Il fallait forcément s’y attendre. Un deepfake du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, rendant les armes face aux Russes a circulé sur la toile. Cela démontre à quel point la désinformation est devenue un outil privilégié en temps de guerre.

Un deepfake diffusé par une chaîne d’information

Ce mercredi 16 mars, Ukraine 24, chaîne d’information ukrainienne, a publié un post dans lequel elle assure que sa diffusion en direct ainsi que son site Internet ont été hackés. Peu de temps avant, une vidéo très surprenante du président Zelensky a été diffusée par le média, dans laquelle il déclare notamment « rendre le Donbass » et appelle les Ukrainiens à « rendre les armes » et à retrouver leurs familles. Il annonce ensuite quitter son poste à la tête du pays.

Peu de temps après, Volodymyr Zelensky a publié une vidéo sur son compte Instagram dans laquelle il nie totalement les propos diffusés par Ukraine 24 : « Quant à la dernière provocation puérile avec le conseil de déposer les armes, je conseille seulement aux troupes de la Fédération de Russie de déposer leurs armes et de rentrer chez elles. Nous sommes chez nous et nous défendons l'Ukraine », a-t-il déclaré.

De son côté, Nathaniel Gleicher, chef de la sécurité chez Meta, a publié un tweet dans lequel il affirme : « Plus tôt dans la journée, nos équipes ont identifié et supprimé une vidéo deepfake prétendant montrer le président Zelensky faisant une déclaration qu'il n'a jamais faite. Elle est apparue sur un site web apparemment compromis et a ensuite commencé à être diffusée sur Internet ».

Les Ukrainiens s’y attendaient

La vidéo diffusée par les hackers était donc un deepfake, une technique reposant sur l’intelligence artificielle permettant de superposer des fichiers vidéo ou audio existants sur d'autres fichiers vidéo ou audio. Concrètement, cette technologie peut faire dire n’importe quoi à n’importe qui et c’est pour cette raison qu’elle fait craindre le pire à certains experts.

D’ailleurs, au début du mois de mars, le gouvernement ukrainien a justement publié un avertissement à l’adresse des soldats et des civils en leur demandant de se méfier des vidéos de leur président postées sur Internet, en particulier si ce dernier annonce la pose des armes de son peuple. Dans cette déclaration, le Centre ukrainien pour les communications stratégiques a indiqué que le gouvernement russe utiliserait probablement des deepfakes pour convaincre les Ukrainiens de se rendre : « Les vidéos réalisées à l'aide de ces technologies sont presque impossibles à distinguer des vraies. Attention, c'est un faux ! Son but est de désorienter, de semer la panique, de ne pas croire les citoyens et d'inciter nos troupes à battre en retraite », pouvait-on lire dans la déclaration.

Dans le cas du deepfake de Zelensky, il était plutôt facile de se rendre compte qu’il ne s’agissait pas d’une vidéo réelle. En effet, sa tête semble avoir été collée sur une photo fixe de son corps, qui se trouve debout sur un podium.Si son visage bouge de manière assez convaincante puisqu’il cligne des yeux, il bouge de manière peu naturelle, tandis que sa voix est bien plus profonde que sa voix réelle.

Un outil privilégié pour la désinformation

Si cette fois, le deepfake n’a pas été assez réaliste pour tromper la population, cette pratique démontre le pouvoir de cette technologie, qui a d’ailleurs été interdite par Meta en 2020, juste avant les élections présidentielles aux États-Unis.

Ce n’est pas la première fois que les deepfakes font parler d’eux en Europe. En avril 2021, plusieurs députés européens ont été la cible d’appels vidéo avec un interlocuteur se faisant passer pour l’opposant russe Leonid Volkov. Il s’agit d’un outil de désinformation très efficace, et il faut s’attendre à ce qu’il soit de plus en plus utilisé compte tenu du contexte géopolitique mondial.