Au coeur des débats depuis l’accélération du déconfinement, le retour à l’école a exposé un enjeu bien plus profond : l’accès à une éducation adaptée au monde de demain. C’est Pôle Emploi qui le dit : 80% des métiers de 2030 n’existent pas encore. Face à ce constat implacable, comment former la force vive de la décennie prochaine aux compétences attendues ?Depuis plusieurs années, la voie académique traditionnelle s’est vue challengée par un secteur de l’e-learning en plein boom depuis mi-Mars.

La formation à distance, un outil pertinent dans un contexte de confinement. Alors que le pays se trouvait à l’arrêt, les salariés français ont été renvoyés chez eux, soit en télétravail… soit en tant que nouveau demandeur d’emploi. 8 millions de français ont pu expérimenter le travail à la maison, quand les chiffres du chômage atteignaient des niveaux records en Avril. Et le Ministre de l’Economie l’a bien signalé, attachez vos ceintures, la fin d’année risque d’être économiquement compliquée pour beaucoup d’entreprises.

Préparer les travailleurs du monde d’après, c’était déjà le créneau de beaucoup d’acteurs de l’e-learning. Parmi eux, Kokoroé se démarque avec une identité singulière, construite autour de formations courtes et ludiques saupoudrées des codes de la pop-culture. Le postulat est clair « les compétences que nous avons acquises sur les bancs de l’école ne seront plus celles qui nous amèneront à la retraite ». On vous parlait déjà en 2017 de ces trois amies d’enfance qui se lançaient sur le marché convoité de l’apprentissage en ligne. On a voulu faire le point avec la PDG de Kokoroé, Raphaëlle Covilette, co-fondatrice aux côtés de sa soeur Elise, et de leur amie d’enfance Béatrice Berghara.

Le catalogue des formations couvre aussi hard skills et soft skills

Le catalogue des formations couvre hard skills et soft skills

L’explosion du e-learning

L’actualité chaude, c’est forcément celle du COVID, et l’engouement pour le e-learning. « Dès les premières semaines, on a connu une vague de demandes incroyable. Les entreprises étaient en attente d’aide sur des nouveaux usages comme le télétravail et le management à distance ». Sollicitée par le Ministère du Travail, Kokoroé s’engage dans une démarche de solidarité en mettant à disposition une dizaine de formations gratuites. Ce confinement, ça a été un « catalyseur de l’apprentissage en ligne, on a compté une croissance de 30% pendant cette période ».

Raphaëlle met toutefois l’accent sur une seconde phase plus frileuse qui coïncide avec le déconfinement : « on a observé un certain tassement. L’incertitude sur la reprise a recentré les organisations sur leurs priorités concrètes de gestion du quotidien. Mais on se tient prêt pour accompagner les nouvelles méthodes de travail qui vont se structurer ».

Cela fait déjà trois ans que la plateforme forme entreprises et salariés aux compétences de demain. Immergés dans un univers inspiré des plateformes de streaming comme Netflix, les apprenants feuillettent un catalogue en ligne qui couvre aussi bien des compétences métiers (Community Management, Inbound Marketing, Growth Hacking), technologiques (IA, Big Data, Machine Learning) qu’humaines. Et c’est justement ce volet là qui a cartonné ces derniers mois : « les gens ont un besoin énorme de se former sur des soft skills : comment gérer leur stress, prioriser ma boîte mail ou travailler mon leadership. Ce sont ces compétences clés qui permettront à chacun de se réinventer ». À rebours des codes traditionnels, Kokoroé veut désacraliser la formation en ligne en utilisant des codes générationnels. Objectif : « créer de l’émotion et réveiller l’envie d’apprendre. Aujourd’hui 40% des apprenants ont entre 35 et 45 ans, notre segment en plus forte croissance en 2019 ».

La plateforme a su tirer son épingle du jeu par sa volonté affichée de « dépoussiérer un marché de l’e-learning uniformisé ». Proposant un format de vidéos courtes, le message est à rebours des codes académiques : « nous voulons réintégrer la formation dans le quotidien des collaborateurs. Plutôt qu’une formation longue durée à un moment donné de la vie ; nous sommes là pour accompagner dans la durée et par petites touches sur des sujets dans l’ère du temps ».

De gauche à droite : Elise Covilette, Raphaëlle Covilette, et Béatrice Gherara

De gauche à droite : Elise Covilette, Raphaëlle Covilette, et Béatrice Gherara.

L’émergence de Kokoroé : pivot et persévérance

Pour les trois co-fondatrices, se mettre à jour avec les évolutions contemporaines, c’était le postulat de départ. En 2014, elles arrivent d’univers complètement étranger au web. Mais pas à l’éducation. Elise était avocate. Béatrice travaillait dans la finance chez BNP, pendant que Raphaelle faisait carrière dans les RH. Filles de professeur, elles sont donc sensibles au milieu de l’enseignement, et au partage de savoir. L’idée de départ, c’était de créer « un Airbnb du savoir, dans lequel chaque particulier pouvait partager une compétence ». Le modèle convainc, et une première levée de fonds de 250 000€ auprès d’investisseurs comme Xavier Niel vient récompenser le trio.

Si la demande est là, le business modèle initial ne leur permet pas de vivre ; et il faudra 4 ans à la plateforme pour pivoter. « Le chemin a été long. Passer du haut de la vague à son creux, avant de pivoter et trouver la bonne formule. Ce qui a fait qu’on s’est accrochées, c’est qu’on était les 3. On est resté soudées et ça a payé ».

C’est désormais le marché BtoB qui est visé, avec des formations spécifiques, faites maison sur fond d’agrégation de contenu. En 2020, Kokoroé c’est bien plus qu’un site e-learning. Le lancement d’un podcast durant le confinement (#HackingHR) fait notamment suite à l’organisation chaque année du Future of Work & Inclusive Summit.

Inclusion et coopérations

Parce que l’ADN de l’entreprise tourne autour de ce principe d’inclusion justement, en 2018, elle signe un partenariat avec Pôle Emploi : tous les demandeurs d’emploi ont désormais gratuitement accès aux catalogues de Kokoroé. « On croit énormément en notre vocation sociale et inclusive. C’est par la formation qu’un mec de banlieue va pouvoir changer de voie, changer de vie et casser la routine. »

Entrées de façon fracassante sur le marché de l’EdTech, Raphaëlle porte un regard plein d’espoir sur des coopérations à venir : « je pense que c’est un marché qui va se consolider. On va voir des rapprochements entre grands groupes et plus petites entreprises. Le marché est encore très fragmenté, le e-learning va énormément se développer ; et l’EdTech prendra une nouvelle ampleur avec des coopérations. »
En guise de preuve, en Janvier dernier, Cornerstone rachetait la start-up française Clustree.

Enfin, puisque l’on parle de formation, quels sont les prochains modules sur lesquels planche la CEO ? « Pour moi, ce sera tout ce qui est lié aux questions de Product, à l’UI et l’UX. Pour l’instant c’est moi qui conçoit le site, mais j’aimerais avoir une vraie expertise là-dessus ».