L’horizon est relativement proche, et même si l’on s’y projette déjà, 5 années représentent une éternité dans l’univers digital et hyperactif des startups. Snapchat et Slack ont moins de 2 ans et pèsent déjà plusieurs milliards de dollars chacune. D’ici 5 ans, il y a fort à parier que les cartes seront complètement redistribuées au vu du contexte actuel.

En 2016, la tendance est au dynamisme de l’économie numérique, même si l’Europe continentale reste à la traîne surtout face au géant américain (avec la Silicon Valley). Et les raisons de ce retard, ne sont certainement pas dues à un manque de création d’entreprises ou de politiques incitatives. Cette faiblesse relative des startups européennes provient notamment du manque de capitaux pour financer et faire croître des jeunes pouces. Explications.

Oui, l’Europe a plus à offrir que la Silicon Valley !

1. Une croissance bien plus forte sur le vieux continent.

Le taux de croissance 2015 du nombre de startups lancées et celui des financements apportés, le Growth Index (à savoir l’indicateur d’évolution basé sur le nombre de nouvelles startups lancées et les sommes levées) calculé par Compass atteint 3,4 en moyenne en Europe, contre 1,8 aux Etats-Unis, en d’autre termes, la croissance de l’écosystème européen est près de 2 fois plus rapide que celui du territoire US. La convergence est en cours, y compris en France. Le nombre de startups lancées à Paris a explosé et en 2016 la capitale et sa banlieue comptent désormais 12.000 jeunes pousses, alors qu’elles sont entre 14.000 et 19.000 selon Compass dans la Silicon Valley.

2. En Europe, des premiers exemples de success story.

Si l’écart en nombre de start-ups se réduit rapidement, en termes de levées de fonds, l’Europe manque encore de capitaux. Les voyants sont néanmoins au vert, les fonds européens commencent enfin à réussir des “Exits” avec de belles plus-values à la clé. Partech Ventures ou Kima Ventures en France sont de très bons exemples de fonds capables de financer et d’accompagner des jeunes pousses à devenir des réussites avec par exemple Made.com, Lafourchette, Sigfox, etc. Des exemples de startups européennes qui arrivent à maturité et qui réussissent enfin à accéder à rendre leur concept “scalable” et international.

3. La crise du Capital Risque américain va remettre l’Europe sur le devant de la scène.

Le contexte de la crise du Capital Risque aux États-Unis fait également pencher la balance vers une convergence européenne. La Silicon Valley est déjà entrée dans un cycle de restriction de l’investissement. En cause, les nombreuses licornes qui pèsent sur les fonds d’investissement qui arrivent désormais à la limite de leurs possibilités de financements, et surtout des résultats qui se font attendre par les fonds pour récupérer leur mise de départ.

Le ralentissement de la croissance et du financement de l’économie numérique américaine pour les années à venir pourrait profiter aux startups européennes. Il existe 50 fois moins de Venture Capital en France que dans toute la Silicon Valley : l’écart est immense en termes de financement, mais pas autant qu’on pourrait le croire au vu des résultats. En effet, le Capital Risque est plus réduit, mais bien plus sain et plus efficace pour sélectionner les meilleurs projets. De plus, les fonds européens et français commencent à financer en nombre des tickets à plus de 3 millions d’euros (environ 100 en 2015 en France) qui sont représentatifs de sociétés avec une dimension internationale et qui restaient trop rares il y a 3 ans (seulement 11 en 2012).

4. Des financements publics en soutien : l’exemple du plan Juncker.

En Europe et en France, avec l’aide d’organismes comme la Bpifrance ou d’initiative comme le plan d’investissement européen, on commence à gonfler les capacités d’investissements des fonds… Le financement public se mobilise de plus en plus en support du financement privé qui peine à garantir ses placements. Un coup de pouce très utile et au moment opportun alors que l’Europe dispose d’entreprises d’avenir matures et en recherche de financements. Comme indiqué : la Silicon Valley dispose de 50 fois plus de Capital Risque que la France. On comprend donc le besoin d’un plan global au niveau européen pour mobiliser le secteur. Et c’est un des enjeux du plan Juncker, le plan d’investissement européen, qui a établi un fonds européen pour les investissements stratégiques avec 63 milliards d’euros de capacité d’investissements et dont l’objectif est de générer 315 milliards d’investissements nouveaux.

Ce fonds européen pour les investissements stratégiques, géré par la Banque européenne d’investissement, vise à remédier aux défaillances du marché en participant au financement de projets risqués pour mobiliser des investissements privés additionnels. Il intervient notamment pour dynamiser les investissements en capital-risque, les prêts à risque pour les PME et les investissements dans des projets stratégiques. Il est question d’accompagner les investisseurs à prendre des risques là où l’économie européenne en a vraiment besoin : des secteurs porteurs et qui assureront les emplois futurs. À titre d’information, les startups françaises ont levé 1,8 milliards en 2015… il y a de la marge !

5. Une forte mobilité des talents, des pôles d’excellence et un coût de la vie qui attirent les créateurs d’entreprise du monde entier.

A San Francisco, 50% des startups sont fondées par des étrangers, et 70% des ingénieurs sont des immigrants. Et ces chiffres éloquents sont dus à la manne financière de la Silicon Valley. On y va pour se faire financer facilement. Lorsqu’on connait le contexte de la crise du Capital Risque et du coût de la vie qui y atteint des sommets, l’Europe devient très attractive avec des capitaux qui se regroupent, des pôles d’excellence moins concentrés et à taille humaine dans les capitales et technopoles du vieux continent, et un coût de la vie qui n’a rien à voir.

L’Europe offre aussi une force commune et, ce n’est pas une seule Silicon Valley, mais de nombreux hubs spécialisés dans chaque État Membre. L’autre atout de l’UE, c’est la disponibilité et le vivier d’ingénieurs, de développeurs, de professionnels du marketing et de créatifs.

Les différents pôles d’excellences et technopoles européennes qui apportent chacune leur savoir-faire d’une région à l’autre et d’un pays à l’autre. La France a par exemple une expertise reconnue dans les biotechs et l’économie collaborative, là où l’Allemagne concentre de nombreuses startups dans la Greentech, Amsterdam se positionne dans les software. C’est un modèle différent de la Silicon Valley, l’Europe s’organise avec des hubs régionaux spécialisés et des supports dédiés aux startups de chaque écosystème, une alternative au modèle concentré de la Silicon Valley.

Cette tribune vous est proposée par :
Gabriel Dabi-Schwebel, fondateur de l’agence 1min30.
Site web : 1min30.com