L'enquête qui prouve que YouTube démonétise les vidéos LGBT
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L’enquête qui prouve que YouTube démonétise les vidéos LGBT

Les vidéos contenant les mots "gay" et "lesbien" dans leur titre sont automatiquement démonétisées par le bot YouTube.

Démonétisé. La pire des sanctions pour tout créateur YouTube qui espère vivre de ses vidéos. Depuis plusieurs années, de nombreux utilisateurs alertent sur la démonétisation systématique de leurs vidéos sur les thématiques LGBT. Il y avait de forts soupçons, il manquait encore des preuves. C’est ce que vient de produire un collectif de YouTubeurs au prix d’une impressionnante enquête publiée sur la chaîne Nerd City. Pour percer à jour la boîte noire YouTube, Nerd City et ses amis ont testé plus de 15 000 titres de vidéos, pour voir quels mots et quelles associations de mots YouTube pénalisait.

Les YouTubeurs ont dégagé une longue liste de mots qui ont tendance à pénaliser les vidéos, quand ils sont présents dans leur titre ou dans la description. On y trouve sans surprise tous les mots vulgaires et sexuels, divers mots sensibles (marijuana, télécharger…) mais aussi, plus gênant, les mots « gay », « lesbian », « gender » ou « trans ».

D’après le résultat de l’enquête, le bot YouTube attribue une note de confiance entre 0 et 1 aux vidéos. Si la vidéo obtient un score inférieur à une limite fixée par YouTube, la vidéo est automatiquement démonétisée.

Remplacez « lesbian » par « happy » et la monétisation revient

Pour affiner leur étude, les YouTubeurs ont remplacé les mots « gay » et « lesbian » par « happy » (heureux) dans une série de titres. À chaque fois, le même constat : la vidéo démonétisée (en jaune) redevient acceptable pour les annonceurs (en vert).

Test bot YouTube mots gay lesbian

Le YouTubeur Een, qui publie cette enquête, dénonce le double standard de Google, entreprise s’affichant progressiste mais qui le serait nettement moins dans les recoins sombres de son algorithme : « YouTube encourage les créateurs gays à être fiers de leur identité, à exprimer leur créativité. Ils publient des vidéos spéciales à chaque Pride Month. Mais notre enquête prouve qu’il y a une vérité qui n’a jamais été dite aux créateurs gays : ils ont le droit d’être gays, ils n’ont juste pas le droit d’en parler. Ou alors ils ne toucheront pas leur chèque ».

Si le bot fait mal les choses, YouTube permet néanmoins aux créateurs de faire un recours s’ils ont été démonétisés à tort. Un modérateur humain intervient ensuite pour juger si la décision du robot était juste ou non. YouTube a toujours expliqué se servir de ces jugements humains pour entraîner l’intelligence artificielle à prendre de meilleures décisions. C’est ce qui rend le résultat de cette étude d’autant plus dévastateur. Après avoir démonétisé à tort tant de vidéos de créateurs LGBT, le bot devrait en toute logique être plus clairvoyant sur ces thématiques sensibles.

YouTube dément mais ne convainc pas

Malgré les résultats de l’enquête, YouTube dément formellement qu’il existe une liste de mots LGBT qui empêchent la monétisation des vidéos. « Nous sommes fiers des incroyables voix LGBTQ+ qui se font entendre sur notre plateforme et nous prenons ces questions très au sérieux », assure un porte-parole de YouTube, interrogé par The Verge. « Nous utilisons le machine learning pour évaluer le contenu en fonction des directives des annonceurs. Parfois, nos systèmes se trompent, c’est pourquoi nous encourageons les créateurs à faire un recours. Grâce à cette procédure, nos systèmes sont mis à jour et s’améliorent sans cesse. »

Il faudra sans doute plus que ce démenti pour convaincre les internautes. Il y a quelques mois, huit créateurs LGBT avaient porté plainte aux États-Unis contre YouTube pour discrimination et restriction illégale de la liberté d’expression, arguant notamment que certaines de leurs vidéos étaient démonétisées.  « Nous sommes fatigués d’entendre toujours les mêmes mensonges et promesses creuses, nous assurant que le problème va être réglé » , déclarait à The Verge Chris Knight, animateur d’un podcast LGBT. « Il y a clairement un problème. Il y a clairement un biais avec leur IA. Ce que nous voulons maintenant, c’est que cela change. » Le retentissement de l’enquête de Nerd City suffira-t-il à faire bouger les choses ?

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