C’est officiel : désormais, les forces de l’ordre suédoises ont le pouvoir de déployer des malwares sur les appareils connectés de leurs suspects (sous certaines conditions). Grâce à ces logiciels espions, les policiers pourront activer les caméras et les microphones des personnes concernées et obtenir des informations précieuses en interceptant des communications cryptées.

Des logiciels espions pour lutter contre le crime organisé

C’est Mikael Damberg, ministre suédois de l’Intérieur, qui a annoncé la nouvelle lors d’une conférence organisée le 22 octobre. Cette nouvelle arme technologique s’inscrit dans un plan plus large qui vise à donner plus de pouvoir aux policiers suédois. L’objectif semble très clair : améliorer les capacités des forces de l’ordre dans la lutte contre le crime organisé, et les enquêtes sur les gangs du pays pour faire baisser le taux de criminalité.

Depuis plusieurs années déjà, les criminels utilisent des messageries cryptées pour éviter de se faire repérer par les policiers. Ces nouvelles pratiques compliquent la tâche des forces de l’ordre. Grâce aux logiciels espions désormais disponibles, la police pourra intercepter ces communications. Pour le ministre de l’Intérieur : “c’était une nécessité absolue. Nous devons absolument faire évoluer nos méthodes de travail en fonction des nouvelles technologies dont disposent les criminels. Nous avons maintenant la capacité d’agir avant qu’un drame ne se produise”. Au cours des dernières années, 90% des communications interceptées par la police étaient cryptées.

Le chiffrement : le fléau des forces de l’ordre

Pour lutter contre le chiffrement il y a deux écoles : obliger les géants technologiques à amoindrir la sécurité des communications cryptées (comme le fait l’Australie) ou être en mesure de les intercepter. C’est l’Allemagne qui a ouvert la voie vers cette nouvelle approche. Depuis plus de dix ans, les autorités allemandes travaillent avec un malware appelé Bundestrojaner (cheval de Troie fédéral) pour intercepter des communications cryptées.

La Suède va utiliser une méthode similaire à celle des allemands. Dès le 1er mars 2020, les policiers suédois pourront utiliser ces logiciels espions à une seule condition : le crime soupçonné devra être punissable d’une peine de prison d’au moins 4 ans. En France une loi existe depuis 2011 pour autoriser les policiers à utiliser des logiciels espions. Pourtant, cette opportunité n’est toujours pas exploitée. L’arrêté officiel n’a été publié qu’en 2018 et des processus de validation sont encore en cours pour autoriser le déploiement des logiciels.