Dans la série des bénéfices que peut apporter l’IA (intelligence artificielle), celui du stéthoscope intelligent mis au point par les ingénieurs de Johns-Hopkins ne consistera pas à mettre votre médecin de famille au chômage. Pour bien comprendre son intérêt, détour par l’Afrique.

Bienvenue au Malawi

Vous vous réveillez un matin pour découvrir que votre enfant est malade : son front est chaud au toucher et sa respiration rapide est sifflante. Vous habitez au Malawi, où vos options de soins de santé sont peu nombreuses. Lorsque la clinique locale est ouverte, vous attendez votre tour avec l’assistante de la clinique locale. Elle n’est pas médecin, mais elle a été formée pour identifier et traiter les problèmes de routine.

Elle n’est pas médecin

Elle met un stéthoscope et appuie le torse contre le devant et le dos de votre fils pour écouter attentivement ses poumons. Par les fenêtres, ouvertes par la chaleur du jour, on entend le bruit des gens qui parlent, le bruit d’une génératrice et le rugissement d’un cyclomoteur sur la route principale. L’agent de santé a du mal à entendre.

Va-t-elle détecter les signes de pneumonie bactérienne, vous administrer des antibiotiques et vous recommander de vous rendre dans un hôpital de la ville la plus proche? Ou va-t-elle rejeter les symptômes comme des signes d’un rhume et vous renvoyer à la maison avec votre fils?

Si elle vous renvoie par erreur à la maison, votre fils survivra-t-il à l’erreur?

Cette erreur de diagnostic potentiel tue aujourd’hui des milliers d’enfants. 

Plus que le VIH

Dans le monde entier, plus d’enfants meurent de pneumonie et d’autres affections pulmonaires que de toute autre cause. Ces infections aiguës des voies respiratoires inférieures tuent chaque année dans le monde près de 1 million d’enfants, causant plus de décès que le VIH et le paludisme réunis. Cependant, moins de 5% des habitants des pays en développement ont accès à l’imagerie par rayons X, considérée comme la référence en matière de diagnostic de pneumonie.

De plus, de nombreux enfants malades ne se rendent jamais dans une clinique car ils habitent loin des installations, les routes sont en mauvais état et le transport coûte cher. En Afrique subsaharienne, où se produisent la plupart des décès par pneumonie, seuls deux enfants sur cinq présentant des symptômes de pneumonie bénéficient de soins médicaux professionnels.

Champ d’application

Bref. On a là un usecase type dans ce que l’IA peut apporter de vraiment révolutionnaire.
Le stéthoscope intelligent s’inscrit totalement dans la stratégie de lutte contre ces maladies que développe l’OMS (moins d’outils médicaux hyper-onéreux et rares, plus de moyens de diagnostics simples mais largement répandus).

En outre, il réinventent un outil qui n’a pas changé depuis sont invention… au début du XIXème siècle !

Vous vous rendez compte ? Cet outil qui pendouille autour du cou de tout bon médecin à travers le monde, qui fait partie de la panoplie du moindre figurant de Grey’s Anatomy, n’a en réalité pas changé d’un iota depuis Louis XVIII !

Il était temps de faire quelque chose !

L’idée technologique

L’idée géniale relève en fait de l’acoustique. Les chercheurs ont simulé un environnement bruyant en laboratoire et ont comparé la bande audio avec ce qu’entend un sthétoscope dans lequel les sons de respiration sont mélangés avec les bruits ambiants.

Ils ont ainsi mis au point un système de filtre acoustique relevant de la Ferrari (si l’on considère que le stéthoscope d’antan est une 2CV).

Or, comme dans l’histoire ci-dessus, dans les pays sous-développés, le bruit alentour est une vraie source de pollution pour le diagnostic. En passant par le caoutchouc, par la pièce que l’on pose sur le torse ou par l’oreille du médecin, ces bruits parasitent sont une source majeure d’erreur de diagnostic.

L’Université Johns-Hopkins est une université privée américaine située à Baltimore (Maryland) et disposant de centres un peu partout dans le monde.