelles là où Squirrel AI voudrait faire des professeurs des acteurs passifs de l’éducation. Avec plus de 10 millions d’élèves qui passent chaque année des tests en Chine pour rentrer à l’Université, la concurrence est rude. Le tutorat, peu importe sa forme est donc plébiscité.

Squirrel AI : l’IA au profit de l’humain

Squirrel AI a permis a Zhou YI, un jeune de 13 ans ayant des difficultés en maths d’améliorer ses notes passant de 50% de réussite à 62,5% et même 85% deux ans plus tard.
Les élèves se rendent dans des centres avec une table pour 6 à 8 personnes. Leur outil de travail ? Un ordinateur à partir duquel un professeur surveille les avancées en temps réel. Ainsi, ces derniers peuvent de temps en temps quitter « leur poste de surveillance » pour aiguiller et aider les élèves dans leurs problématiques.

Plus il y a d’élèves qui apprennent avec Squirrel, plus il est possible de personnaliser l’expérience et réaliser des prédictions. Chaque cours est préparé par une équipe d’ingénieurs et de professeurs qui cherchent à diviser la matière en un nombre infini d’éléments conceptuels. Ces derniers sont ensuite soutenus par des vidéos, des exercices.

Pour commencer son apprentissage, l’élève réalisera un test de diagnostic, permettant de déterminer les concepts qu’il comprend ou non. À terme les résultats sont là, en 2017, une étude de l’entreprise a montré que « le système était en moyenne meilleur pour améliorer les résultats aux tests de mathématiques que les enseignants expérimentés qui enseignent à une douzaine de jeunes dans une classe traditionnelle. »

L’ambition de Derek Li, fondateur de Squirrel AI va au-delà du tutorat personnalisé. Il souhaite intégrer sa technologie dans les salles de classe afin de faire de Squirrel AI « la principale méthode d’enseignement« . Les professeurs humains se concentreront sur la communication émotionnelle et seront pilotes de l’IA.

Quelles conséquences ?

L’IA devrait être conçue comme un complément, un soutien aux professeurs. Avec l’utilisation des technologies, il faut fournir un enseignement entièrement personnalisé basé sur les professeurs et l’apprentissage basé sur l’IA. Il faut ainsi prendre en compte ce que les élèves veulent faire ou apprendre et non pas uniquement ce qu’ils savent ou ne savent pas.
L’IA n’est pas en mesure de comprendre les émotions des élèves. Utiliser l’IA pour se former revient à préparer des centaines d’élèves de la même manière, sans pour autant qu’ils soient prêts à faire face aux difficultés du monde réel, le monde du travail.
En évoluant, l’IA doit être capable de prendre en compte les compétences propres à chaque individu comme la communication, la créativité… Il faut que chaque élève exploite ses forces et non que l’IA crée des élèves avec un niveau de connaissance standardisé.

Plusieurs experts s’accordent à dire que la Chine a la capacité de réinventer l’éducation, mais d’une manière plus conviviale, avec de nouveaux modèles et surtout une IA sous une forme complètement différente.

Les softs skills avant les tests

Pan Pengkai travaille lui depuis plusieurs années à l’utilisation de l’IA dans l’éducation. Il a créé une entreprise nommée Alo7 qui permet d’apprendre l’anglais. Ici pas de tests, l’apprentissage se concentre sur les soft skills des élèves. Ces derniers ont accès à une plateforme pour apprendre et divers outils numérique ainsi que des manuels scolaires. Sa plateforme vient en complément d’une classe traditionnelle. Certaines compétences peuvent être travaillées à la maison comme le vocabulaire ou la prononciation. Mais les activités autour de la créativité, l’écriture et les discussions se font en classe.

Pengkai imagine que grâce à l’IA il est possible de supprimer les tests standardisés et ainsi en finir avec la concurrence à l’école. Il analyse les différentes sessions des élèves (voix et visage) afin d’obtenir des rapports complets sur le temps qu’ils passent à parler anglais, la précision de leur prononciation… L’IA se place ainsi au second plan et laisse les élèves et les professeurs échanger et apprendre d’une manière plus ludique et conviviale.

La Chine doit donc miser sur une éducation de qualité, travaillant davantage sur les compétences des élèves (soft ou hard skills) et non plus des tests. La Chine a d’ailleurs adopté plusieurs réformes en faveur de cela et souhaite mettre l’accent sur l’éducation « physique, morale et artistique et moins sur les examens. »

Deux techniques donc bien différentes et qui à force d’être utilisées transformeront sans aucun doute la manière dont on apprend à l’école. L’une des méthodes va vers la standardisation et l’excellence, alors que l’autre favorise l’humain et ses besoins tout en gardant l’IA en arrière-plan. La Chine est donc en train de façonner l’avenir de l’éducation avec un modèle/des modèles qui pourraient s’exporter à l’international.

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