Google projette de construire un réseau qui connectera l’Inde et l’Europe du sud. Dénommée Blue Raman, d’après des sources proches du projet rapportées par le Wall Street Journal, cette route passerait par Israël et des pays du Golfe, notamment l’Arabie Saoudite, qui, historiquement, sont ennemis de l’État hébreu. Cette infrastructure comprend des tronçons terrestres et sous-marins.

Si le projet de Google a été évoqué, peu de détails sont connus. Le réseau Blue Raman devrait fournir à la région la première connexion ininterrompue, avec une capacité de plusieurs centaines de térabits par seconde. Alors que sur les dernières décennies, les pays du Golf refusaient de faire affaire avec les entreprises israéliennes, les connexions téléphoniques, ou bien aériennes, directes étaient inexistantes entre ces pays.

Le dimanche 22 novembre 2020, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a rencontré officieusement Mohammad ben Salmane – surnommé MBS-, le prince héritier saoudien, et Mike Pompeo, le secrétaire d’État des États-Unis sous Donald Trump, en Arabie saoudite. Cette rencontre intervient à la dernière étape de la tournée d’adieu de Mike Pompeo, issu d’une administration qui a beaucoup œuvré pour faire reconnaître Israël dans la région. Pendant le mandat de Donald Trump, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et le Soudan ont officialisé leurs liens avec le gouvernement israélien. En outre, le Sultanat d’Oman a déclaré soutenir les initiatives de paix avec Israël.

Le ministre des Communications israélien, Yoaz Hendel, félicite ce renforcement des liens avec les pays de la région : « Là où vous pouvez poser des câbles terrestres ou sous-marins, vous créez également des intérêts mutuels ». Il ne décèle pas de risque sécuritaire pour son pays, et affirme que l’État hébreu « sait comment défendre son infrastructure et ses données ». La réputation d’Israël dans le domaine de la cybersécurité ne peut qu’appuyer son propos.

« Tout câble qui nous relie au monde est bénéfique »

« Il existe un lien entre la technologie et la géopolitique », affirme Ivan Skenderoski, le ‘managing partner‘ de Salience Consulting, un cabinet de conseil spécialisé dans les télécoms. Ces dernières années, le pays de MBS s’est montré avenant face au développement des relations commerciales avec Israël. Ainsi, des dirigeants d’entreprises israéliennes ont effectué des voyages d’affaires au sein du royaume saoudien, dont les aboutissants manquent de transparence et restent flous. L’Orient Le Jour rapporte que le ministre des Affaires étrangères d’Arabie Saoudite, Fayçal ben Farhane, a déclaré soutenir « la normalisation avec Israël depuis longtemps », tout en soulignant qu’« une chose très importante doit d’abord arriver ; et c’est un accord de paix permanent et global entre les Palestiniens et les Israéliens, y compris l’établissement d’un État palestinien dans (le cadre des) frontières de 1967 ».

Le projet Blue Raman intervient dans un contexte où Google cherche à contourner l’Égypte, qui impose aux opérateurs de télécommunications des frais parmi les plus élevés au monde. Selon des consultants interrogés par le Wall Street Journal, ils peuvent représenter jusqu’à 50% du coût de la route reliant l’Inde et l’Europe. « Si vous proposez une grande route avec un péage, ceux qui le peuvent vont construire autour de vous », image un analyste de TeleGeography, une entreprise de recherche dans les télécommunications.

Le voisin jordanien, situé entre Israël et l’Arabie Saoudite, voit d’un bon œil cette annonce de ‘route numérique’. Elle incarne une réduction des coûts des réseaux, des opportunités économiques et entrepreneuriales : « Tout câble qui nous relie au monde est bénéfique pour la Jordanie », soutient le ministre jordanien de l’Économie numérique et de l’Entrepreneuriat, Ahmad Hanandeh. Subissant les conflits régionaux, la Jordanie essaie depuis quelques années de sortir la tête de l’eau, notamment en valorisant ses lieux touristiques, dont la cité antique de Pétra, comme le démontre la collaboration entre l’Office du Tourisme de Jordanie et les Youtubeurs français Mamytwink.

Depuis plus de 10 ans, Google investit massivement dans les câbles sous-marins. L’entreprise a déjà contribué à la construction de plus d’une douzaine de câbles, et elle n’est pas la seule à se pencher à ce secteur. Facebook participe également à cette course, notamment avec le projet 2Africa, un réseau s’étendant sur 37 000km. Des acteurs moins connus du grand public s’y intéressent également. L’américain Cinturion travaille sur un projet intitulé Trans Europe Asia System. Son directeur général, Greg Varisco, déclare que les opérateurs de télécommunications recherchent des itinéraires dans le monde entier. Il félicite les changements en cours au Moyen-Orient : « La politique récente dans la région est certainement en faveur de ce que nous faisons ».

L’Égypte a décliné les demandes de commentaires du Wall Street Journal, tout comme Oman et un porte-parole de l’Arabie Saoudite.