Jusqu’en 2018 GEDmatch était une base de données ADN privée, destinée aux généalogistes comme il en existe de plus en plus aux États-Unis. L’entreprise est sortie du lot outre-Atlantique en permettant l’arrestation d’un tueur en série ayant sévi entre 1976 et 1986. Le 9 décembre, Verogen, spécialisé sur le séquençage ADN des scènes de crime, a racheté GEDmatch. Ce rachat pose de sérieuses questions sur la protection des données des personnes inscrites sur ces bases de données ADN privées.

À l’origine de tout, un tueur en série

Il est tristement entré dans la postérité sous le nom récent de « Tueur du Golden State », tiré du surnom de l’État de Californie. Ce policier retraité de 73 ans a tout du monstre : il est coupable, en une décennie, du viol d’une cinquantaine de femmes et du meurtre d’une douzaine de personnes.

Pour élucider cette « cold case », affaire classée, les enquêteurs avaient pour seul indice l’ADN du tueur. Depuis 1994 les États-Unis se sont dotés d’un fichier national d’ADN des coupables de crimes violents, le CODIS, l’équivalent français du FNAEG (Fichier National automatisé des empreintes génétiques), mais cette base ne donne rien.

Les enquêteurs se sont alors tournés vers les sites commerciaux de recherches généalogiques, dont GEDmatch. C’est au sein de ce dernier qu’ils découvrent un parent éloigné du tueur grâce aux dernières technologies génétiques. Un travail d’enquête généalogique leur a enfin permis d’arrêter leur suspect le 12 avril 2018.

De la généalogie à la résolution de crimes

À la suite de cette folle histoire, GEDmatch, base de données de 1,3 million de profils d’utilisateurs, s’est mise à être utilisée pour résoudre des crimes violents. Si la généalogie reste, jusqu’à aujourd’hui son cœur de métier, 70 personnes environ ont été arrêtées grâce à elle.

Chose plutôt positive sur le papier, elle n’en pose pas moins un grave problème de vie privée. De nombreuses personnes qui ont livré leur ADN pour tout autres raisons que la poursuite de criminels se sont plaintes de cet usage.

Beaucoup d’utilisateurs ont fait le choix de déserter la plateforme. Les dirigeants du site ont finalement été contraints de mettre à jour leurs conditions d’utilisations. Désormais les autorités ne pourront consulter les données ADN d’une personne seulement avec son accord direct.

Problème, le mois dernier, un mandat a été délivré pour permettre à un enquêteur pour accéder à toutes les informations de GEDmatch, accord ou non. Un événement auquel a été confrontée une autre base de données, ADN Family Tree en février 2019.

L’annonce du rachat de GEDmatch par Verogen, spécialisé dans l’exploitation d’ADN sur des scènes de crimes, n’est pas faite pour rassurer davantage.

Quid de l’utilisation privée et commerciale de la base de données ADN

Selon Brad Malin, un expert des questions de la vie privée génétique cité par The Verge, ce rachat signe un virage pour l’entreprise « Maintenant, elle sera utilisée pour l’application de la loi d’une manière beaucoup plus systématique que ce n’était le cas avant le rachat« . Selon lui et ses collègues GEDmatch et des entreprises similaires « prennent des données et les mettent dans un domaine privé, commercial où il n’y a aucune surveillance claire. C’est une perspective effrayante ».

L’objectif de Verogen avec ce rachat est de vendre à des clients des outils d’analyse d’ADN et bien sûr un accès à la base de données de GEDmatch.

Le PDG de Verogen, Brett Williams, interrogé par Buzzfeed News a tenté de rassurer les utilisateurs de GEDmatch, « Nous sommes résolus à protéger la vie privée des utilisateurs et nous nous opposerons à toute tentative future d’accès aux données de ceux qui n’ont pas choisi de le faire ».

Outre cette déclaration les utilisateurs de GEDmatch auront la possibilité de supprimer leurs données et, comme l’indique Verogen, le choix de transmettre ou non ses données aux autorités reste en vigueur. Cette promesse a déjà été bafouée au moins une fois, Verogen va devoir manœuvrer sur un fil pour convaincre les utilisateurs de rester. GEDmatch risque de perdre tout intérêt si la plateforme est désertée.