La Commission d’enrichissement de la langue française a fait passer au Journal officiel une liste de traductions officielles de mots anglais passés dans le langage vernaculaire français. Un exercice auquel elle se livre régulièrement. Dans cette nouvelle mouture des traductions comme « directeur/rice d’une série » contre « showrunner » ou « vidéotox » à la place de « deepfake » devront être désormais privilégiées dans l’administration.

Commission d’enrichissement de la langue, main dans la main avec l’Académie

Pendant le confinement l’Académie française a su se faire remarquer des médias et réseaux. Dans un article du 7 mai, l’Académie, qui s’est donné pour mission de franciser les anglicismes, a suggéré de remplacer le terme de « Followers » par « Acolyte des illustres ». Une suggestion hors sol, en décalage avec le langage vernaculaire, mais qui a eu le mérite d’amuser la galerie pendant la période morose du confinement.

L’Académie, et ses sages, ne sont pas seules dans cette douloureuse résistance à la langue de Shakespeare. Elle travaille main dans la main avec la Commission d’enrichissement de la langue française, elle-même placée sous la direction du Premier ministre depuis sa création en 1996. Sa mission est de « favoriser l’enrichissement de la langue française, de développer son utilisation […] d’améliorer sa diffusion en proposant des termes et expressions nouveaux pouvant servir de référence ».

Une fois les termes francisés et validés par l’Académie, toujours, ils sont publiés au Journal officiel et deviennent « d’usage obligatoire dans les administrations […] et servent de référence en particulier pour les traducteurs et les rédacteurs techniques. L’espoir étant bien sûr qu’ils s’imposent.

Le texte du 23 mai touche aux domaines de la culture, notamment de l’édition et des médias, des thématiques abordées par Siècle Digital. Certaines sont déjà connues et même parfois utilisées : « divulgâcher » à la place de « spoil », « piège à clics » à la « place de clickbait ».

On ne peut pas s’empêcher d’être plus dubitatif sur certaines expressions et leurs capacités à remplacer la terminologie anglophone : un « traffic manager » deviendrait un « responsable de la promotion en ligne », pour les fans de musiques il faudra privilégier « ajustement automatique d’intonation » au lieu « d’autotune »… En tout 19 formulations ont été reprises.

Liste des mots anglophones francisés par la commission d'enrichissement de la langue française

Source : JORF n°0125 du 23 mai 2020

Ces formulations pourront-elles s’imposer ?

O1net rapporte notamment que « podcast » a eu une première traduction en 2006, « diffusion pour baladeur » totalement inconnue et modifiée par cette même commission 14 ans plus tard, comme un aveu d’échec. Il est difficile de façonner la langue d’en haut, c’est l’usage qui fait entrer ou non un terme dans le langage au grand dam des académiciens. Il n’est pas impossible que certains des termes de la liste s’imposent, comme « infox », mais il est fort probable que beaucoup tomberont dans l’oubli.