Créé il y a 2 ans, à l’initiative du gouvernement britannique, le consortium StreetWise va tester ses véhicules automatiques, développés par la start-up FiveAI, au milieu de la circulation londonienne. Pour le secrétaire d’État au transport, Grant Shapps, « L’essai réussi de StreetWise constituera une étape majeure dans le déploiement de la prochaine génération, révolutionnaire, des transports au Royaume-Uni ».

Le Royaume-Uni, chef de fil de la voiture autonome avec un brin de retard

Les autorités qui poussent le projet espèrent ainsi se poser parmi les leader mondiaux du véhicule autonome. Autant dire que la concurrence est extrêmement rude dans le domaine : Daimler, Volvo, UPS ont déjà lancé des camions autonomes, Uber a ses véhicules qui circulent en Californie, Elon Musk affirme être déjà proche avec l’autonomie complète avec Tesla et, plus près du vieux continent, PSA test ses propres véhicules autonomes, en France, sur les autoroutes Vinci.

La start-up, FiveAI, qui développe les véhicules autonomes made in britain semble tout de même tirer son épingle du jeu aux yeux des investisseurs. Créée en 2015 à Bristol elle a réussi à lever 2,7 millions d’euros en 2016, puis 18 millions en 2017. Le soutien du gouvernement a sans aucun doute aidé la jeune entreprise.

Les premiers tests se feront tout d’abord sur un trajet bien délimité de 19 kilomètres entre les arrondissements londoniens Croydon et Bromley, tout au nord de la métropole. Ce choix n’est pas un hasard, ces arrondissements ne sont pas les mieux desservis par les transports publics.

Le développement de la voiture autonome britannique est corrélé à la question des transports en commun. Le cofondateur de FiveAI affichait clairement ses ambitions dans le domaine dès 2017, “Le vélo, la marche, le bus et le train offrent un excellent service à la plupart des utilisateurs [londoniens], mais certains trajets sont encore mal desservis par des transports personnels ou individuels. Dans un premier temps, nous ciblerons ces trajets avec notre solution de mobilité partagée qui ouvrira également la voie à d’éventuels transports publics autonomes à grande échelle à l’avenir. À court terme, dès le premier jour du lancement du service, le projet StreetWise augmentera l’utilisation des transports publics, réduira la congestion et les émissions de CO2, et rendra nos zones urbaines plus vivables pour tous.”

Dès la phase de test, le véhicule prendra des passagers, volontaires pour l’expérience. Ces derniers seront sélectionnés par Direct Line Group, une compagnie d’assurance qui compte sur le retour des utilisateurs pour adapter ses futures assurances sur les véhicules automatisés.

Les utilisateurs seront également débriefés par le Transport Research Laboratory, un ancien laboratoire public qui s’est privatisé sous l’acronyme TRL. Le questionnaire adressé aux passagers portera sur la confiance en le véhicule, l’éventuel intérêt économique d’un tel système, le prix qu’ils estiment justifié pour ce type de transport, etc.

La sécurité avant tout

La confiance est l’un des plus grands défis pour le consortium. Les véhicules autonomes se multiplient autant que les accidents dans lesquels ils sont impliqués. Bien souvent c’est la conduite ou le comportement imprudent d’un humain qui en est à l’origine.

En mars 2018 une voiture autonome Uber avait eu un accident mortel en Californie. La police avait publié la dashcam du véhicule suscitant jusqu’à 3 000 commentaires. Malgré la présence d’un conducteur au volant, comme ce sera le cas pour les véhicules StreetWise, l’accident n’avait pu être évité. Sur la vidéo il est facile de constater que la cycliste de 49 ans a traversé la route dans l’obscurité totale, en dehors de tout passage balisé. Difficile de déterminer si un humain aurait pu éviter l’impact.

Plus récemment les vidéos montrant des conducteurs de Tesla assoupies au volant suscitent des réactions outrées sur le web. Malgré les affirmations d’Elon Musk, les conducteurs de Tesla même en mode automatique, doivent garder les mains sur le volant.

Ces exemples démontrent qu’il existe toujours chez le grand public une forme de défiance envers les véhicules autonomes. L’expérience de StreetWise en condition réelle, si elle est concluante, sera peut-être à même de rassurer les Londoniens les plus dubitatif, et même, pourquoi pas, les inciter à utiliser ce nouveau système de transport en commun.